L’interactivité, une des bases de l’Art Internet

générateur poïétique, 1987

générateur poïétique, 1987

          Depuis longtemps l’art se sert des inventions scientifiques et technologiques pour avancer et se réinventer. Ça a été le cas lors de l’invention de la photographie et du cinéma, mais c’est aussi vrai dans des domaines comme la robotique, la cinétique, la chimie, … Il est donc normal que dès le début du réseau internet certains artistes aient tenté de s’en servir dans et pour leur Art. Les artistes ont découvert là un medium particulier puisqu’il est à la fois le support de l’œuvre, son outil et son environnement. Il est le lieu de création et d’exhibition des créations artistique. L’art en ligne est immatériel, il n’est nulle part tout en étant accessible partout dans le monde. Il est ainsi à la portée du plus grand nombre et ne se cantonne pas aux lieux artistiques habituels.

Une des notions les plus importante lorsqu’on aborde l’art internet est la question de l’interactivité. Lorsqu’on creuse un peu la question on se rend compte qu’il existe plusieurs grands types, plusieurs grands courants dans l’interactivité.

Il y a tout d’abord une interactivité que l’on pourrait qualifier de « basique » c’est une interactivité que l’on retrouve dans tout site web. L’internaute doit cliquer pour faire apparaitre les différents contenus d’un site web. C’est le cas dans une œuvre comme My Boyfriend Came Back From the War d’O.Lialina, crée en 1996 (http://www.teleportacia.org/war/war2.htm). Le spectateur interagie avec l’œuvre mais c’est l’artiste qui décide de tout, l’œuvre est fixé dans le code du site dans son entièreté. L’internaute ne peut que parcourir le site et découvrir ce que l’artiste lui donne à voir.

Il y a ensuite une interactivité plus poussé qui permet au spectateur/internaute de participer à l’œuvre sur le réseau. Il est ainsi acteur, il participe à l’œuvre. Cette dernière peut réellement être modifiée par le spectateur. Elle est donc en partie créée par lui. Dans ce genre d’œuvre l’artiste indique la base de son œuvre, son concept et laisse l’internaute créer le reste. L’artiste n’est pas maitre de l’aspect final de son œuvre. Ces ajouts peuvent être instantanés et éphémères ou bien à plus long termes. On peut ici citer comme exemple le générateur poïétique, qui date de 1987 (http://play.poietic-generator.net/) ou bien encore chain reaction de B.Mitchel.

Enfin il y a une interactivité qui permet à l’internaute de participer et/ou de créer une oeuvre physique quelque part sur terre. Ici l’internaute participe et crée une partie de l’œuvre d’art, il en deviens essentiel à son développement. De cette manière une action engagée dans le réseau a une incidence sur la « vie réelle ». Ces œuvres génèrent de l’action réelle suivant les instructions des spectateurs. On peut citer comme exemples des œuvres comme King’s cross phone in de Heath Bunting, qui date de 1994 ou bien encore Telegarden (http://goldberg.berkeley.edu/garden/Ars/) crée par K.Goldberg, J.Santarromana, G.Bekey, S.Gentner, R.Morris, C.Sutter, J.Wiegley et E.Berger crée en 1995.

Après ce rapide aperçus des interactivités possible grâce au web nous allons nous intéresser plus particulièrement à deux grands genres, les œuvres interactives dans le web et les œuvres qui créent de l’action dans le monde physique.

tossing turning, 2011

tossing turning, 2011

Les œuvres interactives qui se cantonnent au web proposent le plus souvent au spectateur de modifier une image déjà existante. Mais elles peuvent aussi se présenter sous la forme de petits jeux comme les oeuvres de R.Rozendaal. C’est le cas par exemple de Tossing Turning  (http://www.tossingturning.com/) qui date de 2011. Dans cette création l’internaute interagie avec l’environnement visuel qui lui ait donné à voir, un cube vivement coloré dans lequel se trouve un citron et une sphère blanche. Il peut, en passant sa souris sur les différents éléments, augmenter ou diminuer la taille du citron et de la sphère, changer les couleurs et lancer une bande sonore.

Ce genre de site que l’on retrouve aussi chez un artiste comme M.Manetas (http://cargocollective.com/manetas) présente une interaction des plus simples. Le spectateur peut agir sur l’interface de manière personnelle et éphémère, c’est-à-dire que ses actions ne sont pas visibles par d’autres internautes et ne sont pas enregistrées.

Ces créations donne l’illusion a l’internaute d’entrer dans le monde de l’artiste, de changer quelque chose à l’œuvre, alors qu’en réalité ce n’est pas le cas. Cette interactivité limitée est une partie de l’œuvre, elle est totalement géré par l’artiste lui-même puisque c’est lui qui décide les formes, les couleurs, les sons et les actions possibles. Toute l’œuvre est dans le code et la potentielle interaction du spectateur bien que pris en compte dans l’œuvre n’en entraine aucunes réelles modifications.

Les œuvres qui créent de l’action dans l’espace réel sont souvent plus complexes, et ont une répercussion sur le monde et/ou sur d’autres personnes.

Rara Avis, 1996

Rara Avis, 1996

Rara Avis d’E.Kac se présente sous la forme d’une installation dans un espace d’exposition, d’une pièce dont on ne connaît pas le lieu et d’un site internet. Les spectateurs dans l’exposition peuvent, au moyen d’un casque de réalité virtuelle, voir une pièce remplis d’oiseaux. Les images de cette pièce sont captées par les yeux d’un robot mécanique dont ils peuvent contrôler les mouvements pour pouvoir voir toute l’étendue de la pièce. Les internautes quant à eux ont accès à ces vidéos sur internet et peuvent faire parler le robot grâce à des micros.

Ces œuvres qui permettent à l’internaute d’agir dans un espace donné séparé de lui mettent en pratique l’idée de cyber perception développé par Roy Ascott. C’est-à-dire la perception physique et mentale augmentée par et dans le cyberespace. Le corps n’est plus limité par son enveloppe de peau mais est dans trois espaces en même temps, son espace physique dans lequel il est, l’espace physique de l’opération (ici la pièce remplis d’oiseau) et le cyberespace de la transaction. Cette sorte d’interactivité mène à une certaine ubiquité, à une abolition de la notion de distance. Une pièce loin physiquement d’un internaute se retrouve à sa portée grâce à internet.

Ces différentes interactivités plus ou moins limité par l’artiste peuvent amener une plus-value à l’oeuvre, permettre de parcourir la totalité physique de l’oeuvre, ou de découvrir une totalité plus conceptuelle. L’interactivité peut créer du lien entre des lieux et/ou des personnes mais peut aussi n’être qu’une partie minime de l’oeuvre, qui ne crée que du lien « affectif » avec cette même oeuvre. Les artistes ont ainsi accès à un nouvel outil pour leurs créations, un nouveau medium qui est à la fois le support de l’oeuvre, son outil et son environnement. L’interactivité apporte à l’internaute le sentiment de participer à l’oeuvre, d’être intégré au processus de création, même si ce n’est pas toujours réellement le cas.

A travers leurs oeuvres ces artistes proposent une activité mêlée, en ligne et dans l’espace physique où, selon l’endroit où il se trouve, le public ne percevra pas et ne recevra pas la même chose. Ils utilisent l’étendu et la souplesse de la toile pour envisager une nouvelles forme d’expression révélé et mis en avant par l’émergence du web. Ils envisagent une nouvelle forme d’interactivité entre l’oeuvre et le public en continuité direct avec ce qui a été fait précédemment, à travers le happening notamment. Ainsi l’émergence du réseau permet aux artistes de développer une partie de l’histoire de l’art amorcé avec des œuvres comme Participation TV de Nam June Paik en 1963. L’internaute produit lui-même ce qu’il va voir, la partie visible de l’œuvre.

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