Si je vous dis « low-tech », vous me dîtes ?

Si vous faîtes partie de ceux qui ont répondu « baba cool », « rigide », « démodé » ou « anti-progrès » à cette question, sachez que vous vous trompez. Cependant, quand on voit l’intérêt qu’y porte Wikipédia (http://fr.wikipedia.org/wiki/Low-tech : un article de 7 lignes qui ne vous apprendra pas grand-chose), vous êtes à moitié pardonné -non pas que le sujet ne mérite pas plus de considération, mais ceci prouvant que le low tech est assez méconnu. Pour être totalement pardonné, il vous suffit de lire cet article afin de combler votre ignorance.

Il faut savoir que dans notre société friande de technologies « high tech », parler du low-tech nécessite quelques précautions verbales. En effet, en lisant l’édito de Low-tech magazine, je me suis rendue compte qu’on pouvait être très rapidement maladroit. Le low-tech ne peut pas se résumer par « un refus d’assumer que chaque problème a une solution high-tech », mais plutôt par la volonté de créer des technologies porteuses de sens. Les adeptes de la low tech vous compareront beaucoup des technologies actuelles à de véritables boîtes de Pandore qui provoquent un appauvrissement du sens. Cependant, ils ne discriminent pas toute forme de technologies et ne prônent pas  un retour à l’âge des cavernes, mais ils refusent d’adopter une attitude fataliste face à ce constat. Pour ce faire, ils cherchent à créer des technologies dont les buts premiers seraient d’enrichir l’homme au cœur d’un projet social, d’enrichir la biodiversité en tenant compte des autres espèces, et de préserver l’environnement. Afin d’y arriver, ils privilégient l’innovation sociale à l’innovation technologique, prennent la nature pour modèle, et portent un autre regard sur la tradition. Le low-tech est donc plus une pratique, un courant qui vient éclore dans plusieurs domaines, dont celui artistique.

Le mac de Créteil a programmé pour mars 2012 l’exposition  Low  tech qui propose une vingtaine d’installations de 13 artistes et collectifs qui jouent, proposent, réfléchissent, expérimentent la notion de low-tech.
Parmi eux, on peut découvrir le travail video de Charlotte Léouzon : “Low tech vs High tech”.

L’artiste présente ici le cheminement qu’y permet d’accéder à un idéal low-tech.  « Au moment où le quotidien s’hyperbole dans la réalité augmentée, où le Botox fait son cinéma en relief, où l’on s’invente des réalités virtuelles sur facebook, la grande loi de l’alternance voit apparaître un phénomène de résistance. Les prothèses explosent et les masques tombent : c’est le grand retour de la vérité, de l’honnêteté, du fragile et de la simplicité. Le papier vient faire bugger la 3D et le déguisement démode le character-design. On revendique l’idiotie et la futilité, le pas grand’ chose et le presque rien. Les effets spéciaux ressemblent à des bluffs de prestidigitateurs et les installations à de machineries imparfaites – quand elles ne convoquent pas directement la nature. on assiste à une envolée de fluides, de bois et d’objets dérisoires. La performance remplace le blue screen, le pâte à modeler fait la nique à la palette graphique et Géo-trouve tout détrône l’animateur 3D. L’époque ne veut plus d’interface, c’est le come-back de l’action directe. Florilège. » Ici, c’est un esthétique qui est retrouvé, un savoir faire qui ne peut être remplacé par aucune machine. On délaisse le superflu pour retrouver l’essentiel, on réfute l’innovation qui a été crée pour un but spécifiquement technologique au profit de matériaux plus « pauvres », plus simples, plus quotidiens.

Mais pas toutes les œuvres liées au low art ont une visée seulement explicative. D’autres choisissent de l’expérimenter, purement et simplement. Dans un article précédent, Nicolas nous avait présenté le circuit bending, cette pratique est un exemple d’une pratique sonore low-tech. Mais il y a d’autres moyens d’expérimenter le son de façon low tech. C’est le cas de Ei Wada avec son oeuvre « Braun Tube Jazz band Festival ».

Dans cette prestation scénique, l’artiste utilise son corps  et 14 vieux téléviseurs Braun reliés à des enregistreurs vidéo guidés par ordinateur. Le japonais utilise les propriétés électromagnétiques de  ces appareils pour transformer la lumière en son, le son en lumière. On retrouve l’idée de rapport au corps, d’un retour à la nature, d’une technologie qui prolonge l’être. Le côté « bricolage » que l’on pourrait redouter n’est pas présent. Oui, l’installation est simpliste mais c’est ce qui fait son charme. De plus, le travail d’Ei Wada a son importance car on voit qu’il n’y a pas un refus total de la technologie puisqu’il y a tout de même présence de cette dernière. Mais il y a un refus de pousser dans la technologie pour réussir à obtenir le même résultat sans intervention humaine.

Certains artistes arrivent à mêler plus étroitement réflexion et pratique low-tech. C’est le cas de l’œuvre « asynthome » de Transforma et Yro Yto où on retrouve à la fois des matériaux, une esthétique low-tech (« Une série de stations modulaires avec des objets préparés, boîtes à lumière, sculptures interactives et caméras “live” sont utilisés par les trois performeurs, ou ‘opérateurs’ pour créer des expérimentations qui sont projetées directement sur l’écran au-dessus d’eux. ») et une réflexion low-tech (« Une narration abstraite se crée pendant qu’une iconographie visuelle qui fait réference aux mythologies de la création »).

Voilà, vous êtes maintenant armés pour continuer à faire votre culture sur le low-tech ou peut-être même  vous y essayer ?

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