« Entre style et caractère »

Design de Police Caractéres Recto

     Réalisé par le Design Muséum de Londres, cet ouvrage est un outil pour placer la typographie au centre de la culture contemporaine. Il témoigne précisément de la richesse et de la créativité des polices de caractères, à travers ses principes, son histoire et ses diverses évolutions. Un véritable parcours d’informations sur la typographie, qui vas des premiers systèmes d’écritures en Egypte Antique, à la pochette d’album de David Bowie, en passant par la signalétique de l’aéroport internationale Charles-De-Gaule, l’ensemble, complété avec des images ou photographies pour facilité la compréhension. Ainsi on peut également découvrir à l’intérieur, un entretient avec deux célèbres designers graphiques, Jonathan Barnbrook et Marcus Leis Allion. Une confidence artistique sans tabou sur leurs métiers, leurs façons d’appréhender des projets jusqu’à leurs techniques de créations.




Anatomie - police caractères

Police de caractères : ou police d’écriture, en typographie, est un ensemble de glyphes, c’est-à-dire de représentations visuelles de caractères d’une même famille, qui regroupe tous les corps et graisses d’une même famille, dont le style est coordonné, afin de former un alphabet, ou la représentation de l’ensemble des caractères d’un langage, complet et cohérent.



Panneaux routiers et publicitaires sur l’ancienne RN 20 (Essonne).

     Les polices de caractères sont partout. Nous en voyons à chaque moment de la journée, tout autour de nous, presque de partout où nous posons notre regard. Une omniprésence quotidienne, qui se retrouve sur les tableaux de bords de nos voitures, nos cartes de vœux, nos produits ménagers, dans la rue, pour nous indiquer où aller, que faire et quand le faire et également sur les écrans de nos ordinateurs, ou celles-ci font offices d’interfaces entre nous et le monde virtuel. Elles se veulent intermédiaire entre nous et ce qui nous entoure, pour permettre la compréhension et/ou la communication. En effet, puisque la typographie se caractérise par l’idée de créer et d’aménager des glyphes, ceci la rend intimement liée à la notion de langage, simplement et très logiquement parce que les lettres forment des mots et que les mots sont vecteurs de communication.

Certains peuvent se demander si, concrètement ils existent des bonnes polices d’écritures et des mauvaises. Réellement, tout dépend du point de vue et de l’interprétation de l’esthétisme chez chacun. Cependant dans cet ouvrage, j’ai pu comprendre que la question n’était pas de privilégier une police d’écriture seulement pour son sentiment de beauté ou pour son rang hiérarchique de popularité, mais plutôt de prendre conscience que chaque support de communication dispose de ses caractéristiques d’écritures. Parce qu’on ne lis pas dans les mêmes conditions, les informations inscrites sur un panneau d’autoroute à 130km/h, et un article sur son écran d’ordinateur.

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Il existe 3 principes, préférables à appliquer pour créer et utiliser une police d’écriture.

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     Le premier principe est celui de la lisibilité, le plus important, celui qui permet de déchiffrer et de comprendre une information. Nombreux sont ceux qui ont essayer d’analysée scientifiquement la lisibilité d’une police, pour favoriser par exemple les polices sans empattements (ou sérif) dotées de petites pattes et queues, qui entrainent subtilement l’œil, d’une lettre à une autre. Certains typographes quand à eux, pensent que si une police d’écriture ne plait pas à son public, elle ne rencontrera pas de succès. Un constat donc subjectif de la typographie, qui indique qu’il n’existe pas de science mais un art de l’équilibre visuel, à trouver en fonction du contexte de la police de caractères (Jaquette de CD, panneaux de signalisations, annuaire, affiche publicitaire). Le ton donné par une police d’écriture, fais partis du deuxième principe à prendre en compte. Prenons l’exemple de la dénomination « Monsieur », écrit en Courrier, il sera connoté plus particulièrement, au domaine de la procédure judiciaire, pour reprendre le style d’une machine à écrire. Alors que cette même dénomination écrite en Zapfino, sera quand à elle plus approprier au roman de cape et d’épée. Dans un dernier temps, il s’agira de choisir la disposition de la police d’écriture sur le support.  Son importance réside dans le fait d’accorder du sens dans les espaces à l’intérieur des glyphes, entre eux, mais également à plus grande échelle, dans l’intégralité de la page. Après plus en détail, il est question de la justification ou non, si c’est le cas, cela procure au message, un aspect plus sérieux, plus conventionnel, mais provoque des césures ou des intermots très irréguliers. Dans le cas inverse, on favorise le fer à gauche, doté d’une grande régularité de l’intermots et de l’interlignage. A grande échelle, on distingue une hiérarchie des informations, pour permettre de guider le regard du spectateur. C’est ce qu’on retrouve dans le fait de contraster une police linéale pour la titraille avec une autre à empattement pour le corps du texte. Ainsi de nos jours, il n’est pas rare de retrouver dans les pages de magazines ou les journaux, l’utilisation de grille, pour classer les informations et donner par la même occasion, une identité propre et cohérente au fil des numéros ou autres hebdomadaires.

     Ces principes se veulent simple mais sont de remarquables conseils, à prendre en considération, dans les métiers de la création graphique, mais pas seulement. Ce livre est un receuil très enrichissant, autant sur le plan culturel qu’historique, il offre aux nons avertis, des explications sur des polices de caractères qu’ils croisent au quotidien. C’est le cas de l’ « Helvetica » conçu en 1957 par Max Miedinger et Eduard Hoffman pour la fonderie Hass, une des plus populaire, si ce n’est la plus célèbre au monde, présent sur les timbres Suisses et adopté par les marques Orange, Gap, Lufthansa et Royal Bank of Scotland entre autres.

Helvetica Collector

Marques reprenant la police d’écriture Helvetica


     Chaque police de caractères est inspirée  de ce qui a était fait avant, signifié par le moment où les signes ont commencés à être utilisés pour véhiculer un sens et enregistrer des informations. On retrouve l’évolution historique de la typographie, des hiéroglyphes au premiers caractères en plomb jusqu’au police d’écriture à l’écran. Une richesse des éléments et des faits, qui rend la découverte au fur et à mesure des pages, aussi captivante que surprenante. On découvre techniquement les premiers pas de l’imprimerie papier avec Johaness Gutenberg (1455), la page suivante on évoque l’ère de l’industrialisation et sa production massive, suit le Modernisme par contestation à la révolution industrielle et arrive la révolution numérique…

La révolution numérique

Doubles pages extraite de « Design de police de caractères »

C’est à ce moment là que la typographie a véritablement connu son plus grand changement du point de vue du processus de création. Les graphistes conçoivent des polices d’écritures spécialement faites pour être utilisées à l’écran. C’est comme cela que va naître la police matricielle et vectorielle, pour permettre la reproduction en haute définition à toute échelle.

« L’ère numérique à été marqué par une explosion virtuelle des polices. En quelques décennies seulement, plus de polices on été créées qu’au cours du reste de l’histoire de la typographie […] Des siècles après l’invention de Gutenberg, les polices de caractères sont devenues un produit culturel de masse utilisé par des millions de personnes. »


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  Jonathan Barnbrook & Marcus Leis Allion

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Jonathan Barnbrook (né en 1966) est un designer graphique Anglais, qui s’exerce dans le milieu typographique, commercial comme non commercial. Son travail artistique, (par exemple U.N.Ilateral) souvent provocateur, revendicateur d’idées fortes, est engagé au point de s’exprimer sur le monde entrepreneurial, la politique et la société de consommation.

Marcus Leis Allion (né 1971) est un designer typographique Anglais,  directeur artistique du label LOCA records et dirige en parallèle sa fonderie typographique. Il collabore avec Jonathan Barnbrook depuis 2001.

     Une retranscription de leurs parcours personnels autant professionnel qu’artistique, avec leurs points de vue sur la façon de réaliser une police d’écriture et leurs rapports à l’écriture. Ils reviennent également sur les références qui les inspirent encore aujourd’hui et racontent en détail la création d’une de leur réalisation majeure, la typographie « Priori » réalisé dans le cadre d’un concours pour trouver une police de caractère à la ville de Glasgow. Empruntée d’une atmosphère très Britannique, le but était de réaliser une suite de polices au style différent, mais ayant en commun la structure des glyphes, afin qu’elles puissent être associées au sein d’un mot ou d’un texte. On retrouve l’anticonformisme de la police d’écriture « Priori » sur l’album Heathen (païen en français) de David Bowie, où elle est utilisait pour sa signification anti religieuse.

Heathen -David Bowie

Heathen -David Bowie (2002)


A voir l’importance que chaque détail suscite dans la typographie, il est évident de penser qu’une police ne se définit pas par son style superficiel ou sa lisibilité, mais qu’elle exprime la parfaite relation entre le contenu et la forme, la langue et le signe.


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Une réflexion au sujet de « « Entre style et caractère » »

  1. Pouvons nous envisager de développer le propos des « bonnes » ou des « mauvaises » polices, à l’heure où certaines d’entre elles arrivent en effet à soulever ce débat ? Comic Sans MS fait sans doute partie de celles les moins appréciées de la communauté typographique et ses détracteurs les plus fervents demandent même une interdiction pure et simple de son utilisation. Nous pouvons nous interroger : comment une police d’écriture peut-elle à ce point déchaîner les foules ? Les amateurs ne trouvent pas grand chose à lui reprocher et là commencent bien souvent les ennuis, car son utilisation intempestive dans une mise en page inappropriée, au lieu de lui rendre service n’a fait que lui porter préjudice.

    Comic Sans MS, victime de son succès ? Son créateur, Vincent Connare tient à rappeler son caractère ludique destiné à un jeune public et si l’argument reste valable, il n’empêche qu’il pèse bien peu dans la balance des raisons pour lesquelles le Comic qui tend à imiter les polices de bandes-dessinées, plus qu’un Super Héros, prend des allures de Super Zéro.

    Pourquoi un tel emploi abusif alors ? Microsoft en fait une de ses polices par défaut, et lorsqu’on est un utilisateur lambda qui est en proie à un affreux dilemme parce que Times New Roman c’est trop classique pour se faire démarquer dans l’écriture de son document, que fait-on ? On va piocher du côté des premières polices un peu « hit » de celles proposées. Tentative réussie ? Malheureusement oui, mais comme étant le meilleur flop réalisé. Comic Sans MS vise plus à mettre en avant l’amateurisme à cause de sa mauvaise conception générale (aucune variante proposée comme l’italique par exemple) et son manque de clarté et de sérieux, comme le synthétise cet article, http://www.carnetsdubusiness.com/Faut-il-interdire-Comic-Sans-MS_a533.html

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