« La science-fiction » de Roger Bozzetto

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Des supers-héros en collants aux conquêtes spatiales, des utopies sociales aux monstres mutants… A la lecture de cet écrit de Roger Bozzetto, une chose est sûre : la science-fiction est un genre aux thèmes fourmillants.

 

L’auteur va tenter de répertorier un certain nombre de caractéristiques du genre, que ce soit dans le choix de ses thèmes ou dans ses procédés narratifs, mais aussi dans son histoire : l’invention du terme « science-fiction » en 1929 par Hugo Gernsback a conduit à regarder des textes antérieurs (comme ceux de Jules Verne) en tant que précurseurs du genre. Ce qui unit l’ensemble des ces histoires est l’ancrage de base dans le réel ; la distorsion qui s’en suit s’appuie sur le détournement ou l’anticipation de l’évolution des procédés scientifiques et techniques contemporains de l’auteur.

 

La science-fiction possède tout un vocabulaire propre à son domaine : outre les célèbres « utopie » ou « cyborg », on apprend notamment que la saga Star Wars appartient au genre du « Space Opera » et que les deux moyens pour l’homme d’habiter un nouvel environnement sont la terraformation (adaptation de l’environnement à l’homme) ou la pantropie (adaptation de l’homme à l’environnement). Sont citées également les trois lois de la robotique énoncées par Isaac Asimov en 1942 :

1 : Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger.

2 : Un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la Première loi.

3 : Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la Première ou la Deuxième loi.

 

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Couverture du livre de P.K. Dick « Do androids dream of electric sheep » dont a été tiré le film « Blade runner »

On voyage de références populaires comme Matrix à des titres prometteurs (Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?), classiques (Frankenstein) et inattendus (Le père Goriot). Les références s’accumulent, à se demander si l’auteur ne se perd pas lui-même : Ravage de Barjavel se voit affublé d’un « s » et l’ouvrage de P.K. Dick se retrouve baptisé successivement La fourmi électrique et La fourmi électronique ; les deux traductions existent mais il n’est pas précisé qu’il s’agit bien du même livre. Par ailleurs les titres sont parfois en version originale, parfois proposés dans leur traduction française et la bibliographie ne recense pas l’intégralité des références citées. Ainsi cet ouvrage n’a pas vocation d’exhaustivité et sa rigueur est à questionner, mais il peut être utilisé comme un répertoire d’anecdotes et de pistes de recherches sur le genre. On reste sur sa faim, même si on en a pris plein les yeux.

 

Quoi qu’il en soit, restons attentifs, il est temps de s’intéresser aux visions que les premiers auteurs du genre ont délivré sur leur futur, bientôt notre présent. Nous avons échappé au recyclage cannibale de Soleil vert en 1999, mais peut être verrons-nous les voitures volantes de Retour vers le futur 2 en 2015, ou encore, comme Barjavel l’imagine dans Ravage, le cimetière de Montparnasse transformé en stade en 2021 et le lait au robinet en 2052.

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Une réflexion au sujet de « « La science-fiction » de Roger Bozzetto »

  1. D’une manière générale, l’œuvre complète d’Asimov constitue un véritable « Space Opera » gigantesque qui se déroule sur des millénaires, bien plus vaste et complexe que l’univers Star Wars, plus volontiers tourné vers un public adulte aussi, à l’évidence. Récemment j’étais plongée dans le Cycle de Fondation, la série d’ouvrages qui, dans la chronologie des évènements de la grande histoire d’Asimov, succède à celle des Robots (série dans laquelle on trouve ces trois lois de la robotique, et dont Alex Proyas a tiré un film « I Robot », avec Will Smith dans le rôle principal). Le Cycle de Fondation comprend sept livres (cinq + deux préludes), écrits et publiés dans le désordre sur une quarantaine d’années, entre 1950 et 1993. Pour la faire courte, c’est une « histoire de futur », de la science-fiction pure et dure, supposée se dérouler dans 22 000 ans, et les 7 ouvrages couvrent quelque chose comme 500 ou 600 ans à partir de l’ouvrage numéro un, ce qui signifie que d’un ouvrage à l’autre, les personnages « bien réels » auxquels on s’attache sont devenus des mythes, des légendes qui inspirent ou effrayent les nouveaux personnages dont on suit les nouvelles aventures. C’est assez troublant dans la logique, mais ce qui est intéressant c’est que la série complète trouve sa propre dynamique, on découvre que certains personnages sont liés à d’autres, 150 ans plus tôt, ce qui explique un tas de ressorts compliqués du scénario, les ouvrages se répondent à plusieurs centaines de pages de distance, les révélations scénaristiques sont surprenantes, il n’y a quasiment aucune chance de deviner ce qui va se passer, on passe son temps à conjecturer et on se plante toujours, bref, c’est très bien agencé. L’histoire est portée par des réflexions philosophiques sur le pouvoir, la science, l’éthique, la responsabilité individuelle, c’est d’ailleurs assez déroutant au départ ; Asimov était chimiste de formation, et on sent la patte du scientifique dans la façon d’aborder la plupart des thématiques. Ça reste absolument lisible pour le non-initié (sinon j’aurais lâché prise), à condition de faire l’effort de comprendre les deux ou trois idées principales, du genre : l’un des personnages principaux est l’inventeur d’une science révolutionnaire appelée « psycho-histoire », qui est supposée prévoir l’histoire grâce à des calculs scientifiques basés sur la psychologie humaine. C’est en résumé le fil rouge de l’œuvre, ça permet des développements et des rebondissements vraiment originaux.

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