Le destin des images

Le destin des images

Le destin des images

Le destin des images de Jacques Rancière est une réflexion composée de cinq chapitres sur la question de l’image et de son statut, dans la photographie, le cinéma la peinture et le design. La notion du visible et du dicible dans l’image est l’un des sujets abordés au cours de ses pages.

Dans un premier temps, l’auteur nous rappelle que les images ne sont pas simplement des représentations figées de la réalité mais plus justement des opérations, des montages. Pour illustrer ces propos, l’auteur nous donne différents exemples d’enchaînements et de plans cinématographiques lors du film   Au hasard Balthazar  de Robert Bresson. Lors de la première scène du film, décortiquée par Jacques Rancière, un procédé de fondus et de gros plans accompagnés d’un dialogue suffisent à faire naître dans l’imaginaire du spectateur une palette d’images non montrées à l’écran. A l’aide de cet exemple, nous comprenons que l’image n’est pas obligatoirement liée au visible et le visible ne fait pas forcément image. Lire un passage de Madame Bovary par exemple, peut être suffisant pour créer une image mentale de ce que l’on lit.

En abordant la photographie, l’auteur nous dit que la photographie est une parole muette, capable d’évoquer, d’exhiber la vérité sans avoir besoin d’en parler. La photographie est devenu un art en « exploitant une double poétique de l’image, en faisant de ces images, simultanément ou séparément, deux choses : les témoignages lisibles d’une histoire écrite sur les visages ou les objets et de purs blocs de visibilité, imperméables à toute narrativisation, à toute traversée du sens. » p19 ,20. Historiquement, la photographie, d’abord critiquée en comparaison à la peinture, a par la suite été louée en raison de son archi-ressemblance au réel. L’image photographique serait donc un moyen de rendre compte du réel, sans tricher.

Rancière distingue ensuite trois catégories d’images aujourd’hui exposées dans nos musées et nos galeries. Il y a tout d’abord ce qu’il appelle l’image nue.  Elle regroupe l’image qui ne fait pas art, mais une image qui témoigne d’une réalité, d’un moment de l’histoire. Il donne en exemple une exposition  « Mémoire des camps » , qui regroupe une sélection de photographies faites lors de la découverte des camps nazis. Il évoque aussi l’image ostensive qui affirme sa puissance sans signification mais au nom de l’art.  A cette image ostensive s’oppose l’image métamorphique qui joue sur l’ambigüité des ressemblances et l’instabilité des dissemblances : elle entend jouer avec les formes et les produits de l’imagerie plutôt que d’en opérer la démystification. L’exposition « Let’s entertain » présentée à Minneapolis par exemple invite à la fois à jouer le jeu d’un art soulagé de son sérieux critique et à marquer une distance vis-à-vis de l’industrie de loisirs.

« Ces trois formes d’imagéité sont trois manières de lier ou de délier le pouvoir de montrer et celui de signifier l’attestation de la présence et le témoignage d’histoire. »p. 34 Toutefois, ces trois formes d’images sont incapables de fonctionner sans s’emprunter les unes au autres pour activer leur logique. En effet, en contemplant une image nue, vouée au seul témoignage, notre œil ne pourra s’empêcher de voir au-delà de ce que l’image représente. Ici intervient notre second regard, produit d’une éducation esthétique, d’une certaine idée de l’image.

Dans son second chapitre intitulé « la phrase, l’image, l’histoire », Rancière à travers Les histoires du cinéma  de Godard explique sa notion de « phrase-image », il entend par là autre chose que l’union d’une séquence verbale et d’une forme visuelle. La phrase n’est pas le dicible et l’image n’est pas le visible. Ces deux notions unies altèrent le rapport représentatif du texte à l’image. Elles défont la logique du texte comme enchaînement des actions et de l’image comme chair à l’action. Pour mieux comprendre le concept de « phrase-image », voici un passage ou Jacques Rancière nous raconte le début d’ Une nuit à Casablanca.

« Un policier regarde d’un air soupçonneux la singulière attitude d’Harpo, immobile et la main tendue contre un mur. Il lui demande donc de sortir de là. D’un signe de tête, Harpo indique qu’il ne le peut pas. ‘Vous allez peut être me faire croire que c’est vous qui soutenez le mur’, ironise le policier. Par un nouveau signe de tête, Harpo indique c’est exactement le cas. Furieux que le muet se moque ainsi de lui, le policier arrache Harpo à sa faction. Et, bien sûr, le mur s’effondre à grand fracas. Ce gag du muet qui soutient le mur est la parabole la plus propre à nous faire sentir la puissance de la phrase-image. » p.57

Le destin des images est un ouvrage malheureusement difficile à lire dont les idées bien qu’intéressantes donnent un peu de fil à retordre, on n’est pas toujours certain d’avoir bien compris à la première lecture.  L’auteur nous donne des exemples à foison  mais bascule rapidement entre deux notions en quelques lignes, réussissant à perdre son lecteur.

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