Everything Always Everywhere, Rafaël Rozendaal, Festival Gamerz 2012

Une bande sonore à mi-chemin entre un film de Dario Argento et un dessin animé des années 80 mâtiné de Velvet Underground, une projection murale psychédélique et plusieurs dizaines de miroirs tapissant le sol ; « Everything Always Everywhere » du néerlandais Rafaël Rozendaal envahit l’esprit comme l’espace.

Plusieurs ordinateurs disposés à même le sol figurent les motifs projetés sur les trois murs faisant face au spectateur ; une cascade multicolore coule ainsi sans discontinuer au son d’une plainte quasiment robotique. Les formes colorées s’affaissent et se succèdent les unes aux autres comme autant de trombes d’eau, hypnotiquement. On a le sentiment de s’être égaré au milieu du trip hallucinogène d’un héroïnomane qui entendrait perpétuellement le même obsédant vrombissement, celui d’une machine qui s’éteint, d’une alarme tout juste désactivée ou d’une bombe prête à s’écraser.

L’ensemble se reflète dans les nombreux miroirs, l’enchaînement des couleurs est partout, omniprésent, piégeant le spectateur dans un tourbillon chromatique. La toile internautique et l’antique toile de maître se confondent et se substituent l’une à l’autre ; la technologie informatique prend le relais de l’eau et des pigments. La lumière de cette multitude d’écrans vous pénètre le regard et vous avez l’impression d’être la proie d’un savant fou qui s’efforcerait de prendre le contrôle de votre esprit ; vous tombez avec la cascade, chutez avec la bombe, êtes aspiré dans le tourbillon.

Tournez votre regard en tous sens ; vous vous observerez vous-même dans les miroirs, et aurez ainsi le loisir de vous voir mis en abîme, happé par la couleur, des dizaines et des dizaines de fois autour de vous. Le spectateur est intégré à l’œuvre, avec ou contre son gré, comme lorsqu’en peinture un miroir peint sur la toile donne à contempler le reflet de l’artiste. Le champ de vision s’en trouve considérablement élargi, quoiqu’il semblerait presque que tous ces miroirs figurent une quatrième dimension étrange et inquiétante.

L’artiste confie lui-même sa fascination pour le piège que constitue internet, pour l’attraction que cette révolution exerce sur les individus totalement dépendants et bientôt prisonniers du réseau. C’est à cette sensation carcérale que Rozendaal soumet le spectateur.

Falling Falling, Rozendaal.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s