Faites nous confiance, tout a été préparé.

« Ne vous inquiétez pas Mademoiselle, c’est tout à fait normal. Ces petites choses sont fragiles vous savez ! »

Réponse type, lorsque vous demandez à un vendeur en téléphonie pourquoi votre foutu portable a du mal à garder sa batterie pleine plus d’une demie-journée.

Obsolescence programmée serait une réponse plus juste, plus logique mais quasi taboue ou prononcée à demi-mots. Depuis les années 60, cette expression est employée pour décrire sans aucun doute l’un des plus grands maux de nos sociétés “modernes” : la surconsommation.

« Inculquer à l’acheteur le désir de posséder quelque chose d’un peu plus récent, un peu meilleur et un peu plus tôt que ce qui est nécessaire » B.Stevens

L’obsolescence programmée est l’ensemble des techniques visant à réduire la durée de vie ou d’utilisation d’un produit afin d’en augmenter le taux de remplacement. En plus de profiter aux producteurs, cette stratégie dope littéralement le progrès technique et les gains de productivité. On réduit la durée de vie d’un produit pour en proposer un nouveau, plus puissant, plus performant mais qui aura lui aussi une utilisation réduite.

Mais tout ceci n’est pas sans risque : certes, cela booste les usines, la course au développement et à la novation mais la surconsommation a un impact direct sur notre environnement et notre comportement. Surplus de déchets, abandon d’objets encore en état de marche… Puis il y a ce phénomène, symptôme du monde technologique, qui est cette volonté de vouloir absolument posséder le portable dernier cri alors que le sien fonctionne encore… Après la surconsommation vient le surendettement et la création d’un désir matériel fictif. On achète à crédits, on débourse trop pour quelque chose de soit disant nouveau qu’on a finalement déjà…

Alors l’obsolescence programmée devient cercle vicieux : on achète parce qu’on veut quelque chose de neuf et parce qu’aussi, nos matériels deviennent plus rapidement hors d’usage.

Pourtant, il existe parmi nous des personnes qui se battent pour aller à contre courant. Ces fous, ces illuminés préfèrent le vieux au neuf. Ils récupèrent, rafistolent, transforment d’antiques objets en machines futuristes.

« Rien ne se perd, rien de se créer, tout se transforme » A.Lavoisier

Alexis Malbert fait parti de ces bricoleurs, aux doigts de fées. Alexis Malbert, c’est en fait Tapetronic (par ici : Interview Tapetronic). C’est un inventeur, plasticien, musicien qui s’amuse à détourner, recycler et transformer des k7 audio et magnétophones pour en faire des machines à fabriquer de la musique. Développé depuis la fin des années 90 , le travail d’Alexis Malbert était au départ, des installations sonores où le mouvement était au centre des intérêts (Walkmans roulants, Audio Skateboards…). C’est lors d’un séjour en Allemagne la Scratchette est inventée: cette cassette permet de jouer un scratch sur un lecteur également transformé. A partir de là, Tapetronic né : Alexis Malbert va trouer, découper, assembler des cassettes mais aussi des magnétophones.

Aujourd’hui, Tapetronic c’est surtout du live : prestations rythmées dans des lieux divers et variés (galerie d’art, salle de concert, squat, opéra, dancefloor d’une boite lambda…) et la création d’un pont, d’un lien, visible et réel entre l’analogique et le numérique.

Présent sous forme vidéo à la 8eme édition du festival Gamerz, Tapetronic est un travail surprenant. Les performances filmées ont une esthétique particulière, qui questionnent sur la démarche de prime abord. Froncement de sourcils, on se demande ce qu’on est entrain de regarder. Puis vient le son, si particulier, percutant. On bouge la tête en rythme parce que oui, c’est entraînant. Enfin se dessine le sourire, parce que ça, c’est clairement pas commun et c’est franchement bien trouvé. Et parce que ça rappelle des souvenirs et qu’on se retrouve un peu dans la démarche de l’artiste : qui n’a jamais bidouillé un walkman ? Qui n’a jamais tenté de tirer la bande magnétique d’une k7 ?

Tapetronic est un magnifique pied de nez à l’obsolescence programmée. C’est un savant mélange entre l’analogique et le numérique, avec une grande pointe d’humour. A l’ère du tout numérique où le support physique de l’enregistrement devient un outil de partage, pour cet artiste il est aussi un instrument à part entière ayant son caractère propre.

Et quel caractère !

A.PITAT

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Une réflexion au sujet de « Faites nous confiance, tout a été préparé. »

  1. L’obsolescence programmée prend plusieurs formes. Il peut s’agir d’obsolescence par péremption, c’est à dire qu’une date est clairement donnée à partir de laquelle le produit est dit périmé. Cette obsolescence touche essentiellement les produits alimentaires. Or, dans beaucoup de cas, même après cette date, l’aliment est toujours consommable. Mais les consommateurs se fient à ces chiffres et jettent ainsi leurs produits non consommés. il existe également l’obsolescence esthétique. Celle ci est plus personnelle et dépend des individus, mais elle touche un grand nombre de personne. Elle touche les produits vestimentaires. C’est là le fait d’être «à la mode» ou pas. Les objets perdent de leur valeur parce qu’ils ne sont plus au gout du jour (qui évolue très rapidement). Une autre obsolescence nous touche beaucoup : l’obsolescence indirecte ou le fait que des produits indispensables ou associés à d’autres ne soient plus disponibles sur le marché. Il faut alors acheter un objet plus neuf afin de trouver des accessoires plus récents encore en vente.
    Cette obsolescence fait réagir certains artistes comme on vient de le lire dans cet article avec Alexis Malbert. C’est le cas également de Sarah Frost, une artiste américaine. Son oeuvre «Debris, Qwerty» est un mur tapissé de touches de claviers d’ordinateurs. Elle crée ainsi une mosaïque de petits carrés, trouvés les uns chez des particuliers, d’autres chez des entreprises ou encore dans les ordures. Avec cette réalisation, elle met le spectateur face à une masse d’objets que l’on peut considéré comme produit de consommation. En nous mettant face à cet extraordinaire mur, elle cherche à montrer cette obsolescence de l’objet, ce changement permanent de produits et ces déchets qui s’accumulent. Elle désire aussi donner une seconde vie à ces touches de claviers, idée de nombreuses fois reprise par des artistes. Elle crée ainsi un mur fantastique et esthétique qui change la condition de ces touches qui avaient à la base un statut utilitaire et ont désormais un statut artistique.

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