Les panneaux publicitaires ont toujours raison.

« Design & Crime » Hal Foster, éditions les prairies ordinaires.

 

Ce livre est composé de deux parties. Dans la première partie Hal Foster s’emploie à analyser et à définir l’art sous un aspect culturel, mais aussi les connivences entre art, économie, et social. Il aborde l’évolution de nos sociétés comme trame de fond à son analyse en présentant la société du spectacle sous un nouveau jour avec l’apogée des villes globales. Hal Foster observe la montée en puissance du design et l’omniprésence de l’architecture en art. La seconde partie examine la position et le rôle du musée en relation avec l’histoire de l’art. Il aborde également la disparition du statut de « critique d’art » dans nos sociétés. Dans ses écrits Hal Foster tente d’éclairer et de présenter la position de l’art, de la culture, mais aussi du critique aujourd’hui.


Selon Hal Foster, la globalisation a tué l’idée de « classes sociales ». Considérer une possible hiérarchisation social relève selon l’auteur, d’un profond mauvais gout tant le système de globalisation dans lesquelles nos sociétés se sont engouffrés ont tué l’idée qu’il puisse exister une possible distinction social.

L’indistinction est significative de cette évolution contemporaine de nos sociétés. Avant il existait une distinction, l’art et la publicité par exemple était deux domaines distincts au même titre que l’économie et la culture. Aujourd’hui cette distinction à disparu, la publicité et l’art, la culture et l’économie ne forment plus qu’un. La qualité du produit n’a plus d’importance dans nos sociétés contemporaines, la seule chose qui compte c’est le marketing et la communication. L’idée que la culture de masse s’apparentait au royaume de l’inauthenticité est bel et bien révolue.

Hal Foster explique que nous vivons tous désormais dans un mégastore (grand magasin), la seule différence réside aux détails près que nous n’évoluons pas dans les mêmes rayons. Le nouveau monde a tué les distinctions d’ordre social et la hiérarchie culturel. Il n’y a plus lieu de penser qu’il existe une basse ou une moyenne culture, celles ci ont fusionné avec la globalisation pour ne former qu’une seule et unique ; la culture de masse.

Hal Foster argumente sa critique en abordant la mode et la musique comme exemple de l’évolution des codes et de leurs globalisations. La fin des classes rime avec la fusion de l’’économie et de la culture, de l’œuvre d’art et du marketing. Le mégastore que décrit Hal Foster est à l’image du rêve américain. Il n‘existe plus aucune différences raciales, plus aucune ségrégation, tout est le monde est devenu égal dans son identité et dans sa culture. Cette égalité trompeuse n’a pour simple but que de desservir au mieux l’économie.

La fusion entre la culture et l’économie, ne questionne plus les produits de manière a savoir si cela est bon ou bien encore original, le seul questionnement réside désormais dans le «  est ce que cela se vend ? ».

Selon Hal Foster, l’art ne se définit plus que par défaut. Le postmodernisme aillant développé l’idée d’ouvrir l’art et la culture au grand public, a permis à un public de masse d’une part de contempler ces derniers mais aussi d’y participer créant dès lors une importante affluence de nouveaux artistes, une affluence selon lui en surnombre.

Hal Foster expliques qu’aujourd’hui vous existez uniquement si vous êtes en capacité d’imposer votre marque ou bien votre slogan, en référence au 15 minutes de gloire d’Andy Warhol.

Cette globalisation a créé une confusion entre l’art et le marketing, entre le design et l’utilitaire. L’emballage est désormais aussi important que le produit. L’idée est que le consommateur doit être parfaitement intégré dans le circuit. Son simple désir doit être fondateur du déclic de production.

Par exemple, un livre n’est plus reconnu pour son contenu mais plutôt pour l’esthétique de son contenant. L’emballage du livre est tellement beau qu’il pousse au survol de son contenu. Les livres ne sont même plus faits pour décorer les meubles, ils deviennent eux même, des meubles. Cette nouvelle situation Hal Foster la mets en parallèle dans le questionnement suivant :

«Est ce l’Amérique qui a fait Coca-Cola ? Ou bien est ce Coca-Cola qui a fait l’Amérique ?»

Le seul moyen à une entité de pouvoir s’affirmer au sein d’un environnement réside par le biais du design.

Le circuit consumériste va plus loin que ce que les post modernistes aurait pu imaginer. L’aboutissement de cette nouvelle ère a pour objectif l’obtention de la perfection. Chemins que le design et l’idée de la consommation à tout prix empruntent clairement, sans laisser d’espace de jeu pour quoi que ce soit d’autres.

Hal Foster aborde ensuite l’architecture comme exemple pour étayer sa critique. Selon lui, l’architecture se vend désormais comme un produit à destination d’un public de masse.

Il présente notamment l’œuvre de l’architecte Frank Gehry pour développer sa pensée. L’œuvre de Gehry a énormément évolué. A ces débuts l’architecte implanté à Los Angeles, créer des œuvres primitives utilisant des matériaux ordinaire et propre au lieu. Ses créations étaient réalisées avec des composites basiques, et une importante attention été porté sur l’intérieur du lieu.

Avec le temps Gehry a adapté ses créations, utilisant des matériaux de plus en plus couteux, assemblé avec des techniques de points et des outils issus de la technologie de pointe.

Selon Hal Foster, le travail de Frank Gehry apportes désormais un intérêt majeur pour l’extérieur au dépend d’intérieures devenus assez peu fonctionnel. Cette prédominance du design amènes l’architecture sur une production devenue sculptural qui créer des « espaces spectacle ». Il existe une distinction, celle entre l’espace interne et la surface externe chez Gehry.

Le design est devenu seule chose qui »compte » dans la création sculptural. Guy Debord expliquait sur la société du spectacle (1967) «  le capital à un tel degrés d’accumulation qu’il en devient image. » Hal Foster explique qu’avec Frank Gehry c’est justement l’inverse ; « L’image a un tel degrés d’accumulation qu’elle en devient capital. »

La sculpture en elle même pousse le public à devenir spectateur. L’architecture n’échappe pas au dictat de l’économie. L’architecture et l’urbanisme sont désormais au service du mégastore. Le grand magasin gouverne et l’architecture et l’urbanisme sont la pour servir ce dernier. Hal Foster observe néanmoins le déclin de ce système saturé avec l’avènement du shopping online.

Dans la seconde partie de son livre, Hal  Foster analyse la disparition des critiques d’art et la perte d’influence de l’art contemporain.

Hal Foster analyse l’évolution de l’art avec la fin des distinctions en commence par établir une sorte de généalogie des relations qu’entretiennent l’art et le musée. Il étaye son propos par la présentation généalogique de trois binômes (Baudelaire et Manet, Valéry et Proust, Panofsky et Benjamin). Il s’emploie à détailler les rapports qu’ils observaient entre l’art et le musée, l’art et la mémoire. Hal Foster apporte beaucoup d’importance au concept de « réification ». Selon lui, l’histoire de l’art est nait sur la base d’une rupture, il est nécessaire d’organiser une réification du système actuel afin de se diriger vers un retour au traditionnel et abolir l’indistinction.

Ensuite Hal Foster développe son analyse inquiète sur la disparition des critiques d’art. Il commence par un rappel historique de la critique d’art aux états unis et les  connivences qu’elle observe avec l’Europe en prenant comme exemple notamment la revue « art forum » ou n’acquirent les grands noms de la critique d’art.

Selon Hal Foster la disparition de la critique d’art est du au passage de la critique des ateliers d’artistes vers celle des universités. La critique n’a plus de lien direct avec la création, elle n’est plus que le fruit de thésards qui s’emploie à distance à commenter les évolutions de l’art contemporain sans véritable pertinence.

« Design&Crime » est un appel à l’avant garde. Hal Foster décrit un système engouffré dans l’indistinction. Par le biais de nombreuses références artistiques, il dresse un constat alarmant sur la situation actuel de l’art, rongé par la globalisation, et qui ne laisse plus aucun espace si ce n’est au marketing, au design, enchainé à l’économie de marché. Hal Foster revendique dans son livre, la nécessité au retour des distinctions, avec un besoin de réformer la place de l’art et le rôle de l’artiste.

Les valeurs qui authentifiaient l’art sont remises en question, Hal Foster idéalise un retour aux distinctions avec un rappel aux bases du post-modernisme, c’est à dire la profonde nécessité de transformation du champ culturel.

Nans Lombard.

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