L’implantation de souvenirs : quand la fiction devient réalité.

La modification et le contrôle des souvenirs a été durant plusieurs années un fantasme réservé à l’univers de la science-fiction (notamment à travers l’univers de films comme « Eternal sunshine of the spotless mind », les deux adaptations « Total Recall » et bien d’autres encore) or aujourd’hui, ce rêve semble être à portée de main.

Le film «Total Recall : mémoires programmées », sorti le 15 août dernier sur nos écrans, est une adaptation de la nouvelle « Souvenirs à vendre » (« We can remember it for you wholesale ») de Philip K. Dick. Deuxième adaptation de cet ouvrage, ce film suscite l’intérêt des fans de science-fiction à travers le monde en reprenant notamment le thème de la mémoire modifiable artificiellement, élément clef du synopsis.

« Total Recall : mémoires programmées » et plus généralement l’univers du cinéma et de la littérature SF revisitent cette idée de plus en plus crédible que nos souvenirs et nos expériences puissent un jour être transférés, modifiés ou encore supprimés sur demande comme de simples fichiers informatiques dont regorgent nos clefs USB. Après tout, qui n’a jamais rêvé voir le fruit de son imagination, ses rêves les plus fous réalisés ? Pour autant, pourquoi ne pas s’assurer qu’ils deviennent de vrais souvenirs, gravés dans notre mémoire ? C’est ce que propose la société Rekall : “Dites-nous vos rêves, nous les réalisons”.

La réalité finit cependant par rejoindre la fiction à travers une étude récente, réalisée par le Professeur Ben W. Strowbridge et le Docteur Robert A. Hyde, tous deux spécialistes en neurosciences à la Case Western Reserve University School of Medicine (Cleveland, Ohio).

Le 9 septembre dernier paraissait en effet sur le site de Nature Neuroscience une étude pour le moins surprenante, qui permettrait d’insuffler de la mémoire artificielle à court terme.

Ce projet visait initialement à acquérir une meilleure connaissance des mécanismes permettant le fonctionnement de la mémoire à court terme mais a, contre toute attente, abouti à une prouesse intéressante. Pour la première fois, le stockage de souvenirs artificiels à court terme – en l’occurrence, des séquences de stimuli – directement dans des sections de tissu cérébral extraites du cerveau de rongeurs s’est avérée possible.

Pour mener à bien l’expérience, les chercheurs ont tout d’abord dressé les animaux afin qu’ils développent des souvenirs liés à une tâche en particulier : les rats ont rapidement assimilé qu’en appuyant sur un levier à gauche, puis un autre à leur droite, ils étaient récompensés par un verre d’eau. L’équipe a ensuite bloqué chimiquement une aire spécifique de leur cerveau et a constaté que les rats étaient déboussolés et ne parvenaient plus à répéter cette action. Les chercheurs ont ensuite implanté dans les rats des puces électroniques contenant les fréquences cérébrales du souvenir correspondant à l’obtention de l’eau : grâce à la puce, les rats pouvaient à nouveau répéter cette tâche et assimiler de nouveaux souvenirs.

Tout au long de l’expérience, les chercheurs ont ainsi pu constater que les circuits neuronaux de ces prélèvements étaient parvenus à mémoriser l’information implantée artificiellement durant plus de dix secondes! »C’est la première fois que quelqu’un trouve une manière de stocker l’information durant quelques secondes à la fois sous forme de séquences temporelles et de stimulus directement dans le tissu cérébral« , explique le Dr. Strowbridge cité par Science Daily. « Ceci ouvre la voie à de futures recherches pour identifier les circuits cérébraux spécifiques qui nous permettent de former les souvenirs à court terme« , ajoute-t-il.

Ces expériences démontrent qu’au-delà de la technique de l’hypnose (qui fait bien des sceptiques parmi les observateurs, notamment à cause de son éloignement des théories de cause à effet scientifiquement prouvables) il est non seulement possible de recréer l’ « encodage » cérébral des souvenirs -à savoir la conversion de l’information en une construction neurologique- mais aussi de stocker cette même information et la rendre accessible même si le cerveau est incapable de le faire naturellement. Cela revient à démarrer un ordinateur à partir du disque d’initialisation lorsque le disque dur est endommagé.

A une heure où le stockage de l’information est devenu vital dans le monde de l’informatique, la recherche scientifique s’attèle désormais à trouver un moyen de stopper la dégénérescence de la mémoire… physique.

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