
Frédéric Martel - "Mainstream - Enquête sur la guerre globale de la culture et des médias" Edition Flammarion (2010)
Cet ouvrage s’appuie sur des sources précises : la liste complète des personnes interrogées durant cette enquête qui aura duré cinq années, les noms des différentes sociétés approchées ainsi que les statistiques citées tout au long du livre sont référencés sur le site de l’auteur, qui est le prolongement de ce livre bi-média (fredericmartel.com)
Ce livre soulève plusieurs questionnements et tente d’y répondre par le biais d’interviews de première main à travers les cinq continents. L’auteur se concentre principalement sur la question du modèle américain de l’entertainment, sa diffusion dans le monde, son côté mainstream ( littéralement : populaire), et plus globalement la circulation des contenus à travers le monde.
Cet ouvrage s’articule en deux parties principales : la première définit l’entertainment et l’apparition du phénomène mainstream de la culture. La seconde se concentre sur la mondialisation de la culture et la nouvelle guerre des contenus sur les cinq continents.
Hollywood fait figure de numéro un dans le monde de l’audiovisuel, en quelques années il aura su imposer son modèle dans la majeure partie du monde. Cependant, même si l’américanisation des médias semble acquise, la Chine continue d’imposer une forte résistance aux studios américains : par un système de quotas et de censure, elle s’assure que le cinéma national reste en tête du box-office et garde un contrôle absolu sur les contenus diffusés via les médias. Plusieurs fois les studios américains auront tenté de percer le marché chinois, à travers la télévision, le net et le cinéma, en vain.

"Kung Fu Panda" Film d'animation Dreamworks (2008)
Les studios américains, ne réussissant pas à envahir le marché mondial, ont pris le parti de produire et co-produire des films en adaptant leurs contenus à la culture locale, notamment en Asie à travers l’exemple du film d’animation "Kung Fu Panda" réalisé par Dreamworks en 2008, pour percer le marché chinois. Pour ce faire, ils ont créé des filiales de leurs studios en leur attribuant des noms n’ayant pas de consonance américaine : les États-Unis sont prêts à renoncer à affirmer leur culture pour le bénéfice du marché. En cela ils ont réussi : que ce soit dans le domaine du cinéma ou bien des jeux vidéo, les États-Unis se cachent derrière la majorité des studios, même si ces derniers sont la propriété de pays Européens (Blizzard, UbiSoft) ou Japonais (Sony).
Le Japon cherche lui aussi à défendre son patrimoine culturel et audiovisuel : les studios japonais n’adaptent pas leurs films « à l’américaine », ils sont lancés tels quels sur le marché international. Au contraire de la musique, où les grandes productions asiatiques sont bien souvent des reprises de tubes internationaux réadaptés en mandarin, en coréen ou encore en japonais par le biais de boys band et d’idols. Ce marché, contrairement aux films américains, a réussi à se faire une place en Chine.
Jack Valenti - Président de la MPAA de 1966 à 2004
La Motion Picture Association of America (MPAA), représentée par Jack Valenti durant les entretiens est à l’origine de la mise en place du « rating system » en 1968, qui permet de classer les films par catégories en fonction de leur degré de violence, de nudité, de sexualité. Jack Valenti avait déjà plus de 75 ans lorsqu’il a rencontré son "pire ennemi" : Internet.
Le piratage va peu à peu devenir l’obsession de la MPAA, comme le souligne l’auteur : « Déjà avec les DVD, certains marchés comme la Chine frôlent les 95% de contrefaçon ; la situation s’est encore détériorée avec Internet qui permet de télécharger n’importe quel film avant même sa sortie aux États-Unis ».
« Après avoir tout fait, depuis des décennies, pour diffuser le cinéma américain partout dans le monde et par tous les moyens, la MPAA est brutalement passée de la promotion à la répression, de la culture à la police ». En effet, n’oublions tout de même pas que c’est grâce à cette même contrefaçon et à Internet que les médias américains ont réussi à se faire connaître du peuple chinois à l’insu, ou encore grâce au laisser-faire, de leur gouvernement.
Cette peur suscitée par l’Internet, n’est pas partagée de tous : « Partout, en Arabie saoudite comme en Inde, au Brésil ou à Hong-Kong, j’ai rencontré ceux qui construisent les industries créatives numériques de demain. Entrepreneurs optimistes, et souvent jeunes, ils voient dans Internet des opportunités, un marché, une chance, quand en Europe et aux États-Unis, mes interlocuteurs souvent plus âgés, y voient une menace. C’est une rupture de génération – et peut-être de civilisation »
La "guerre mondiale des contenus" est ouvertement déclarée. C’est une bataille qui se déroule à travers les médias pour le contrôle de l’information.