Teenage Stories – Gulliver revisité par Julia Fullerton-Batten

yygpKbDS1082MDCyMLQw0EtOyTPUS87JL01Jy8xJLdYrSkzOLi5ITE4Fi-kl5-fqm1oamJuY6GUVpAMA-368xAUTO-center    Julia Fullerton-Batten est né en 1970 à Brême, en Allemagne. Son père était un photographe passionné, elle lui a alors emprunté sa caméra au début de son adolescence.
Elle s’est faite connaitre grâce à notamment deux séries de photos : la première étant « In between » où les modèles lévitent au milieu de scènes quotidiennes, comme détachés de la réalité. Et « Teenage stories », qui met en scène des adolescentes géantes dans un monde lilliputien.

Ce dernier travail, peut être considéré comme autobiographique dans le sens où l’auteur évoque pour beaucoup ses propres souvenirs et sentiments d’autrefois.
Pour son projet photographique « Teenage stories », Julia Fullerton-Batten, lauréate du Prix HSBC pour Photographie 2007, a été sélectionné selon le critère suivant « travailler sur des représentations du réel, sans exclusive de mode de traitement ou d’approche ».

Dans le monde imaginaire ou réel des jeunes filles de Julia Fullerton-Batten règne une instabilité perpétuelle, reflet de ce passage difficile entre l’enfance et l’âge adulte. Les « teenages » géantes, sont comme posées dans un environnement étrange et onirique dans lequel le temps semble s’être arrêté. Elles deviennent les actrices d’une scène totalement  inventée par l’artiste mais aussi des personnages incarnant des pensées adultes qui ne sont pas les leurs…

Julia Fullerton-Batten fixe ces situations complexes comme des moments uniques, interpellant le spectateur et l’invitant à suivre ses jeunes filles dans une démarche à la fois très personnelle et surprenante.

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Selon Alain Sayag, l’artiste «provoque le spectateur par une narration esquissée, mais non développée». La série « Teenage Stories » met en effet en doute toute tentative d’interprétation de la réalité, en effet combinant effets d’échelle et perfection technique, les images de Julia Fullerton-Batten perturbent la perception, on ne sait plus réellement qu’est ce qui est « vrai » ou qu’est ce qui est « faux » dans ces clichés . Dans la plupart des œuvres, les jeunes filles au visage impassible peuplent un paysage trop petit pour elles, un peu à la manière d’une Alice au pays des Merveilles, à la fois innocente et objet de peurs.

Gulliver's TravelsJulia Fullerton-Batten ne revisiterait elle donc pas les aventures de Gullivert, notamment son « Voyage à Lilliput » dans lequel il se retrouve sur l’île de Lilliput, dont les habitants, les Lilliputiens, ne mesurent qu’environ 15 cm de haut. Ou encore son « Voyage a Brobdingnag » ou là il se retrouve alors dans la situation inverse de Lilliput : tous les Brobdingnagiens sont des géants.

3095064215_3484344542_o Une jeune fille traverse une place et marche sur un chewing-gum. Si vous voyez la scène, vous la remarqueriez à peine ou, en tout cas, vous l’oublieriez très vite. Ce n’est pas une catastrophe ni même ce que l’on peut qualifier d’un d’évènement. Et pourtant il n’en faut guère plus à Julia Fullerton-Batten pour nous faire réfléchir à cet état que connaissent toutes les jeunes filles au moment de ce passage difficile entre l’enfance et le monde adultes. Passage semé de doute, d’incertitude mais aussi de remise en question.

C’est un sujet sur lequel l’artiste se sent particulièrement à l’aise. Plusieurs fois associé au motif de la fenêtre, au sens pictural, le thème de l’adolescence devient alors aussi celui de l’incommunicabilité. Julia Fullerton-Batten affirme dans ses images l’impossible représentation de l’état psychologique d’une jeune fille durant son adolescence, malgré tous les artifices que peut nous fournir la photographie. « L’adolescence, cette phase de transition, semble nécessiter un vecteur tenant compte du temps. Tout en sachant pertinemment que ses photos ne sont pas des moments uniques, Fullerton-Batten a réussi à en faire des plans fixes. »(1) Elle fait échos parfois a Bernard Plossu, qui semble avoir le don de photographier l’instant où le présent devient mémoire sauf que Fullerton-Batten prend ses propres souvenirs (de son adolescence) et les transforme en images totalement abouties. Elle suscite un véritable questionnement et une profonde réflexion des spectateurs. Elle laisse, volontairement ces derniers, tenter de déchiffrer les ambiguïtés de ses photographies sans les « bombarder » de massages faisant ainsi appel a la réflexion et à la participation de ces derniers. Le travail de Julia Fullerton-Batten peut aussi faire échos a celui de Nan Goldin et ses photographies très proches de l’album de famille, de par la technique mais aussi par les sujets qu’elle aborde. KATHLEEN- nan goldinNan Goldin et ses photographies forment un ensemble singulier où le spectateur se sent « aspiré » dans leur monde. Stereotypes, mémoire collective, histoires dans lesquelles il s’identifie et/ou s’interroge. La photographie de Nan Goldin renvoie le spectateur à ses propres questionnements tout comme les œuvres de la série des « Teenage Stories » de Julia Fullerton-Batten.

Chez cette dernière il y a une part de fraîcheur et de méfiance qui se cachent dans les images. Un silence retentissant remplit chaque photo, comme si tout s’était arrêté lors de la prise de vue. Les jeunes filles si naturels et inoffensivess de part leur jeunesse se retrouvent face à elles-mêmes, leurs postures en témoignent. Chacune de ses photographies jouent avec l’idée de gêne, à la fois du spectateur mais aussi des modeles. D’autre part Julia Fullerton-Batten ne choisit que des jeunes filles anonymes, il n’y a pas de modèles professionnelles. C’est peut être que par l’anonymat une majorité de personnes peuvent  s’ identifier dans ces photographies. L’artiste travaille lentement pour capter les humeurs changeantes de ses modèles au fur et à mesure de leur passage devant l’objectif, puisque en effet son but n’est pas de capter leur physique, à la différence des photographes de mode, mais plutôt leur état d’esprit.
Les photos naissent d’un contraste entre deux attitudes. En effet, selon Francis Hodgson (critique du livre « teenages stories »), « les jeunes filles sont deux choses à la fois: elles sont d’une part des adolescentes, jetées dans un monde nouveau pour elles, étrange, mais elles incarnent d’autre part des pensées d’adultes, qui ne sont pas les leurs – mais celles de Julia Fullerton-Batten en l’occurrence – sur l’état dans lequel elles se trouvent. »

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Ces œuvres offrent une grande part d’originalité mais sont aussi extrêmement maitrisées. Nous voyons immédiatement que Julia Fullerton-Batten sait très bien laisser des choses non dites, souvent la partie la plus difficile de la photographie. Lorsque nous regardons pendant un moments les photographies de l’artiste nous nous demandons comment les a t-elle réalisé? Photomontage? Retouche numérique? Trucage? Non aucuns artifices! C’est bel et bien par la création de villages modèles que Fullerton-Batten réalise ces clichés qui suscitent tant de questions. Pas de photomontage, pas de photoshop toutes les photos sont des mises en scène.  Toujours selon Francis Hodgson, elle aurait pu obtenir le même résultat, le même effet avec des collages ou en utilisant photoshop, mais dans ce cas la elle aurait perdu tout le réalisme de ces images.

Julia Fullerton-Batten sait prendre une photo. Le cadrage, la lumière, les couleurs, tout est impeccable. Mais ce qui fait de cette allemande  une veritable artiste, c’est la mise en scène, ou comment faire parler les photos. Ses clichés racontent bien plus qu’une histoire, ils développent des concepts.

Pour plus d’informations et pour voir l’ensemble de son travail, voici le lien vers son site:

http://www.juliafullerton-batten.com/small.html

Une autre serie photographique de Julia Fullerton-Batten traite de la relation mères/filles. Des clichés tout aussi surprenant que les « teenages stories ». Je ne vous en dis pas plus maintenant c’est a vous d’en juger!! http://www.lense.fr/2012/06/11/julia-fullerton-batten-explore-la-relation-mere-fille/

(1) Extrait du texte de Francis Hodgson, Teenage Stories, catalogue de la Fondation HSBC pour la Photographie, 2007

Marion FRANCESCATTO

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