This Was Tomorrow

Richard Hamilton’s Just What Is It that Makes Today’s Homes So Different, So Appealing?

Ce blog s’ouvre alors que l’on apprend la disparition de Richard Hamilton le 14 septembre à l’âge de 89 ans. Fondateur du Pop Art Anglais avec la fameuse exposition « This is Tomorrow » (1956), Hamilton n’aura eu de cesse de s’intéresser à la culture de masse dès les années 50. Très cultivé, proche de Duchamp qu’il contribue à faire (re)venir sur le devant de la scène dans les années 60 au cours d’interviews qui restent un modèle du genre, Hamilton sera toujours un artiste critique, refusant la neutralité glacée du pop art américain. Explorant tous les régimes de l’image à l’ère de sa reproductibilité technique, il expérimentera inlassablement, utilisant la sérigraphie, mélangeant photographie et peinture, utilisant enfin l’ordinateur pour produire des images dès les années 70. Parmi ses innombrables références à la culture de masse, on se souvient de Swingeing London, une œuvre basée sur une photo de presse montrant Mike Jagger et le marchand d’art Robert Fraser arrêtés par la police pour possession d’héroïne.

Richard Hamilton, ‘Swingeing London’, 1967

Refusant toujours d’être cantonné au seul territoire des galeries ou des musées, Hamilton s’aventurera avec succès dans le domaine du graphic design en produisant la désormais célèbre pochette de l’Album Blanc des Beatles (1968). Pop artiste dans le sens d’une démocratisation de l’art, Richard Hamilton restera en ce sens un artiste typiquement britannique, attaché à la qualité (dans le domaine de l’art comme dans celui de la production commerciale), faisant preuve d’une grande érudition, produisant des œuvres élégantes, souvent séduisantes mais également complexes tant dans leurs techniques de fabrication que dans leurs significations. Il faut revoir ses premières toiles où il mélange produit de consommation (frigo, voiture) avec des fragments de nu féminin, le tout dans un registre néo-cubiste… et je ne résiste pas au plaisir de poster ici un collage où l’actrice Patricia Knight (aujourd’hui bien oubliée) se tient aux aguets, inquiète dans un environnement moderne mi-abstrait meublé d’une télé et d’une chaise Eames.

Richard Hamilton, Interior II, 1964

Le pop art se caractérisait au début par une forme de neutralité, notamment aux États-Unis où il s’opposait à la subjectivité exacerbé des peintres expressionnistes abstraits. Banalité des sujets, mécanisation de l’acte de peindre (à travers l’usage de la sérigraphie par exemple), refus des hiérarchies entre le noble et le trivial, autant de stratégies pop qui pour Hamilton se conjuguent avec une admiration sans borne pour Duchamp. L’appropriation d’images ou d’objets de consommation s’inscrivant ainsi dans la prolongation du ready-made. Cependant là où le Pop Art américain à force de neutralité devenait une sorte d’ode au consumérisme, Richard Hamilton va développer une posture critique, à l’humour parfois grinçant, prenant position politiquement, dénonçant les exactions des unionistes d’Ulster en Irlande du Nord ou la politique de Margaret Thatcher. Militant insoumis jusqu’au bout, il portraiturait récemment Tony Blair en cow-boy prêt à dégainer pour protester contre l’intervention britannique en Irak.

Quelques quarante ans après « This is tomorow », Londres connaissait un regain pop avec l’apparition d’une jeune génération d’artistes appelés YBA (Young British Artists). Parmis eux Damien Hirst, Sarah Lucas, Tracey Emin, les frères Chapman, autant d’artistes provocateurs qui se saisissaient non seulement de l’univers contemporain le plus trivial comme thématique de travail, mais investissaient également l’univers médiatique en devenant des personnalités publics dont les apparitions (parfois jugées scandaleuses) firent d’eux des icônes au même titre que des stars de cinéma.

Interrogé sur ce qu’il en pensait (et implicitement s’il se reconnaissait une paternité dans ce mouvement), Richard Hamilton répondit qu’ils considérait ces artistes comme une génération d’ignorants:

« ils ne comprennent pas l’histoire de l’art. (Leur travail) est une perte de temps. Beaucoup de choses qu’ils produisent ont déjà été faites, et pas que par Duchamp. On se dit: tu as 50 ans de retard, mec. »

… Insoumis on vous dit!

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