That’s all Folks !

Générique de fin du cartoon Looney Tunes, par la Warner Bros

Pourquoi l’animation fascine-t-elle ? Sans doute par son côté magique et improbable, qui lui permet de donner vie à tout ce qui est inanimé : des dessins, des marionnettes, du sable, de la pâte à modeler…

Comparable à une forme d’illusionnisme, l’animation n’est pourtant qu’une succession de dessins qui génère un mouvement. La cadence de projection du cinéma étant de 24 images par seconde, il faudrait, pour reconstituer une seconde de mouvement, 24 dessins.

Suivant cette logique, le nombre de dessins qu’il faudrait pour faire un moyen métrage ou même un épisode de 13 minutes en dessin animé serait alors considérable. Pourtant, à force de pratique, il a été remarqué que seuls les mouvements rapides nécessitent beaucoup d’information (donc énormément de dessins) afin que l’œil et le cerveau reconstituent une continuité souple dans le mouvement. De ce fait, l’utilisation du double dessin (même dessin exposé deux fois à la suite) permet de réduire le nombre de dessins par deux mais aussi de garder une certaine fluidité dans le mouvement.

Avant l’apparition de l’ordinateur, les dessins animés étaient confectionnés sur des celluloïds, feuille de matière plastique transparente sur laquelle était dessinée puis peinte la pose d’un mouvement d’un personnage. La transparence des cellulos permettait alors d’appliquer le personnage sur un décor et d’assembler les deux images pour n’en faire qu’une.


Betty Boop : bamboo isle. 1932
Dessin animé sur celluloïds

Cette technique, longtemps utilisée par la plus part des studios de dessins animés (Walt Disney, Warner Bros…) et même la publicité ou les séries télévisées, comporte tout de même quelques soucis : la gouache, peinture utilisée lors de la colorisation des décors et des personnages séchait trop rapidement et craquelait. Le gouachage était un travail long et fastidieux, qui prenait énormément de temps de réalisation sur le temps de production d’un dessin animé. Qui plus est, le cellulo n’est pas tout à fait transparent et la superposition des feuilles finissait par atténuer les couleurs réelles des personnages, des décors. Des sautes de couleur et de contraste pouvaient alors se produire quand le personnage se trouvait alternativement sous un, deux ou trois cellulos.

Aujourd’hui, le travail de colorisation, d’animation et même de compositing est nettement simplifié grâce à l’ordinateur et sa panoplie de logiciels spécialisés dans les différents domaines. Depuis le débuts des années 90, le cellulo a petit à petit été abandonné au profit d’une numérisation de l’animation. Ce procédé permet d’automatiser le gouachage et le compositing devient lui aussi informatique, permettant d’avoir des couches illimitées de dessins superposés les uns sur les autres, sans problème d’opacité ou de perte de couleur. Ajoutons à tout ceci l’apparition des effets spéciaux, rendant le dessin animé encore plus vivant.

Celluloïd de Walt Disney

Le travail de compositing est sans aucun doute la tâche la plus ingrate dans l’élaboration d’un dessin animé et ce, quelque soit sa longueur et son moyen de diffusion. Le compositing est la dernière étape avant le montage final du dessin animé et l’intégration de bande-son (doublage et effets sonores). On doit parfois, au compositing, re-animer, re-coloriser, re-cadrer mais aussi anticiper, corriger les erreurs faites en amont mais aussi vérifier et fournir un plan qui s’approche le plus possible de la perfection

Le compositeur est donc à l’affut de la moindre erreur : erreurs d’animation (un personnage qui « slide » au lieu de marcher…), de couleur (la palette couleurs d’un personnage qui change d’un plan à un autre…), de dessin (il manque parfois des éléments essentiels au dessin, comme la bouche, les yeux des personnages…)… De ce fait, le compositeur doit faire attention non pas seulement à la cohérence du plan sur lequel il travaille mais fournir une correction adaptée en cas de besoin.

Le compositing peut donc être comparé à un puzzle : c’est l’assemblage des différents éléments (personnages, ombres, décors, effets spéciaux) pour donner la scène finale. Le compositing informatique permet d’empiler plusieurs calques de dessins les un sur les autres alors que l’exposition manuelle au banc-titre ( support de caméra permettant le déplacement vertical de l’appareil par rapport à une surface plane sur laquelle reposent les originaux à filmer. La caméra peut être soit suspendue directement au dessus de la surface, soit montée sur un système de colonnes) ne permettait la superposition que de cinq ou six cellulos.

Schéma d’un banc-titre

Certains dessins animés vont nécessiter des temps plus ou moins longs de compositing : selon le nombre de niveaux d’animation, de décor, le nombre d’effets spéciaux à réaliser, d’ambiance, de mouvement de caméra…

De nos jours, plusieurs logiciels sont devenus spécialiste du compositing, comme Toon Boom Harmony.

Logo de Toon Boom

Toon Boom Harmony répond aux besoins de la production d’animation numérique basée sur la technique du cut-out ( un personnage en cut-out est fait à partir de plusieurs parties indépendantes, telles que les mains, les bras, la tête, les jambes, les pieds… Ces pièces sont liées ensembles grâce à des points de jointure permettant ainsi l’animation du personnage) et du « zéro-papier », offrant des fonctions de dessin avancées avec le morphing, la cinématique inversée et l’effet de glue, tout en permettant une animation et sa visualisation en direct et la colorisation. Beaucoup de longs métrages d’animation ont été réalisés avec Toon Boom Harmony : The Simpsons Movie, Les Triplettes de Belleville, Looney Tunes : Back in Action, SpongeBob The Movie…


Les Triplettes de Belleville, long métrage d’animation
réalisé avec Toon Boom Harmony, 2003

Le métier de compositeur est un métier peu connu, souvent oublié et mis de coté. Il est pourtant essentiel à la fabrication d’un film d’animation. Le compositing a le mérite d’être la dernière étape avant le montage et mixage d’une animation : il est indispensable et obligatoire.

Anouk Pitat
D’après le mémoire « Initiation au dessin animé » de Mme Latchiny Nathalie

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Une réflexion au sujet de « That’s all Folks ! »

  1. Une explication complète sur la façon de réaliser un dessin animé. Comme il a été dit en quelques lignes au début de l’article, le dessin animé fascine par sa magie mais, pas uniquement. Il est aussi un moyen de s’évader. Pendant l’espace de quelques minutes, on s’abandonne dans un univers imaginaire et l’on s’extrait de la réalité.Parce que, soyons réalistes, tout est nettement plus beau dans les dessins animés que dans la réalité. Les aléas de la vie n’existent pas. Pas besoin de travailler, pas besoin de chercher à manger, pas besoin de payer des factures… Dans les dessins animés, on peut dépasser les limites de la nature comme par exemple dans le dessin « Tom et Jerry » Le chat et la souris se battent quasiment à mort et s’en sortent avec quelques bosses, rien de bien dramatique.

    C’est une magie de la technique avec ce nombre exorbitant de dessins mais, aussi une magie par la création d’un nouvel espace temps qui perdure pendant la durée du dessin animé.

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