L’Homme invisible

ImageAtget ou la mélancolie dans la photo  d’Alain Buisine, éditions Jacqueline Chambon, 1994.

Alain Buisine  auteur du livre, nous montre sa vision sur le travail d’Atget, c’est avec une vision assez subjective que Buisine, à travers de nombreux chapitres, nous montre la démarche de l’artiste. Elle questionne l’attirance qu’Atget a envers la mélancolie selon les raisons historiques, philosophiques, analytiques, ainsi que sur les conséquences esthétiques de l’époque. Une impression qui revient dans toutes les photos de l’artiste.

La mélancolie est suscitée par le choix du lieu de la prise de vue, le vieux Paris, ensuite vient le choix de la composition, Atget fait en sorte de composer son image de telle manière que le regardeur est obligé de suivre les lignes directrices ; des lignes qui  nous mettent face à une temporalité, révolue ou à venir, qui amène à se poser des questions quant au statut de ces objets, sont-elles des  photoreportages ou bien documentaire ? Selon Buisine les photos d’Atget sont à voir en tant que série de photographies qui n’ont rien à voir avec les différentes actualités qui se sont déroulées en ce temps, ce qui leur donne le statut de photoreportage.

Ce que l’on peut remarquer immédiatement dans les photographies d’Atget c’est ce manque de vie, j’entends par manque de vie, le vide omniprésent dans ses photos, il y a certes quelques photos ou les Hommes sont photographiés mais ne sont pas les acteurs principaux mais ils aident plutôt à la représentation de l’Homme à cette époque-là.

C’est d’ailleurs sur « la Viduité » (p. 67)  que j’aimerais m’attarder, Atget avant-gardiste surréaliste nous offre contre toutes attentes des clichés d’un vieux Paris dépeuplés, à l’instar de Adolphe Braun ou encore Nadar ou d’autre peintre, Atget décide de ne pas mettre en avant la foule la bourgeoisie ainsi que les  beaux quartiers.  L’auteur dit « ‘Non seulement solitaires, mais sans atmosphère ; sur ces images la ville est vidée comme un logement qui n’a pas encore trouvé de nouveau locataire.’ Aucune animation. Aucune ambiance », et c’est en ce point que j’ai un avis différent de l’auteur, pour moi, les villes ont tout au contraire plus d’ambiance(aura) qu’il n’y parait, le travail d’Atget permet de créer une ambiance par le vide. A la manière d’un Fontana (sa série sur les œufs notamment) qui raconte énormément de choses à travers ces vides, il en va de même pour Atget, ses photos bien que dépeuplées, arrive à nous raconter une histoire et nous donne à imaginer les gens travaillant, vivant dans ces rues.

Atget ne nous montre pas une ruelle vide, mais plutôt une ruelle qui demande à être investie par notre imagination, lors de ses photos prise en matinée, il demande au travailleur de ne plus travailler, de quitter leur lieu de travail le temps de la prise de vue, mais une fois la prise de vue développée on arrive tout à fait à imaginer les gens, le son, le passage des citadins alors qu’ils ne sont pas présents sur la photo, c’est là toute la magie d’Atget

Cette magie est renforcée par un travail de mémoire instauré par Atget, le fait qu’il prenne en photographie un lieu dans le vieux pari, vide de monde et le retouche de manière à ajouter du romantisme renforce l’idée de commémoration. Ce qui nous amène directement  à penser au passé et comment ces lieux pouvaient être jadis, notre imagination repeuple les lieux, et les rues prennent vie, un effet beaucoup plus parlant dans le cinéma car animé.

L’homme ne fait que quelques brèves apparitions dans ses paysages; dissimulé dans l’ombre ou bien encore recadré par l’artiste, il ne tient qu’une place secondaire dans l’œuvre pourtant sa présence se ressent dans toutes les photographies faites par Atget. Lors de la prise de vue de certaines enluminures, portes, fenêtres et autres on peut apercevoir le reflet de l’artiste qui décide de se révéler au lieu de rester tapis dans l’ombre, mon interprétation  de cette démarche est assez hypothétique, je pense que l’artiste a voulu en laissant apparaitre son reflet, rappeler la même  démarche qu’il possède avec les paysages. Faire figurer l’homme que partiellement voir pas du tout, mais il faut que l’aura de celui soit toujours présent d’où le reflet dans les vitres ou les portes.

L’homme tient une place bien plus grande qu’il n’y parait, Buisine définie Atget comme figure du surréalisme avant-gardiste qui donnera naissance à pleins d’autres artistes tel que Walker Evans ou Berenice Abbott.  Quand Walter Benjamin dit que «  l’aura »d’une photographie se perd lors de la reproduction  je trouve ici qu’Atget (comme les portraits de Julia Margaret Cameron) fait ressentir l’aura de l’homme de par cette présente absence.

Nicky Rasamoelina

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