LA VIE SUR TERRE : Réflexions sur le peu d’avenir que contient le temps où nous sommes.

Cet essai de BaudouImagein De Bodinat publié en 1996 aux Editions de l’Encyclopédie des nuisances est un constat engagé mêlant poésie et philosophie pour décrire notre époque post-moderne où tout ne serai plus que flux et indifférence.

Alors que nous somme au terme d’un énième compte à rebours de prophétie apocalyptique à quelque jours du 21 Décembre 2012, ce livre dénote car il nous propose de penser en partant de ce postulat :et si la fin du monde avait déjà eu lieu ?

Baudouin de Bodinat fait partit de ces « auteurs » qui en eux même sont tout un roman ; en effet Baudouin de Bodinat est probablement un pseudonyme et il y a de grandes chances qu’il se cache en fait derrière ce nom un collectif à la manière de TIQQUN qui appartient d’ailleurs à la même mouvance ( que l’on pourrait caricaturer en une pensé altermondialiste ou anarchiste ).

The institute for Human Continuity : une partie du marketing viral lancé pour la promotion du film 2012  ou quand l’industrie du divertissement génére sa propre mythologie apocalyptique.

La vie sur terre est un récit à la première personne où un narrateur nous livre le fil de ses pensées au cours de ses déambulations dans un univers urbanisé qui pourrait rappeler les décors de 1984 ou Le Meilleur des Mondes mais qui se trouve être bien le notre. Le juxtaposition de situations du quotidiens, mêlées à des citations littéraires et philosophiques, et d’explications techniques et scientifiques sur les dispositifs techniques et sociaux auquel nous ne prêtons même plus attention tel que l’automobile, la carte de crédit, le téléphone, la télévision, la consommation …créé l’étrangeté de cet univers qui semble rejouer éternellement son agonie comme un sample joué en boucle sur une table de mixage numérique.

«Voici ce que je lis dans le journal: les radioastronomes se plaignent que les téléphones portables parasitent leurs fréquences hertziennes quand ils veulent écouter les galaxies; et les astronomes optiques, excédés de pollution lumineuse, doivent s’en remettre à des télescopes embarqués à bord de satellites.

Je lis que les scientifiques du programme Search for extraterrestrial intelligence (qui branchent leurs décrypteurs sur des radiotélescopes en faisant l’hypothèse que s’il existe des civilisations extraterrestes on devrait en capter les bruits radio: radars, électroménager, jeux télévisés, retransmissions sportives, etc.), que ces chercheurs avaient connu l’émotion d’intercepter, à la grande antenne du désert australien, des signaux artificiels réguliers sur la bande de 2,3 GHz; mais à la réflexion c’était le four à micro-ondes de la cafétéria de l’observatoire.

Je lis aussi que les physiciens du CERN avaient dû constater le passage à heure fixe de particules imprévues, peut-être extraterrestres, dans les champs magnétiques de leur accélérateur souterrain. Finalement il suffisait de consulter le Chaix, c’était tous les jours le train subsonique entrant en gare de Genève. Et j’ai pensé que maintenant qu’il règne universellement, le rationalisme ne peut plus rien faire d’autre que de se vérifier lui-même. »

( La Vie sur Terre Baudouin De Bodinat 1996 Encyclopédie des Nuisances Tome 1 Chapitre 8 )

Ce qui est étonnant dans ce livre c’est la mélancolie qui s’en dégage, bien loin d’un manifeste hystérique, il fait apparaître bien malgré lui des qualités esthétiques à ce monde qui n’en fini pas de mourir. Cela fait penser aux films de Kiyoshi Kurosawa, comme Kairo qui est un récit de genre apocalyptique où l’extinction de l’humanité ne provoque ni panique ni hurlement et renvoit qu’a l’indiférence et la solitude de ses protagonistes ; à l’opposé des explosions et effets spéciaux du film 2012 de Roland Emmerich.

Kairo (Pulse) Kiyoshi Kurosawa 2001

L’on nous a annonçé plus d’une fois la « fin de l’histoire » et la post-modernité n’en fini plus de se postérioriser, La Vie sur Terre décrit bien ce monde où l’on ne fait que ressasser le passé, satisfaire des frustrations que l’on a sois même engendré et dans lequel l’on ne peux espérer de lendemain qui différe du précédant.

« On conviendra que les nouvelles d’aujourd’hui, entendues il y a vingt ans, nous auraient paru un absurde cauchemar, une mauvaise plaisanterie. Le journal de l’année prochaine ne nous semblerait pas moins inepte et déprimant. Nous le lirons pourtant de notre vivant. Lichtenberg disait sa curiosité de savoir le titre du dernier livre qui serait imprimé. Je crois que personne n’a celle d’assister à l’ultime journal télévisé »

( La Vie sur Terre Baudouin De Bodinat 1996 Encyclopédie des Nuisances Tome 1 Chapitre 2 )

L’on peux se demander quel est le but de Baudouin de Bodinat avec cet essai : nous ouvrir les yeux ? L’indignation ? La révolte et un retour à une vie « primitive » auquel appelait par exemple UNABOMBER ? Pourtant quand l’on voit de ses propres yeux « l’harmonie d’une autoroute dans nos campagnes industrielles », le flux dans toutes ses manifestations techniques ou humaines, l’on peux aussi avoir le désir de s’abandonner et oublier.

Ce genre de manifeste a l’interet de laissé le libre arbitre au lecteur, même si l’on devine les intentions philosophiques de son (ses) auteur(s), et que les qualités littéraires de l’ouvrage nous rendent facilement intolérable l’évidence; la Vie sur Terre reste un très beau livre que l’on soit de ceux qui voient dans notre humanité transfiguré par la technologie et le flux sa mort ou son avenir.

Il existe plusieurs version radiophonique de cet ouvrage, je vous conseil celle réalisé par Céline Laurens et Marion Curie et diffusé dans l’émission Etcetera sur Radio Galère en 2011-2012 ( et rediffusé sur Radio Zinzine durant l’été 2012 ) qui proposent une interprétation toute à fait dans l’esprit de l’oeuvre originale.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s