« Mythologies personnelles: L’art contemporain et l’intime »

isabelle-de-maison-rouge-mythologies-personnelles-l-art-contemporain-et-l-intime-o-286656345X-0« L’homme a toujours eu le désir de conserver des traces de lui-même. Aujourd’hui, plus que jamais, l’artiste met en œuvre cette aspiration. Il collecte et accumule des objets ou images qui parlent de lui et racontent son histoire. A l’aide de fictions ou de documentaires, il bâtit ses mythologies personnelles et nous les livre sans pudeur. »

Ecrit en 2004, par Isabelle de Maison Rouge (Historienne et enseignante),  « Mythologies personnelles : L’art contemporain et l’intime », nous parle de ces artistes mettant en œuvre leur propres vies à travers leurs réalisations. Une tendance qui apparaît au début des années 1970, où l’interrogation de la perception du monde et de ce qui nous entoure occupe une place prédominante dans l’art contemporain.

L’auteur commence son introduction par une généralité : Où peut on voir l’art contemporain de nos jours en France ? Ce petit rappel, aussi bien utile aux néophytes qu’aux habitués nous restitue le contexte des expositions, des musées ou encore des salons. De nos jours l’art tend à être éphémère et souvent nomade. Se baladant aux 4 coins de la France, n’importe quel amateur peut s’adonner à l’art contemporain.

Découpés en plusieurs parties, ce livre aborde différents artistes ainsi que leurs engagements dans leurs travaux. Assez complet dans son ensemble, bien fournis en description et en images, il permet au lecteur de se jeter dans un univers commun aux artistes présents : la quête de soi.

L’auteur commence par nous expliquer la signification du titre du livre. La définition de mythologies personnelles : Exprime la transposition du quotidien par l’individu pour atteindre le personnel, donc l’intime. Le mythe est aussi un mode de signification, et ce n’est pas un objet, ni un concept, ou encore une idée mais une forme. Il contribue à maintenir la cohésion sociale par la préservation de rituels commémoratifs. On retrouve très souvent  une référence aux scènes primitives qui ont construit l’artiste. De ce fait le contenu de l’œuvre échappe ainsi au moi narcissique pour devenir universel. Parler de mythologie personnelle revient à tenir compte des interrogations que pose l’artiste à la société dans laquelle il vit.

Le premier chapitre aborde les biographies ordinaires, ainsi que les images du quotidien. Nous sommes dans une société démonstrative, qui a besoin de s’exposer et d’offrir son intimité au yeux de tous : la télé-réalité en est la preuve. Dans l’art, on obtient à peu prés la même chose, le domaine privé du public tend à se confondre. Les évènements les plus anodins deviennent les plus ciblés.

Les artistes utilisent les médias les plus courant de nos jours : la photo et la vidéo. Leur permettant ainsi de montrer de façon objective et surtout authentique une réalité sans fard. L’art de dévoiler sa vie de tous les jours, mettre en lumière les objets qui ne l’étaient pas ; Duchamp entreprendra une véritable révolution en 1917, grâce à son urinoir et à sa manière de pouvoir détourner un objet manufacturé, en tant qu’œuvre d’art. Le but étant de hisser l’ordinaire au rang d’universel.

Fontaine, Ready-Made, 1917

Certains exemples du chapitres étaye sa description : Christian Boltanski pour « Je suis content, c’est mon anniversaire », la transposition du corps enfantin dans celui d’un adulte. Nan Goldin, pour la vie en instantanés ; « Nan one month after beign battered » où elle témoigne de la violence qu’elle subit au quotidien. Elle propose au spectateur l’image d’une froideur et d’un constat clinique. L’auteur parle aussi de l’idée sur la démarche artistique solitaire. Une idée d’isolement qui permet aussi à l’artiste de travailler sur un art engagé grâce à la radicalité du geste. Un isolement extrême dicté par des personnalités extrême tout comme Van Gogh, donnant l’image d’un artiste excessif en mettant fin à ses jours. Gauguin ou encore Warhol sont cités.

Même si la création est souvent individuelle, certains binômes arrivent à s’unir et à proposer des œuvres plus complexes, ils occupent la place centrale de leurs univers. Le cas de Pierre et Gilles, pour « les Mariés », de 1992 où entre autobiographie et autofiction, ils arrivent à traiter du mariage sur un ton mi-sérieux, interrogeant notre société sur ses institutions et ses interdits.

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Les Mariés, Pierre & Gilles, 1992

Les exemples cités : Jean Pierre Raynaud et son histoire de pot ; Une obsession qui deviendra son emblème pendant plus d’un demi-siècle. Remplie de ciment, il change selon son humeur, la couleur ou les tailles qu’il souhaite leur donner. Le duo d’artistes  Gilbert & George où l’ensemble de leurs travaux se regroupe sous forme de dessins, de peintures, de photos ou encore de performances.

« Gilbert & George », cette œuvre photographique, utilisant seulement les trois couleurs primaires, sous une influence « british », représente leur corps, leur image ainsi que leur couple. Toujours figés, portant des costumes toujours parfait, ils suivent la ligne rigoureuse qu’ils se sont imposée : « Frapper le spectateur avant qu’il ait le temps de réfléchir. »

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D’autres thèmes sont abordés comme : Le « moi » comme objet ou bien la poursuite de son identité. De mon point de vue, travaillant sur le « je » dans l’art et la découverte de soi à travers des objets que l’on créé, je l’ai trouvé intéressant et surtout bien détaillé.

Une analyse guidée des œuvres de Orlan, placées à la fin du livre, pousse le titre du livre à son paroxysme, elle s’érige elle même au rang de mythe fascinant la nouvelle génération comme l’ancienne.

Des fiches biographiques en fin de page, viennent raconter le parcours des artistes cités ainsi que les dates les plus marquantes de leurs vies.

Pour finir c’est un ouvrage petit mais qui s’avère riche (des infos en italiques viennent aussi accompagner les descriptions et photos). Douze artistes sont présents, voués à leurs obsessions intimes. Peu de livres abordent l’art contemporain au travers de l’intime et c’est bien le seul que j’ai réussi à trouver. « Mythologies personnelles : L’art contemporain et l’intime » fait de lui un incontournable dans sa catégorie.

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