L’idiotie

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L’idiotie de Jean-Yves Jouannais est un livre rassemblant  tout ce qui touche à l’idiotie dans l’art.

Définition de l’idiotie :

Selon Jouannais, l’idiotie concerne  la modernité en art, « cette tradition de la rupture au sein de laquelle la stratégie du nouveau s’avère nécessaire et suffisante »

L’idiotie n’est pas la stupidité ni un manque d’intelligence, mais la singularité. Clément Rosset, dans son essai « Le Réel, traité de l’idiotie » nous explique l’étymologie du mot : « Idiôtès, idiot, signifie simple, particulier, unique (…). Toute chose, toute personne sont ainsi idiotes dès lors qu’elles n’existent qu’en elles-mêmes. » (1)

L’idiot, en art, serait alors celui qui, ignorant  d’une pratique et de ses techniques, prendrait le parti de l’approximation et donc de la réinvention.  La réinvention, « la stratégie du nouveau » comme le dit Jouannais, qui correspond à la notion de modernité.

La modernité en art

L’art moderne émerge vers 1850 pour désigner les changements dus aux révolutions industrielles.  Le mode de pensée, de vie et de création se veut résolument nouveau, c’est aussi la naissance de la critique d’art.  La beauté n’est plus désormais l’apanage de l’Antique.

L’idiotie s’avère être le moteur de la modernité, son esprit même, une stratégie d’opposition déclarée à une tradition de chefs d’œuvres.

Dada incarnait la modernité, ces artistes utilisaient des formes nouvelles comme auto propagande. Du point de vue de l’objet d’art, l’idiotie signifie que seul l’unicité et l’inédit peuvent valider la signature de l’artiste. L’anonymat et la tradition n’ont plus leur place.

L’artiste recherche l’expérience et  non le résultat final.

Idiotie contre intelligence

Marcel Duchamp établit de nouveaux principes dont : « bête comme un peintre »

Kurt Schwitters a dit : «  Je suis bourgeois et idiot »,  l’idiotie est opposée à la prétention.

Les artistes pensent que la bêtise des humbles est plus intéressante que la sottise des intellectuels. Chez Lamartine dans ses « Méditation poétiques » on retrouve l’intelligence : pas comme un moyen d’ouverture, d’avancé et de partage mais comme un instrument de fermeture et de rétention.

L’intelligence n’est pas de guider la vie mais est la marque extérieure et visible des œuvres qui se prétendent de génie.

Francis Jammes (poète et critique français) revendique sa parenté avec l’âne. Il dévoile l’innocence, l’innocence qui lui permet une légèreté inédite.

Ce portrait de l’artiste en âne évoque l’œuvre de l’artiste anglais Stephen Wilks. En 1999 il réalise un âne en peluche grandeur nature.

Il voulait d’abord s’en servir comme un grand sac, une sorte de bagage, mais finalement il décide simplement de le porter sur ses épaules. Son « âne de Troie » est devenu un fardeau inutile, mou et encombrant qu’il transporte dans ses voyages, lui faisant visiter villes et paysages

Quant à Gilles Barbier, il recopie le dictionnaire, depuis 1994, page après page, ligne à ligne, sur des feuilles de grand format. Son travail est idiot, obsessionnel, monotone et sans réflexion.

Glorifier la faiblesse

Le poète dadaïste Richard Huelsenbeck déclara «  le dadaïste devait avoir un grand mépris pour ceux qui trouvent dans « l’esprit » (…) un refuge pour leur faiblesse. » « (…) le genre d’homme qui se laisse ébranler par les exploits intellectuels et se réjouit d’élever, grâce aux choses de l’esprit, une sorte de barrière susceptible, à ses yeux, de le rendre plus valable que les autres – celui-là, c’est tout le contraire d’un dadaïste ».

Thomas Hirschhorn renoue avec cette ambition de ne plus faire fructifier son esprit. L’art ne doit pas permettre de masquer ses faiblesses, mais peut s’avérer le moyen idéal de les mettre à jour. Son travail est inabouti, « mi-fait » selon son expression.

Lors de l’accrochage pour une exposition, après avoir réfléchi à plusieurs dispositifs, il décide d’entasser dans un coin, comme les restes d’un chantier, tous ces éléments soigneusement conçus. La question « comment exposer l’objet » se transforme en « comment s’en débarrasser  ». L’ambition de vaincre la faiblesse subie et imposée par une faiblesse voulue.

La nouveauté, l’inédit

L’exemple d’un artiste qui choisit la nouveauté est Bernard Quesniaux. Il ne part d’aucun principe, motivé par l’idée que rien n’a été posé comme définitif. Son activité s’apparente à une forme intuitive de réadaptation à un monde oublié ou inédit. Il élabore une encyclopédie temporaire  avec une banque de données graphiques dont les « antennes de ridiculations », les « cacahuètes abstraites », les « molasses », la « nourriture à tableau »…

Jean-Yves Jouannais s’intéresse à l’infamie, avec des artistes qui préfèrent rater, faire preuve de mauvais goût plutôt que d’être dans le politiquement correct. Il parle aussi de l’inachèvement avec des artistes sans œuvres abouties.

L’idiotie dont il parle  se rattache à la philosophie et la littérature. Ses références sont Dostoievski (L’idiot), Flaubert, Gombrowicz, Stendal, cinématographiques : Lars Von Trier (Les idiots), ainsi que les artistes : Gilles Barbier, Michel Blazy, Paul McCarthy et surtout Robert Filliou, poète et artiste en marge de l’art.

(1) Le réel , traité de l’idiotie, éditions de Minuit, Paris, 1977

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Une réflexion au sujet de « L’idiotie »

  1. L’idiotie est souvent vu comme quelque chose de négatif, pourtant Jouannais semble en parler comme si cela était une forme d’innocence.
    Paul Mc Carthy est un artiste qui utilise sont corps comme outil. Il teste ses limites émotionnelles et celles des spectateurs en s’enduisant de fluides corporels et de nourriture. L’artiste attaque l’image du cliché de l’artiste de façon excentrique, burlesquement perverse et s’handicape de ses membres. Le coté « idiot » se trouve dans le faite qu’on ne sait pas ce qui nous dérange le plus dans ses oeuvre, est-ce le dégoût? la pitié? Ou justement parce que c’est tellement Mc Carthy que c’est trop éloigné de nous?

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