La révolution du livre numérique

Cet ouvrage est sorti en avril 2011 aux éditions Odile Jacob dans la collection  Penser la société. Coécrit par des acteurs importants du milieu éditorial et littéraire, ce recueil a pour ambition de faire l’état des lieux des espoirs et des difficultés liés au livre numérique.

Il s’attaque en profondeur sur les conditions de collaboration entre les bibliothèques et Google. Bruno Racine et Marc Tessier plaident pour une collaboration exigeante avec le géant de la Mountain View. Car remettre l’avenir « numérique » du patrimoine européen entre les mains d’un seul opérateur privé comporte bien des risques. Notamment la concession d’exclusivité excessivement longue, 25 ans, qui dissimule une quasi-propriété. Il nous explique donc pourquoi il est nécessaire de trouver d’autres partenaires pour trouver un équilibre avec Google.

L’ouvrage retrace chronologiquement l’histoire de la numérisation du patrimoine littéraire. La  France numérise ses fonds depuis le début des années 1990.  En 1997 la bibliothèque numérique française Gallica apparaît. La politique d’alors, était une conception assez sélective de la numérisation. Il fallait se limiter aux textes, écrivains et œuvres majeures. Cette conception est secouée par le projet de Google en 2004, revenant à faire du rêve de la bibliothèque universelle une réalité, une utopie au stade industriel.

Bien sûr on analyse aussi les problèmes de droits s’auteurs, d’exploitation des droits numériques et des procès en cours à ce sujet. L’agent littéraire, François Samuelson nous fait part de sa sidération face à l’absence des écrivains et créateurs dans les débats sur le livre numérique. Le réel abus de certains éditeurs donnant l’ordre aux auteurs de signer des contrats où ils cèdent leurs droits numériques, sans savoir comment ceux-ci vont les exploiter. Démunis, les auteurs de bande dessinée, en particulier, se posent beaucoup de questions. Car ce nouveau support peut donner une autre vie à leur art.­ La  peur de la fragilisation du marché traditionnel du livre est abordée, en particulier pour la profession de libraires.

Le lecteur, pourra découvrir à la fin du livre un petit lexique de 50 mots indispensables sur la « novlangue » du livre numérique, bien utile pour les non-initiés.

Un regret, le titre la révolution du livre numérique impliquait aussi, à mon sens, la question de la nature du livre numérique. Les nouvelles possibilités de lecture, de formes, de contenus sont à peine évoquées. Seule Teresa Cremisi s’attarde avec une description précise de bd et romans numériques, créations hybrides qui palpitent et s’agitent. C’est pourtant une question essentielle. Savoir si le livre numérique doit imiter le livre ? Quelle est la limite entre livre interactif et jeu ? S’agit-t-il toujours du « même objet » ?

Certains problèmes commerciaux et juridiques souffrent alors de ce manque de perceptions visionnaires.

Les auteurs :

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Une réflexion au sujet de « La révolution du livre numérique »

  1. « La peur de la fragilisation du marché traditionnel du livre est abordée, en particulier pour la profession de libraires. »
    Pourquoi parler de peur ? Alors qu’un nouveau support moins encombrant, plus facile d’accès et moins chère est mis en place, il est dans l’ordre naturel des choses que ce nouveau support se développe au détriment de l’ancien. On a pu observer ce phénomène dans la musique, dans le cinéma, Il me semble naturel que le domaine de la littérature soit à son tour concerné.
    Réjouissons-nous plutôt des avantages qui nous sont offerts, et laissons les libraires s’adapter à un marché en constante évolution.

    Pour ce qui est de Google, je trouve que la firme fait le sujet de beaucoup d’attaques pour des activités au final plutôt arrangeantes pour ses détracteurs. Je n’ai pas connaissance des exemples fournis par « La Révolution du livre numérique », mais en prenant pour exemple la concession d’exclusivité de 25 ans, cette close que je conçois bien entendu comme étant extrêmement abusive semble être un cas plutôt isolé. La seule trace que j’ai pu en trouver concernait la bibliothèque municipale de Lyon, et la clause a d’ailleurs été retirée par Google.
    Il faut rappeler que la firme de Mountain View offre la numérisation gratuite des livres aux bibliothèques qui ont tout à fait le droit de refuser et de se tourner vers d’autres organisations. La Commission européenne a par exemple lancé un contre-projet en 2008, Européana, visant à numériser images, textes, sons et vidéos.
    Il y a toutefois un risque qui me semble fondé, soulevé par l’écrivain Ben Lewis. Il envisage en effet la possibilité, déjà évoquée par Google, de commercialisation des livres numérisés. Google avait apparemment annoncé vouloir vendre des livres épuisés, définitivement introuvables dans le commerce. « Nous associons toutes les bibliothèques à l’idée de société civile, de partage, de quelque chose qui ne devrait rien coûter, auquel tout le monde devrait avoir accès. Dans notre monde globalisé et hyper-capitaliste » nous dit Ben Lewis.

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