Pavel Smetana – Room of desires, 1996

La Chambre des désirs (room of desires) est une installation interactive de 1996 qui donne à voir l’invisible, ce dont «rêve tout le monde: savoir ce que l’autre pense», résume Pavel Smetana, son auteur. Le spectateur entre dans une cabine sombre et s’assoit dans un fauteuil. Il est nettoyé et affublé de détecteurs de «biosignaux», comme à l’hôpital pour un électroencéphalogramme.

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Mais si ces capteurs, reliés à quatre ordinateurs, lisent les fréquences cardiaques, le niveau de stress et les ondes du cerveau, ils n’établissent pas un diagnostic : ils programment en temps réel un film avec bande-son, unique pour chaque participant et généré à partir des données envoyées par son propre corps.

Des images apparaissent sur le mur en face de lui, elles commencent à se déplacer, des sons l’entourent.  Les signaux transmis par le corps influencent en direct l’image et le son dans cette projection, réagissant continuellement à la condition  physique et psychique de ses visiteurs. Les informations sur l’activité du cœur et du cerveau sont reçues par les ordinateurs qui choisissent alors des ordres de vidéos et de sons adaptés.
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Aux dires des spectateurs présents dans la salle, certaines personnes prenaient peur en voyant ce « qui était dans la tête » de leur amis. Un maître yogi aurait même fait penser l’espace d’un instant à l’artiste que l’installation rencontrait un problème technique : en effet elle ne diffusait plus que l’image de vagues, avec le bruit de la mer…

Ainsi, en adaptant des données visuelles et sonores à de simple données scientifiques, Pavel Smetana réalise le fantasme de tout un chacun: il invente la machine à lire dans les pensées. Ou du moins, en crée-t-il l’illusion, avec une étonnante efficacité. Les spectateurs deviennent intrus, pensent pénétrer le cerveau du sujet face à l’installation. A l’inverse le sujet voit son intimité -factice- dévoilée, il s’expose, montrant sur un écran géant et à la vue de tous ce qu’il aurait au fond de lui, il se dévoile, offre ce qu’il a de plus personnelles : ses pensées.                                                                                                 Le numérique -puisque c’est bien de cela qu’il s’agit ici, point de magie mais juste quelques machines et ordinateurs – propose donc sous une nouvelle forme de créer une identité au spectateur, celle qu’il aura généré à partir de données humaines, palpables. Bien que cette identité proposée soit artificielle et préconçue, cette installation offre une expérience à la fois excitante et troublante, voire dérangeante, aussi bien pour les spectateurs « voyeurs » que pour le spectateur acteur.

IDENTITÉS NUMÉRIQUES – expressions et traçabilité

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La question de l’identité est une problématique qui a, de tout temps et à de nombreuses reprises, été très largement étudiée. Cependant, avec l’apparition relativement récente d’internet, notamment comme nouveau vecteur de communication, apparaît une nouvelle forme d’identité à dissocier de l’identité traditionnelle : il s’agit de l’identité numérique.   Avec internet, le sujet découvre la possibilité nouvelle de se créer un double imaginaire. Pourtant, l’identité numérique est contradictoire : d’un côté on trouve l’identité que l’on construit, maîtrise et incarne (réseau sociaux…) et de l’autre celle dont on a aucun contrôle, avec l’inscription de toutes nos données personnelles sur des serveurs, et ce sans que l’on soit d’accord ni même souvent que l’on en soit conscient.                           Comment l’individu gère-t-il son identité numérique, avec toutes les contradictions qu’elle apporte?
« Identités numériques, expressions et traçabilité » est un ouvrage collectif dirigé par Jean-Paul Fourmentraux regroupant plusieurs articles publiés dans la revue Hermès qui met en avant cette opposition, présentant internet à la fois comme un espace d’expression identitaire et comme un espace de contrôle de nos données personnelles.

Ainsi, internet permet de se créer une identité numérique que l’on maîtrise. On distingue pour cela plusieurs secteurs:

Dans un premier temps on trouve les réseaux sociaux (facebook, twitter, instagram…) On peut observer que les réseaux sociaux sont de plus en plus présents et importants dans nos vies, ils occupent de plus en plus de place (voire trop de place?). En effet, par le biais de ces réseaux les gens sont de moins en moins pudiques: tous les événements qui rythment nos journées se retrouvent en ligne, quand bien même ils seraient dénués d’intérêt. « Ils prennent manifestement plaisir à cette exhibition de leurs échanges personnalisés » (Dominique Cardon p105) : c’est la communication privée-publique . Mais justement, à présent on n’écrit plus pour raconter réellement ce que l’on fait mais pour capter l’attention: c’est cette dernière qui compte, et non plus l’information elle-même. C’est pourquoi le flux est important : les internautes vont à la course aux « likes » en multipliant ainsi les démonstrations de leur vie privée. Si les déclarations en elles-même ne comptent plus, ce qui a désormais de l’importance ce sont les réactions de notre public, qu’elles soient brèves ou suscitent de longs échanges. « L’écriture de soi dans un monde virtuel touche très vite le besoin de réconfort narcissique de chaque individu. » (Franck Beau, p88) Cependant l’exposition -parfois abusive- de soi ne signifie pas un renoncement au contrôle de son image au contraire : on observe ici un comportement incohérent de la part des internautes: d’un côté ils sont de plus en plus impudiques dans leur pratique d’exposition de soi, mais de l’autre ils sont de plus en plus préoccupés par les risques de contrôle.

Les comportements diffèrent quant à la construction de son image, de son identité sur les sites de rencontre. « L’identité numérique doit faire l’objet d’une construction tenant compte de l’effet de séduction à exercer sur l’autre » ( Marc Parmentier p73). L’image donnée de soi ne vise pas une sincérité absolue: au contraire sur les sites de rencontre l’identité numérique est l’objet d’une construction de soi ayant pour but de créer un effet de séduction sur l’autre. Cependant cet « autre » utilise les mêmes procédés, et ainsi il ne s’agit pas de mensonge à proprement parler puisqu’on sait que tout le monde fonctionne, de façon plus ou moins abusive, de cette façon. Ainsi, face au profil d’un utilisateur sur ce type de site, on sait que si la personne a modifié certains éléments qui le caractérise, il aura tenté de se magnifier et non de dégrader son image. Cependant une nouvelle contradiction fait surface: c’est ce qu’Adam Smith appelle « Le paradoxe de la femme fardée » : elle se maquille pour séduire mais voudrait plaire pour ce qu’elle est réellement, au naturel. Cette tension entre l’envie de plaire et celle d’être soi est bien présente sur les sites de rencontre. On y retrouve, comme sur les réseaux sociaux une nouvelle perte de pudeur par rapport à notre identité traditionnelle : on parle abondamment de soi, on expose immédiatement son identité narrative, ses caractéristiques, ses goûts – allant parfois même jusqu’à nos goûts intimes exposés aux premières lignes aux yeux de tous et sans retenue.

L’internaute dispose d’un dernier outil pour construire sciemment son identité numérique, il s’agit de l’avatar. C’est l’instrument avec lequel il manifeste son action dans l’environnement numérique, qu’il construit , à son image ou suivant une image fantasmée. « Le travail que représente cette mise en scène de soi est le premier levier d’élaboration d’une identité virtuelle« . (Franck Beau p83). L’émergence de la figure de l’avatar dans la construction de notre identité numérique amène elle aussi à de nouvelles réflexions. L’avatar, présent dans les jeux vidéos en ligne, constitue une identité « ludique », en opposition avec notre identité réelle. Pourtant à quelle moment franchit-on la frontière entre le virtuel et le réel, et cette frontière peut-elle réellement être franchie au moyen d’un simple avatar? On peut citer comme exemple le jeu second life, où le joueur vit dans un monde virtuel par le biais de son avatar, étant au contact d’autres internautes. A notamment déjà eu lieu un procès – dans la vie réelle – d’une femme demandant le divorce suite à l’adultère de son époux -adultère fictif ayant eu lieu sur second life. « Les avatars doivent-ils être considérés comme une sorte d’extension symbolique des personnes humaines qui les animent ou bien n’étaient-ils que des mannequins outils, des robots télécommandés destinés à tous usages et manipulables sans attention particulière? » (Marc Parmentier, p75). Cette question se pause d’autant plus que ces plateformes virtuelles peuvent, pour certains de ses utilisateurs, se confondre avec le monde réel : leur réalité n’est plus le monde physique qui nous entoure mais bien celui du jeu auquel ils s’adonnent, et dans lequel ils progressent par le biais de cet avatar, figure qu’ils ont créée, choisie, contrôlée. Ces comportements peuvent être liées à des manques de confiance , d’estime de soi, des difficultés à communiquer avec l’extérieur. Derrière un avatar, on peut devenir qui l’on souhaite, compenser avec les manques, les fragilités que l’on éprouverait dans le monde physique.

Ainsi, internet nous offre de nombreux moyeux de nous créer une identité numérique et virtuelle, avec toutes les contradictions que cela apporte. « Loin d’être composé de données objectives, attestées, vérifiables et calculables, le patchwork désordonné et proliférant de signes identitaires exposé sur les sns est tissé de jeux, de parodies, de pastiches, d’allusions et d’exagérations. L’identité numérique est moins un dévoilement qu’une projection de soi . Ainsi dévoilent-ils des éléments très différents sur meetic, facebook,pintersest ou seconde life. Les utilisateurs multiplient par ailleurs les stratégies d’anonymisations pour créer de la distance entre leur personne réelle et leur identité numérique, et ce jusqu’à détruire toute référence à ce qu’ils sont et font « dans la vraie vie ». » ( Dominique Cardon, p101)

Pourtant, au moyen de l’identité numérique les individus restent aisément traçables. »L’individu numérique est bien épié avec un degré de pénétration inédit ». (Louise Merzeau, p144)
Chaque agissement social se traduit en données, désormais on ne peut plus ne pas laisser de traces, et se construit ainsi une deuxième identité numérique, sur laquelle l’individu n’a cette fois aucun contrôle. Cette identité numérique est créée non pas à partir des informations que nous choisissons de transmettre ni celles qui créent notre identité narrative, mais par l’accumulation des traces que nous laissons par nos connexions : téléchargements, géolocalisations, achats, contenus produits, sites visités… Cette identité disséminée dans les réseaux ne nous est que très partiellement palpable, nous ne savons pas exactement dans quelle mesure nos informations sont collectées. Ainsi si nous pensons maîtriser notre identité numérique, notre image virtuelle, la quantité d’informations que nous divulguons en ligne, la réalité est tout autre. « Pendant que les personnes jouent elle-même avec leur signature, les puissances économiques et politiques cherchent à cerner leur comportement. Toute la question est de savoir ou passe la frontière entre surveillance et redocumentarisation. »(Louise Merzeau, p139.  La question de la collecte de nos données personnelles et informations fait de plus en plus débat, les internautes étant de plus en plus révoltés par l’idée de voir leurs comportements épiés, et ce d’autant plus depuis les révélations faites par Edward Snowden sur les programmes de surveillance de masse américains et britanniques.

Mais « Imaginer qu’on pourrait suspendre cette traçabilité sans affecter du même coup toute la logique des interactions est une illusion. » (Louise Merzeau, p140). En effet, on observe des contradictions chez les citoyens quand à ce désir de protéger leur données: d’un côté ils s’offusquent des collectes qui sont opérées, mais de l’autre le climat actuel les pousse à vouloir être protégés des terroristes et à placer les méthodes d’identification prioritairement par rapport à la protection de leurs informations privées. D’autre part, et c’est sur ce point que la contradiction est la plus forte, le désir du consommateur d’avoir un service adapté à ses besoins propres et de plus en plus accru, même si il doit pour cela divulguer ses informations personnelles aux géants mondiaux ou aux entreprises. « Il s’agit d’une mutation culturelle encore plus forte et encore plus durable que celle provoquée par la lutte anti-terroristes. » (Louise Mergeau, p156) Ainsi le consommateur et citoyen qu’est l’internaute d’aujourd’hui exprime le désir de conserver ses données privées tout en souhaitant que les gouvernements découvrent celles des terroristes, et que les entreprises lui offrent des services adaptés personnellement. Le paradoxe est grand, de même que celui qu’on pourrait observer avec l’exemple des bloqueurs de publicités (add block) : En peu de temps a eu lieu une utilisation exponentielle de cette outil : l’individu veut contrôler ce qu’il voit, refuse le harcèlement médiatique, l’exploitation commerciale. Pourtant, si les publicités étaient supprimées d’internet, les petits sites ne pourraient plus exister et subsisteraient uniquement les quelques géants mondiaux (facebook, twitter etc…) ce qui restreindrait énormément les libertés des internautes.

Ces quelques arguments pourraient justifier la collecte de cette identité numérique sur laquelle nous n’avons pas de contrôle. Cependant, comme nos ignorons dans quelle mesure elle a lieu, on peut à juste titre s’interroger sur une utilisation abusive de ces moyens de contrôle.

Ainsi, « Ces données personnelles accentuent le caractère indexable de l’être humain et pausent la question de savoir si l’homme deviendrait, ou non, un document comme les autres. » (Jean-Paul Fourmentraux, p18)

Plantas nómadas

Si un jour, la Terre serait trop polluée et sale, qui pourrait encore vivre sur cette planète ?

Plantas nómadas-02« Plantas nómadas » est un robot qui est créé par l’artiste mexicain Gilberto Esparza. L’idée de ce projet est pour démontrer l’environnement qui peut s’être restauré et cela en toute autonomie. Ce robot possède des panneaux solaires et aux bactéries, des plantes sont portées au dessus du robot. Ce robot a capacité de se déplacer et se promener pour chercher les rivières et étangs pollués. Il se nourrit d’eaux contaminées, grâce à un processus de pile à combustible microbienne, les éléments contenus dans l’eau sont décomposés, les bactéries transforment cette eau en énergie nécessaire au robot pour avancer. L’excédent est ensuite utilisé pour nourrir les plantes qui poussent alors normalement.

Plantas nómadas-04Si un jour, dans le futur, l’homme produirait trop de pollutions, personne ne pourrait vivre ici, l’humain serait disparu sur cette planète, les autres êtres vivants pourraient quand même rester ici, voire ils continueraient à nettoyer la Terre ? L’idée de ce robot renverse la position de l’humain et de la nature comme ce que l’on pense, c’est qui « sauve » l’environnement ?

Plantas nómadas-03D’autre part, on reproche souvent le développement de la technologie qui s’accompagne toujours la pollution inévitable. Pourtant, grâce à la nouvelle technologie, on maîtrise ces techniques à créer un robot bionique qui évolue le terrain invivable. Dans le futur, si la planète est de plus en plus tourmentée, ce genre de robot pourrait aider à des espèces qui pourraient s’adapter à des terrains hostiles. Autrement dit, la technologie n’est toujours pas l’inconvénient pour la nature, cela pourrait aussi aider à améliorer notre environnement ?

Bioart : transformations du vivant

Bioart : transformations du vivant« Bioart : transformations du vivant » est un ouvrage collectif qui rassemble des écrits divers autour du sujet sur les biotechnologies, le bioart et les biosystèmes artificiels. Il s’agit des problématiques et des pratiques comme la culture de tissu humain, la manipulation génétique, le traitement de l’image et les codes ADN.

Grâce à la progression des nouvelles technologies, on obtient plus de possibilités pour explorer ce monde, la relation entre l’humain, les autres êtres vivants et l’environnement. Le XXIe siècle, c’est une époque où on rencontre plein de problèmes environnementaux, comme la disparition des espèces s’accélère, le réchauffement climatique et la pollution répandue dans l’écosystème…etc. L’homme développe les cités, l’économie et les technologies pour améliorer la vie, pourtant, ces dernières années, on trouve que la planète nous répond de plus en plus de catastrophes naturelles. Quand on développe ou exploite les cités, y a t-il des solutions pour obtenir l’équilibre de l’écologie ? L’homme a-t-il toujours le pouvoir pour contrôler l’environnement ? Le développe de la technologie est-il toujours le point négatif pour la nature ?

Par ces questions dessus, je vous présente ainsi des études intéressantes au sein de cet livre, comme les articles « Quelques cultures de bioart sous le microscope », « La conscience écologique par la recherche biologique en art » et « Ani-mots dans l’art biotech’ : Déconstruire l’anthropocentrisme ».

« Infogène » et « gène de l’artiste »

Grâce à la progression des techniques sur la biologie, les biologistes et les artistes possèdent ainsi des techniques à intégrer des informations dans les gènes ou modifier l’ordre des gènes pour créer la nouvelle forme de la vie. Face aux développements de la biotechnologie, on perçoit aussi souvent des sentiments d’incrédulité et d’appréhension. Dans l’article « Quelques cultures de bioart sous le microscope » (p. 1-13), Ernestine DAUBNER prend deux œuvres « Microvenus » et « Genesis » pour exemple, à travers ces œuvres, on voit ainsi comment l’homme intervient la nature de la vie.

MicrovenusEn 1986, Joe Davis a créé une œuvre bioart pionnière « Microvenus ». L’idée principale de cette œuvre est la création d’une nouvelle séquence d’ADN. Il a traduit des codes culturels (l’icône visuelle sur la forme comme « Y », des organes génitaux qui représente Vénus) en le code numérique binaire, ensuite, il l’a transformé en le code binaire génétique pour créer la nouvelle séquence d’ADN. Dans cette nouvelle séquence d’ADN, elle contenait le code de Vénus et a été implantée dans la bactérie E. coli. Par la suite, la molécule synthétique s’est multipliée à des milliards d’exemplaires, chacun portant une instance distincte de l’icône Microvenus. Il a appelé que cela est un « infogène », c’est à dire que « un gène dont le sens doit être traduit par le mécanisme des êtres humains et non en protéines, par le mécanisme des cellules ». Joe Davis a démontré que c’était un projet qui cherchait la façon illustrée, comment l’ADN pourrait contenir des informations culturelles et des sens non biologique. C’est un projet qui a été composé des codes culturels, des codes binaires numériques et des paires de bases d’ADN, et mis en lien entre la génétique et les technologies de l’information.

En 1999, Eduardo Kac a exposé l’installation « Genesis », c’est aussi un projet qui était basée sue le même principe. Il a affirmé que «Genesis est une œuvre d’art transgénique qui explore les relations complexes entre la biologie, les systèmes de croyances, les technologies de l’information, les interactions dialogiques, l’éthique et l’Internet ». Par rapport au « infogène », Eduardo Kac a appellé que cette fusion des codes culturels, biologiques et numériques était le « gène de l’artiste ». « Genesis » est une œuvre qui a été intégrée une phrase traduite de la Genèse (1: 26) : « [Que l’homme] domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. ». Dans l’exposition, cette phrase a aussi été projetée sur le mur de la galerie. Dans ce projet, cette phrase a été traduite en code Morse (les points et les traits). Ce code sert ainsi de modèle binaire qui est ensuite converti dans l’alphabet génétique des paires de bases ACGT, les points sont remplacés par la base génétique cytosine C, les tirets par la thymine T et ainsi de suite.

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À travers des artistes comme Joe Davis et Eduardo Kac, ils nous donnent d’autres perspectives pour envisager « la vie » ou « les matériaux de la vie », comment la base de vie qui porterait des informations ou la culture humaine. En biologie, l’évolution est la transformation des espèces vivantes qui se manifeste par des changements de leurs caractères génétiques au cours des générations, c’est un processus naturel, les espèces qui sont nés ou conçus pour s’adapter à leurs environnements. Néanmoins, par ces exemples, les artistes nous montrent une forme de la vie artificielle. Grâce à la technologie, l’humain arrive à intervenir dans la création de la vie. La modification de la forme de la vie, d’une part, on pourrait en profiter à aider aux malades ou à réparer des corps invalides. D’autre part, on produirait peut-être des catastrophes pour nous menacer, comme les doutes sur l’aliment génétiquement modifié. L’homme a-t-il le pouvoir à changer ou modifier les règles sur la création de la vie ?

La pollution ?

Ces dernières années, il y a de plus en plus d’espèces qui sont disparus, de plus, la vitesse de disparition est également de plus en plus rapide. On trouve aussi beaucoup de changements anormaux autour de notre environnement. Comme la difformité des pattes des amphibiens en Amérique du Nord, ce problème venait sans doute de la pollution. Par conséquent, on considère habituellement les phénomènes étranges de la nature comme la conséquence de la pollution. Néanmoins, dans l’article « La conscience écologique par la recherche biologique en art », Brandon BALLENGÉE nous présente les études sur les difformités des amphibiens à Minnesota, ce genre de problème est toujours le crime de l’homme ?

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En 1995, un groupe d’élèves du Minnesota a trouvé plusieurs grenouilles difformes, quelques-uns avaient les pattes postérieures déformées, d’autres en étaient totalement dépourvus. Cette anomalie remarquable des animaux a attiré tout de suite beaucoup d’attentions, leur enseignant a contacté l’Agence de contrôle de la pollution du Minnesota, la couverture médiatique a présenté que la cause de ces difformités serait un polluant chimique inconnu.

têtard blessé nymphes de libellule et têtard blessé

Peu après, des organismes concernés et les chercheurs ont enquêté sur les grenouilles difformes. Ensuite, plusieurs hypothèses ont été lancées, comme la pollution chimique, les rayons UV-B, les parasites et la prédation, ainsi que les diverses combinaisons possibles de ces causes. Certains chercheurs ont pensé que ces malformations des grenouilles sauvages étaient intrinsèques (comme les anomalies congénitales) et provoquées directement par les polluants chimiques ou les rayons UV-B. Pourtant, d’autres chercheurs nous ont montré des éléments probants des études, les jeunes grenouilles sauvages avaient été blessé à l’état de têtard par des parasites et des prédateurs, voire par le cannibalisme d’autres têtards. À l’été 2008, la première publication de preuves expérimentales convaincantes a été publiée, les membres manquants des amphibiens difformes pourraient être provoqués par les nymphes de libellule.

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D’après ces études des malformations des grenouilles, une série de photographies numériques et la série sculpturale Styx ont été exposées. Les photographies étaient numérisées à haute résolution, et créées en modifiant chimiquement les spécimens anormaux par le procédé claire et coloré. Dans l’exposition, la taille d’image des spécimens était approximativement un enfant pour provoquer l’empathie du spectateur.

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styx-02À travers ces études, elles nous rappellent à la planète qui est assez complexe. Bien entendu, l’homme produit déjà trop de problèmes de la pollution, mais, des anomalies de la nature viennent peut-être de la compétition des espèces. Des phénomènes anormaux sur l’environnement, serait-il éventuellement possible d’une partie de l’évolution biologique ?

« Semi-vivants »

Disembodied Cuisine-01Quand on parle de la protection de la nature, il ne faudrait pas oublier la position de l’homme et des autres êtres vivants. Jens HAUSER a fait un exemple d’une installation performative « Disembodied Cuisine » sur le « semi-vivant » dans son écrit « Ani-mots dans l’art biotech’ : Déconstruire l’anthropocentrisme ».

Disembodied Cuisine-02La sculpture de «semi-vivantes» est une forme de vie artificielle qui est créée dans le laboratoire, elle est très fragile, incapable de se subvenir à elle-même, elle ne peut qu’être exposée dans le laboratoire de culture tissulaire. L’installation « Disembodied Cuisine » était un projet collectif des artistes australien « Tissue Culture and Art Project ». Dans l’exposition, des visiteurs étaient volontaires pour participer à ce projet dans l’espace de travail – mi-cuisine, mi-laboratoire – installé sous une bâche plastique étanche. Des grenouilles étaient mises au milieu de petites figurines de Vénus dans les deux aquariums à deux côtés de la table à manger. Les visiteurs ont dégusté le steak de grenouille qui était produit dans le laboratoire. C’était une viande « sans victime », les artistes utilisaient la culture tissulaire, les cellules de muscle squelettique de grenouille étaient cultivées sur un support de polymère biodégradable pour une consommation alimentaire.

Disembodied Cuisine-03Étant donné qu’il n’y a pas eu de « victime » dans cette exposition, pourrait-on dire que ce serait une solution pour « sauver » les animaux (ou les autres êtres vivants)? Le semi-vivant est né d’une partie du corps des êtres vivants, même s’il n’est pas une forme de vie complète, mais, ce serait aussi « vivant » ? Comment pourrait-on définir la « vie » ? Par ailleurs, qu’est-ce que c’est la « victime » ?

Conclusion

On retourne au point originel, une fois que l’on dit « la protection de la nature », on indique éventuellement déjà la position de l’homme qui est supérieur que les autres êtres vivants ? L’homme a toujours les moyens pour intervenir dans la vie ou l’environnement des autres êtres vivants ? De nos jours, on ne pourrait peut-être pas encore voir ce qui est la vraie « victime », néanmoins, comment pourrait-on faire pour garder l’équilibre entre le développe de la vie humaine et l’environnement naturel ? Comment respecter les autres êtres vivants, ainsi que notre planète ?

Cyberspace Odyssey -Towards a Virtual Ontology and Anthropology

51rzmbKtddLRemontons donc en arrière, l’émergence des hominidés date d’il y a plus de cinq millions d’années. Grâce à l’évolution de la technologie et de l’informatique, un nouveau domaine de l’expérience humaine et de l’imagination a été divulgué. La post géographie et posthistoire ont commencé à coloniser nos corps et nos esprits. L’auteur Jos de Mul, professeur titulaire d’anthropologie philosophique à l’Université Erasmus de Rotterdam, questionne notre culture, art, religion, et science. Notamment, les rôles de la causalité et des interdépendances entre le réel, le virtuel et l’hybride qui façonnent notre forme de vie. De toute évidence, Jos de Mul met l’accent sur trois questions fondamentales: Qu’est-ce que le cyberespace? Comment cet espace et temps particuliers affectent notre monde et notre propre compréhension? Dans quelle mesure Odyssée peut changer notre monde et nous même en traversant le cyberespace? Avec ces questions, je commence l’exploration fascinante du cyberespace et cybertime avec Odyssée.

Le cyberspace, qu’est-ce exactement? Selon l’introduction du livre, le cyberespace est un élargissement de l’espace et du temps. On peut dire qu’il est un espace post géographique et un temps post-historique. Cependant, Mul croit que la meilleure façon pour discuter du cyberespace est la métaphore: comparer les choses connues et inconnues. L’autoroute électronique (electronic superhighway) est un bon exemple de la métaphore. En plus, au début du livre, il raconte l’histoire d’Odyssée qui erre sur la mer pendant une dizaine d’années. Dans de nombreuses façons, Odyssée et son destin représente le destin de l’humanité en général. Il me semble nécessaire de mentionner le film de Kubrick « 2001, l’Odyssée de l’espace », il parle d’un monolithe noir ayant une grande influence sur l’évolution humaine. En bref, l’ordinateur omniprésent amène l’humanité dans le cyberespace.

En premier lieu, l’auteur nous aide à comprendre le terme cyberespace. Usuellement, l’espace signifie « un écart entre les choses ». Bien sûr, en dehors de l’espace géographique l’espace est également une possibilité discrétionnaire afin d’atteindre nos objectifs. En outre, l’auteur cite beaucoup de définitions de l’espace des autres penseurs tels que Giordano Bruno, Isaac Newton, Kant, Gottfried Wilhelm Leibniz… Parmis eux, je trouve celle d’Heidegger intéressante. Il pense que l’espace n’est pas objectif ni subjectif, mais il apparait dans le mouvement de notre existence dans le monde. Par rapport à la notion du temps, il tient à dire que le temps est la quatrième dimension qui se superpose sur la troisième dimension, l’espace. L’espace possède la dimension de temps, il s’apprécie à travers le temps.

L’autoroute vers l’avenir

Prenons l’article « Le Manifeste du futurisme », publié le 20 février 1909 dans Le Figaro. Celui-ci a été écrit par Filippo Tommaso Marinetti, l’un des acteurs les plus importants du Futurisme. L’auteur y résume les prévisions des futurologues: L’avenir est étroitement lié à nos actions d’aujourd’hui. Le futur, dans l’imagination humaine, est inspiré du présent. Et en analysant l’histoire de la peinture, la musique et la littérature, etc. Jos mul soulève une Renaissance nouvelle, numérique et spirituelle. L’avènement de la technologie et l’informatique nous pousse vers l’espace virtuel. Cependant, l’expansion de cette colonisation humaine a un coût très important. Alors, l’auteur pense qu’il est préférable de considérer que le cyberespace est une machine qui nous permet de créer un nouveau monde possible. Mais, Albert Arnold a mentionné que de plus en plus de politiciens commencent à se rendre compte que la technologie et l’informatique ont un impact considérable sur la société et la politique. Par conséquent, cet outil technologique, neutre au départ,  finit par prendre une dimension sociale et politique primordiale, comme l’invention de la machine à vapeur en son temps, emmena l’être humain dans une révolution industrielle puis informatique comme nous la connaissons aujourd’hui.

Chaque jour, l’humain est noyé dans un flux considérable d’informations. Et les informations sur « l’autoroute électronique » sont encore plus diversifiées et complexes. L’auteur cite le plus célèbre roman : 1984 (Nineteen Eighty-Four), de George Orwell, pour démontrer la puissance de Big Brother dans le cyberespace. Dans ce livre, le cyberespace est un espace hiérarchisé dont Big Brother prend le contrôle pour ainsi obtenir le pouvoir absolu. Il en avait conclu que le cyberespace non seulement élargit l’espace des dirigeants et des institutions sociales, mais agrandit aussi l’espace du citadin et du béhavioriste. Mais le grand regret de ces citadins idéalistes du cyberespace est que la société n’y est pas personnalisable, révélant ainsi la face réelle du cyberespace, peu distincte, somme tout, du monde réel.

L’imagination du cyberespace

Le « Cyberpunk » nous annonçait que le monde virtuel est très proche de nous. Les romans sur les thèmes électronique et numérique nous ont indiqué que l’ère de la littérature cyberespace est arrivée. L’auteur mentionne trois mondes philosophiques. Les histoires similaires à celle d’Odyssey seraient une exploration du premier monde (monde objectif, matériel et ses propriétés physiques); La littérature moderne se concentre sur le développement sensoriel et psychologique des personnages. Cela est considéré comme l’explicitation pour le deuxième monde (le monde de la conscience humaine, la pensée, la motivation, le désir, l’émotion, la mémoire, la fantaisie, etc). Cependant, avec l’arrivée de la littérature cyberpunk, le cœur des découvertes repose désormais sur l’expansion illimitée, «l’esprit objectif» et «non-espace». Cette prospection de l’espace virtuel explore le troisième monde (le monde de la culture, constitué par le produit intellectuel humain, tel que la langue, l’éthique, le droit, la religion, la philosophie, la science, l’art et les institutions sociales, etc).

Le cyberspace numérisé affecte non seulement la littérature, mais aussi le jeu et le film, comme The Mist, qui exprime qu’on peut sans cesse parcourir l’espace, mais sans arriver nulle part. L’imprévisibilité et la fluidité sont l’enchantement et la fascination du monde virtuel.

De nos jours, la technologie et l’informatique s’étendent progressivement aux domaines du cinéma, de la littérature et des autres formes de l’art. La numérisation est divisé en deux types: l’un est la révolution informatique, qui provoque des impacts importantes sur la production, la circulation et la consommation de l’art; L’autre est l’ordinateur, qui s’écarte de l’art traditionnel. Alors, la controverse est soulevé par l’art traditionnel lui-même. En outre, selon l’avis de l’auteur, l’art numérique comporte trois caractéristiques: la multimédiatisation, l’interactivité et la virtualisation.

La possibilité du cyberespace

De toute évidence, la technologie et l’informatique ont changé le monde, même modifié progressivement notre vision du monde. L’histoire humaine est entrée dans l’ère de l’informatique. L’ordinateur et internet représentent la science et la technologie. De telle sorte que la production et la vie humaine ont rencontré un bouleversement sans précédent. Elles se diffusent largement à travers le monde et y exercent une influence profonde, surpassant par sa portée toute révolution technologique précédente de l’histoire de la civilisation humaine. On appelle ce phénomène « conception du monde informatisé ». L’auteur nous raconte ses trois significations: d’abord, le monde matériel comme machine de traitement de l’information; Deuxièmement, la science et l’informatique étudient les algorithmes mathématiques cachés derrière les expériences sensorielles; Troisièmement, toute chose serait régie par un langage mathématique. Dans le même ordre d’idée, Brunschvicg déclarait que le monde est un réseau d’équations et de fonctions. En somme la réalité est mathématique et il n’existe pas d’autre réel que les mathématiques. Alors, la réalisation du cyberespace a de grandes chances de réussite.

Comment l’espace virtuel émerge?  Les fonctions du cyberespace lui permettent de s’exposer aisément au monde. Grâce à l’imagerie numérique, on a inventé l’appareil photo numérique, le logiciel PhotoShop, etc. La photographie est désormais transformée en médias numériques. Sigmund Freud a dit  » la modernité a mis un miroir devant le monde et l’a transformé en image « . Grâce à son exposition et les liens qu’elle entretien avec le reste du monde, le cyberespace n’est plus virtuel, mais devient réel. Comme Heidegger, qui élève la possibilité de pouvoir-être au-dessus de la réalité. »

Cyborg

Avec l’avènement de l’ère informatique, nous sommes confrontés à plusieurs problèmes, dont l’identité. Le terme identité se réfère à l’unité et la personnalité. Les Méditations Métaphysiques de Descartes proposent quatre caractéristiques de la notion d’identité humaine: D’abord, l’identité humaine a un lien spécial avec l’âme rationnelle.  Deuxièmement, l’humain est conçu comme un thème isolé, qui est opposé au monde, aux autres; Troisièmement, les individus sont considérés comme une essence éternelle; Quatrièmement, il estime que l’identité humaine est une substance. Certains pensent qu’aucune identité physique n’est un problème dans le cyberespace. Par conséquent, il faut établir l’identité dans tous les médias. L’anthropologie numérique dans le nouveau terrain – cyberespace est le champ original qui est à la croisée des domaines de l’anthropologie et de la technologie. Des recherches sont encore en cours.

A travers la porte intersidérale

« L’évolution » de Darwin nous raconte le processus évolutif du singe à l’homme. Puis, concernant l’apparition du cyberespace, les darwinistes estiment qu’il est le processus de l’évolution de l’Homo erectus à l’humain intelligent. Les deux applications: « Agents intelligents » et « systèmes experts »  incarnent pleinement l’intelligence du cyberespace;  Le World Wide Web en tant que super-cerveau influence fortement nos vies avec ses capacités « super-intelligent ».

Le transhumanisme voulait créer des humains augmentés, la technologie du génie génétique, de l’intelligence artificielle et la vie artificielle peuvent être considérées comme le majeur de la transformation évolutive prochaine. Toutefois, les conceptions telles que celui-ci forme l’affrontement entre le transhumanisme et l’humanisme. C’est un défi lancé à humanisme. Ou bien le transhumanisme est en fait l’humanisme. Dans les prochaines décennies, ce sujet soulevera de nombreuses questions.

Enfin, le cyberespace est réel et à la fois virtuel, il est comme « Wormhole », qui nous permet d’aller du point A au point B en un clin d’œil, ou d’aller dans un monde parallèle. Nous interagissons avec le cyberespace à tout moment. Celui-ci va-t-il provoquer une fracture entre le monde réel et le monde virtuel? Ou bien son existence est- il un miroir et l’extension du monde réel? Peut-être que dans le future, il deviendra un monde indépendant, qui établira ses propres lois et règles. A la fin, Jos mul nous dit: Tout est possible et les possibilités sont infinies. Nous pouvons suivre Odyssée et entrer dans le cyberespace par la porte interstellaire!

Mille Plateaux – Gilles Deleuze et Felix Guattari

71-c1B7U3iLQuand je me suis penché sur la question du cyberespace, je suis parti de notions longuement élaborées par Deleuze et Guattari, la notion de racine unique, de rhizome, de ligne de fuite, l’espace lisse et l’espace strié.

Le livre « Mille Plateaux, Capitalisme et Schizophrénie 2 » est le deuxième ouvrage, après « L’Anti-Oedipe », qui sont assemblés sous le titre générique de « Capitalisme et schizophrénie ». Mille Plateaux est considéré comme un ouvrage qui explore des chemins inédits des champs politique et philosophique, une ontologie révolutionnaire des devenirs s’attaquant aux concepts afférents à l’arborescence, d’Etat, de langue et de nomade.

Leur conception originale du pluralisme et du rhizome est incontestablement l’oeuvre la plus importante de Deleuze et Guattari. L’individu est au milieu et non le fondement ou l’unicité de l’organisation sociale. L’idée principale que l’on retrouve à travers l’ensemble de l’ouvrage de Milles Plateaux est que l’individu est un multiple, une pluralité. Les subjectivités sociales sont toujours au-dessus ou en dessous de l’individu. Dans ce livre, L’idée des plateaux montre au gens une subjectivité sociale toujours en mouvement, comme la racine d’un rhizome, sans commencement ni fin. Nous avons une horizontalité fluide opposée à des concepts tels que  » L’individu comme racine et fondement « , longtemps implanté dans la philosophie du monde moderne occidental. On peut voir un grand nombre de philosophes tels que Platon, Kant, Hegel…qui explicitent leurs doctrines par l’arborescence.

L’introduction de ce livre, «Rhizome» avait été écrite en 1976 et reprise ensuite dans «Mille Plateaux» en 1980. Mille plateaux est considéré comme un livre-carte, un livre-rhizome qui n’a pas de début ni fin, ou d’ordre pré-établi. Il est formé de chapitres (plateaux). On peut commencer la lecture par n’importe quel chapitre car il n’y a pas de hiérarchie. Il n’est organisé ni catalogué chronologique, comme les livres arborescents. Il est plutôt comme une carte, on peut prendre n’importe quel chemin, et y entrer à n’importe quelle ligne pour aller à n’importe quel endroit. Prendre les lignes de fuite, se déplacer à travers ses plateaux, effectuer la déterritorialisation et la reterritorialisation.

Dans le chapitre Rhizome, on peut comprendre que la pensée du multiple, du fragment et de la transformation. Ces idées ont rapport aux théories qui concernent les systèmes et les réseaux. Par exemple: « le devenir comme un passage, une transition » la définition des flux et des connections horizontales des réseaux qui correspond à la conception organique, qui est fragmentaire et en même temps fluctuante. L’homme a créé beaucoup de systèmes différents. Cependant, internet est très singulier entre eux, car il est un système de type « Rhizome ». Le système d’éducation, de gouvernance ainsi que les autres organisations sont de type arborescent. Dans le cadre d’un système arborescent, on peut voir que toutes les choses sont divisés par des branches qui partent d’un tronc. Il y a une caractéristique hiérarchique très forte dans l’arbre. La hiérarchie est préétablie : la racine, le tronc, le branche, et puis le feuille. Le rhizome est radicalement différent, il n’a de centre, comme les herbes sauvages qui s’étendent sans limite sur la terre, il n’a pas de division, un point du rhizome est connecté avec tous les autres points, sans ordre fixe.

Les racines rhizomes et les racines arbres sont des fragments des éléments de plateaux. Le rhizome est une plante vivace et une extension biologique. Il n’a pas d’intention de s’incruster profondément dans la terre, il ne possède pas un caractère de verticalité, il est composé de lignes qui s’étendent horizontalement et dimensionnellement comme la racine prolifique des bambous, asperges, gingembres, pommes de terre, mais aussi les réseaux sociaux, les blogs, les fourmis (la fourmi est un rhizome animal dans la nature, c’est pourquoi on trouve que il est si difficile de se débarrasser des fourmis. Souvent, après un grand désastre, les fourmis peuvent se réunir et reconstruire une colonie entière) ; chaque segment est indépendant et possède sa propre vie, mais il influence les autres. Au fond, le rhizome a multiplicités linéaires (à entrées et sorties multiples avec ses lignes de fuites) à n dimensions et s’inscrit dans l’immanence. Il n’y a pas une, deux, cinq ou dix subdivisions. La limite du rhizome est insaisissable. « Le rhizome est une antigénéalogie. C’est une mémoire courte, ou une antimémoire. Le rhizome procède par variation, expansion, conquête, capture, piqûre. A l’opposé du graphisme, du dessin ou de la photo, à l’opposé des calques, le rhizome se rapporte à une carte qui doit être produite, construite, toujours démontable, connectable, renversable, modifiable, à entrées et sorties multiples, avec ses lignes de fuite.  » (Gille Deleuze et Félix Guattari, Rhizome Ed. de Minuit, 1958). Les autres s’enracinent dans la transcendance, ils sont conventionnels, statiques, pétrifiés, liaisons préétablies. Pourtant, les deux systèmes sont indispensables pour les plateaux, il n’y a pas soit des rhizomes soit des arbres. Pour qu’il y ait des rhizomes il faut qu’il y ait des arbres, parfois les rhizomes deviennent racines puis arbres, parfois c’est l’inverse.

Les auteurs pensent que le rhizome est la mémoire courte et l’arborescence est la mémoire longue. On peut étendre cette idée à l’informatique. L’internet d’aujourd’hui est un jeune cyberespace, il est rhizome. Au contraire les ordinateurs sont arborescents. Le cyberespace est comme une mémoire courte de l’humanité, perpétuellement en mouvement. Quand on est sur internet, les hyper-liens nous amènent aux endroits inconnus. On part d’un point à un autre, on zappe les informations fragmentaires en oubliant son point de départ. Le point de départ n’est plus et ne sera jamais  » Le Point de Départ  » (juste un point départ entre un nombre infini de point départ). C’est comme le désert du Sahara, il n’y a pas un chemin défini, un point de départ fixé. Mais il existe bien une myriade de chemins. En plus on peut effacer le chemin et rechercher un autre chemin. Aucun chemin n’est abouti. L’horizon, lui aussi, est infini. D’ailleurs, selon l’image de structure du cerveau humain, le rhizome internet est similaire à celui-ci et à la composition de la connexion entre les neurones. Dans ce livre, les auteurs ont écrit « La pensée n’est pas arborescente, et le cerveau n’est pas une matière enracinée ni ramifiée. », la pensée est rhizome.

Les caractéristiques du rhizome : sans hiérarchie, acentré (polycentré), insaisissable, Lorsqu’il est cassé, il va se reconstruire. Il peut être interprété comme une manière de concevoir un système de connexion libre entre les choses anti-générique dans le cyberespace. Une fois les ordinateurs connectés au réseau, les circuits informatiques peuvent se présenter sous diverses formes : un son, une vidéo, du texte, etc. Les utilisateurs font la carte rhizome avec tous les éléments informatiques différents. Il faut mentionner le fameux exemple de la guêpe et l’orchidée « L’orchidée se déterritorialise en formant une image, un calque de guêpe ; mais la guêpe se reterritorialise sur cette image. La guêpe se déterritorialise pourtant, devenant elle-même une pièce dans l’appareil de reproduction de l’orchidée ; mais elle reterritorialise l’orchidée, en en transportant le pollen. La guêpe et l’orchidée font rhizome, en tant qu’hétérogènes « . Par rapport à la guêpe, on voit pas comment l’orchidée germe, fleurit et pousse. Ainsi, on ne perçoit pas la généalogie de la guêpe à travers l’image de l’orchidée. Pourtant, ils font la carte rhizome ensemble. En plus l’orchidée peut aussi faire rhizome avec les autres insectes ou animaux. La guêpe peut également se déterritorialiser avec les autres fleurs.

Les idées de « Mille plateaux » sont typiquement importantes pour caractériser le cyberespace, un terme inventé par William Gibson dans une nouvelle《 Burning Chrome 》publiée dans le magazine 《omni》en 1982. Ensuite, le cyberespace est popularisé dans le roman de science-fiction Neuromancien qui est publié en 1984. Il est souvent considéré comme le roman fondateur du mouvement Cyberpunk, et a inspiré un grand nombre d’œuvres telles que les mangas Ghost in the Shell ou Akira et Matrix au cinéma. En fait, le titre original de ce roman est Neuromancer, neuro signifie le nerf, l’intelligence (artificielle) et mancien signifie prédire l’avenir, par extension : la magie. Ce phénomène était engendré dès lors que l’on aperçoit que le développement informatique et technologique crée un haut degré de civilisation matérielle, mais alimente également la crise écologique mondiale. Le développement durable de l’humanité est menacée, nous imposant impérativement un nouvel espace de vie, qui est au-delà de la réalité, de la présence tangible et du temps et l’espace.

Le cyberespace a beau être une nouvelle dimension de l’espace géographique et du temps historique, imperceptible au premier abord, il n’en demeure pas moins présent dans presque chacun des aspects de nos vies quotidiennes. Cela revient à dire qu’il n’y a pas seulement une partie du monde humain qui déplacé vers le monde virtuel, mais notre monde d’origine est entremêlé avec l’espace et le temps virtuels. Autrement dit, nous n’avons pas toujours conscience de notre déplacement vers le cyberespace. Le cyberespace est en train de coloniser notre monde dans le silence.

Dans « Deleuze Dictionnaire » (2005), dans la partie «Espace et Arts numériques», nous retrouvons une discussion sur la relation entre la philosophie, l’esthétique et l’art numérique de Deleuze. Les sujets sont les suivants : l’espace ouvert, l’espace lisse, l’absence de limite, la vitesse, le sexe ou la race ambiguë, les connections rhizome et la création hybride… toutes les idées de Deleuze ont hanté certains artistes, c’est sans doutes pourquoi il est ensuite devenu un favori parmis les artistes numériques. Deleuze s’interroge sur les concepts traditionnels de l’espace culturel : l’espace serait une toile de fond, l’humain jouerait un rôle principal dans la pièce de spectacle. Lorsque le concept de rhizome remplace la pensée dendroïde, l’espace n’est plus séparé de l’acteur humain. L’espace possède une portée virtuelle, vit dans le rhizome. La pensée rhizome peut entrer dans l’espace virtuel de l’ordinateur et de l’art numérique. Il efface les limites, détruit le dualisme : nature et humain, humain et machine, humain et animal ou humain et Cyberg, créant un nouvel espace. Les artistes numériques créent des nouveaux corps, hybrides, sur internet, ils s’interrogent sur les limites existantes pour les déverrouiller. Ils peuvent ouvrir un nouvel espace virtuel et commencer une création illimitée. Cependant, l’ordinateur et Internet sont désormais parties de la malédiction du capitalisme, il construit des barrières et contrôle leurs mouvements par l’informatique, afin d’éviter qu’ils s’écartent de l’orbite qu’on leur impose, de se dévier de leurs objectifs, dans un but de consolidation de la société. L’espace est ainsi en train de perdre sa qualité virtuelle. Néanmoins l’art a le potentiel pour se détourner du champ économique capitaliste. L’art numérique permet aux gens de s’expérimenter dans un espace virtuel, en perpétuel changements, sans frontière, de créer et recréer un nouvel espace virtuel.

On trouve la même idée qui s’oppose au contrôle du cyberespace par les gouvernements (ou d’autres formes de pouvoirs) dans « La Déclaration d’indépendance du cyberespace », un document rédigé le 8 février 1996 à Davos en Suisse par un des fondateurs de l’Electronic Frontier Foundation John Perry Barlow. La Déclaration refuse l’appropriation d’internet par un gouvernement extérieur. Car il pense qu’aucun état n’a eu le « consentement des gouvernés » pour appliquer leurs lois sur Internet, et qu’internet n’appartient à n’importe quel pays. En plus, internet se régule par lui-même, avec ses propres codes et langages sociaux, basé sur l’éthique de réciprocité. Cette déclaration n’accuse pas seulement Les États-Unis, mais également la Chine, l’Allemagne, la France, la Russie, Singapour, et l’Italie d’asphyxier l’Internet.

« Governments derive their just powers from the consent of the governed. You have neither solicited nor received ours. We did not invite you. You do not know us, nor do you know our world. Cyberspace does not lie within your borders. Do not think that you can build it, as though it were a public construction project. You cannot. It is an act of nature and it grows itself through our collective actions. »

« Cyberspace consists of transactions, relationships, and thought itself, arrayed like a standing wave in the web of our communications. Ours is a world that is both everywhere and nowhere, but it is not where bodies live. » – Extrait de « La Déclaration d’indépendance du cyberespace ».

Aujourd’hui, le Cyberespace est omniprésent. Il contient tous les médias nouveaux et hétérogènes. Comme dans une chambre : il y’a le bureau, le lit, les fleurs, les rideaux, des tasses, des lampes etc. Il est également un nouveau monde, primordial, étroitement lié à la société et la culture; un espace lisse ouvert par les médias numériques. Mais il cohabite avec l’espace strié, la reterritorialisation. Dans une certaine mesure, tous les types de portails webs, comme les jeux en ligne, tchats, pages web personnelles, blogs, etc. sont des construction de leur propre domaine. Cependant, le lien hypertexte permet à tous les médias numériques de se synchroniser. Le multimédia, le lien hypertexte, la virtualité, l’interactivité, déterritorialisent les espaces striés à tout instant, afin de créer les nouveaux espaces lisses ouverts et l’espace nomade. Tout comme « l’éternel retour » De Nietzsche. Mais, Nietzsche parle du temps, et Deleuze se focalise sur l’espace. La réconciliation entre l’espace lisse et la déterritorialisation du cyberespace porte l’esthétique de nomade.

Selon Mille plateaux l’espace lisse est insaisissable, il est une globalité étendue. Comme le cyberespace, le désert du Sahara, la Grande Prairie ou l’océan Pacifique. Là-bas, le nomade y déambule à son gré. On évolue selon ses nécessités ou son propre désir, les parcours sont plus conjoncturel. L’aboutissement de l’espace est incertain. Il existe bien des routes (comme les hyperliens), mais elles ne sont pas toutes marquées par des repères bien précis et des trajets définis. Pas de limites, par rapport au regard de l’homme, l’horizon est aussi illimité. Cet espace est absolument ouvert et déterritorialisé. On s’y sent libre car on y est libre. On y effectue les échanges inter culturels ou marchands les plus fructueux. Là-bas on voit la soie chinoise qui traverse la rivière, la montagne, le désert, la croisade par voie maritime, les tribus Mongoles galopant sur la prairie, et quand on est devant l’ordinateur, en fait, l’écran n’existe pas vraiment, on pourrait dire qu’il est comme une paire de lunettes. En les mettant, on voit le monde varié mais pas les lunettes.

L’espace strié est le contraire de l’espace lisse, il est fermé, jalonné, normalisé, légiféré, géo référencé et territorialisé. On peut interpréter qu’il est celui des campagnes, des champs bocagers, borné et emplit de routes, de chemins et de couloirs. Lorsque l’on prend un chemin de départ, la fin nous attend sûrement. L’itinéraire est pré établi: d’un point A à un point B.

Félix Guattari et Gilles Deleuze pensent qu’il y a trois types de lignes qui existent au sein de nos vies : la ligne dure, la ligne souple et la ligne de fuite. Les lignes dures sont présentées par des systèmes de pouvoir. Nous devons rester sous contrôle par le destin fixé ou les itinéraires fixés. Comme aller à l’école quand on est enfant, puis à l’université, aller chercher un travail et enfin prendre sa retraite. Les lignes dures ont l’air plus rassurantes, conviennent aux gens qui ne veulent pas prendre de risques, ou de se lancer dans l’aventure. Elles nous promettent un « avenir » confortable dans notre imaginaire: un métier, une famille, un fatum à achever, une mission à remplir.

Les lignes souples sont différentes mais circulent autour des lignes dures. Elles jouent un rôle supplémentaire, telle que les histoires de famille, les petits secrets, les discussions à voix basses pendant les cours, la micro-politique à l’école. Au fond, ce sont des élément qui s’immiscent dans les routines de la vie : les refus de respecter le code de la route, les oppositions aux idées politiques dans une société fermée, les manifestations ponctuelles, les cours séchés. Si on prend une ligne souple, on retourne rapidement sur la ligne dure et tout rentre dans l’ordre.

Et enfin il y a les lignes de fuite, Elles ne nous amènent jamais au même endroit. C’est-à-dire que si on prend une ligne de fuite, on ne peut jamais revenir en arrière. C’est un risque absolu que l’on prend. Deleuze et Guattari citent Fitzgerald dans Mille Plateaux  » Une vraie rupture est quelque chose sur quoi on ne peut pas revenir, qui est irrémissible parce qu’elle fait que le passé a cessé d’exister « . On comprend que les lignes de fuites n’amènent pas à un avenir mais un devenir. L’ordre,  le calendrier, le programme n’existent pas sur une ligne de fuite.  » Plus personne ne peut rien pour moi ni contre moi. Mes territoires sont hors de prise, et pas parce qu’ils sont imaginaires, au contraire, parce que je suis en train de les tracer  » – (Mille Plateaux).  » Nous devons inventer nos lignes de fuite si nous en sommes capables, et nous ne pouvons les inventer qu’en les traçant effectivement, dans la vie « – (Mille Plateaux). La direction est mystérieuse et imprévue. Un devenir suggère un processus hors de contrôle. C’est la ligne qui nous promet une émancipation, délivrance et libération. Au contraire du destin fixé, préétabli, il y a cette ligne, qui nous permet de sentir l’être en nous, de se sentir débarrassé du joug.

D’après la théorie des trois lignes, il n’y a plus de dualisme. Car les lignes dures ne représentent pas les mauvaises. Au contraire, les lignes de fuites ne présentent pas non plus les bonnes lignes. Le dualisme apparait pour la première fois dans la philosophie occidentale avec les écrits de Platon et Aristote. C’est une pensée de la morale et un dispositif du pouvoir. La bonne voie n’est pas forcement de prendre les lignes de fuites. Elles nous donnent notamment une occasion d’expérimenter et découvrir. Les lignes dures sont pour nous capitales, parce qu’elles nous donnent la nourriture et un endroit pour se loger. Même si elles manipulent nos manières de penser, de se comporter et de sentir. Elles visent à dévaster les lignes de fuites afin de manifester contre l’Etat et aussi contre soi-même.

Pourtant, les lignes de fuite sont les plus aventureuses et réelles par rapport aux lignes souples, car elles sont imaginaires : rêveries, illusions, utopies, bavardages…).nous devons tracer nous-mêmes nos lignes de fuite. La fuite peut nous emmener dans un trou noir, la prison et la mort. On a effectivement fui nos lignes dures. Mais la fugue est une expérimentation scabreuse. C’est comme lorsque parfois, pour s’amuser, on clique sur une petite publicité d’un site fade pour prendre une ligne de fuite, mais cela transmet le virus. Continuer à développer l’intelligence artificielle est une ligne de fuite, charger la conscience sur internet aussi.

Enfin, dans nos vies, toutes les lignes sont entrelacées. A la multitude des systèmes pré établis, de pouvoirs et de conventions (les lignes dures) se tortillent une myriade de lignes souples. On vit dans une structure fixée, mais chaque point a une multiplicité de désertions possibles. On peut tracer sa ligne de fuite et expérimenter la vie de soi. En plus je trouve que le rhizome me fait penser à la relation entre l’humain, l’animal, la plante et le monde inorganique. L’humain n’est pas le centre du monde. Tous les éléments constituant le monde sont une partie du rhizome; Il ne doit pas y avoir de conflit, de domination entre l’humain et la nature, mais une connexion, une interdépendance. Un lien est établi pour former une carte de rhizome. Le cyberespace serait alors un espace sans matière, un organe, un prolongement et un miroir de notre monde, un développement de notre conscience, qui est fluctuante et qui s’étend comme le rhizome dans toutes les directions, ou dans aucune. Notre conscience s’alimenterait des autres consciences, et les internautes de nos jours seraient alors rhizomes eux-mêmes.

« Une machine pour voir avec », un jeu en réalités alternées proposé par Blast Theory

Blast Theory est un collectif d’artistes britanniques internationalement reconnu. Étant à la base une compagnie de théâtre, ses artistes, Matt Adams, Ju Row Farr et Nick Tandavanitj, se sont orientés vers l’utilisation de médias interactifs. Ils créent alors des nouvelles formes de représentation de l’art interactif en mixant l’approche d’internet, la performance, et la radiodiffusion numérique. Le groupe travaille et explore les aspects sociaux et politiques de la technologie. Blast Theory interroge souvent aussi les frontières entre réalité et fiction, en se basant sur des jeux et la culture populaire de manière générale.

«Vous êtes dans un film, et c’est vous qui jouez le rôle principal » dit la voix au bout du téléphone.

urlBlast Theory, A Machine To See With, 2010

A Machine To See With est une œuvre de fiction interactive et cinématographique qui interroge et brouille les frontières entre réalité et imagination. Les artistes demandent à des participants de s’inscrire en ligne pour cette performance. Ceux-ci reçoivent ensuite un appel automatique leur disant à quel endroit se rendre. Au moment où ils se rendent sur le lieu indiqué, ils s’engagent et reçoivent alors un appel téléphonique sur leur téléphone portable : il s’agit d’une voix qui donne les instructions à suivre.

Ils sont alors happés par les actions à faire. Ils se rendent aussi compte en découvrant d’autres personnes, des complices, pour avancer dans le récit, qu’ils sont alors acteurs d’un film de cambriolage, avec une vraie banque, des vrais policiers, et qu’un crime aurait été commis.

Êtes-vous alors le héros, le personnage principal du film ou tout simplement un pion, un élément d’accessoire pour faire fonctionner le dispositif ? Est-ce Blast Theory qui manipule vos actions ou êtes-vous vraiment libre de vos actes, de vos actions ? Le spectateur n’est plus alors passif, mais acteur et sujet à la fois de sa propre expérience immersive.

Une réelle tension existe avec l’alternance entre réalité et imagination. On peut alors appeler ceci « réalités alternées », jouant constamment entre le jeu et la vie réelle. L’utilisateur ne sachant réellement quoi faire, il suit ce que lui dit la voix au bout de son téléphone. Il est alors libre d’accepter ou pas de continuer à jouer le jeu, comme le dit ce témoignage de Kyle Buchanan : «Tandis que le type aimable pianote sur le clavier du distributeur, la voix me dit de changer de plan. C’est maintenant qu’il faut y aller. J’oublie alors le type sympathique qui envahissait mon espace. «Besoin d’aller quelque part ? » me demande-t-il ? Proposition innocente ou élément du jeu ? Je refuse, tandis que la voix me dit avoir besoin de moi à l’intérieur de la banque dans 10 secondes. Elle débute déjà le décompte l’écouteur pressé contre mon oreille. « 9.., 8..» Est-ce que c’est le moment où je suis supposé flancher ? « 7.., 6.. » Y a-t-il des personnes dans la banque maintenant ? « 5.., 4.. » Je suis déjà là, sur le point d’ouvrir la porte. Je ne suis pas un cambrioleur de banque, même pour jouer, d’accord ? Est-ce que ceux qui me surveillent vont se moquer de moi pour jouer, d’accord ? Est-ce que ceux qui me surveillent vont se moquer de moi si je n’entre pas ? Suis-je l’auteur de ma propre histoire ou bien est-ce Blast Theory, et que vais-je faire ? Dans le but de ne pas me compromettre, ni de gâcher la fin de A Machine To See With, je ne révélerai pas ce qui advient après. »

Cette œuvre s’inscrit dans un contexte de crise financière, où l’argent fait partie de l’élément perturbateur, qui va rendre indécis et perplexes les différents individus qui y participent. En s’établissant dans un environnement réel, l’individu ne va plus savoir si chaque action qu’il émet reste un jeu ou pas. Blast Theory a traité l’espace de la ville comme s’il s’agissait d’un espace cinématographique, où il a conçu nos yeux comme des écrans.

En plus de parler clairement de l’impuissance quotidienne que les citoyens connaissent face au capitalisme en général de nos jours, A Machine To See With critique et interroge la tyrannie de la société de consommation à laquelle on est confronté aujourd’hui. Elle interroge aussi le dispositif technique, et c’est ce qui m’a attirée au premier abord : l’espace immersif utilisé est la ville, une ville bien réelle, avec des éléments concrets, comme une vraie banque, avec des vrais policiers qui sont présents. On ne sait pas alors ce qui relève encore du jeu ou pas, mais ce qui est sûr, c’est qu’à partir du moment où on entre dans cette œuvre, on est tout de suite immergé dans un environnement inquiétant, car complexe, dans le sens où l’humain est livré à l’omniprésence de la machine qui établit des règles du jeu. Une certaine angoisse et inquiétude règnent alors sur le joueur car le dispositif conditionne ses actions et ses choix. Ce mode interactif est de plus en plus présent dans le cinéma aujourd’hui avec l’arrivée du cinéma interactif. Cinéma interactif qui va au fur et à mesure se démocratiser dans nos salles de cinéma. L’implication du spectateur, qui devient un « utilisateur », fait tout le charme de A Machine To See With, qui est une œuvre qui interroge les nouveaux aspects du jeu et de l’art aujourd’hui, dans une situation immersive donnée, relevant d’un univers virtuel.