« Des clefs et des serrures, images et proses » Michel Tournier

des clefs et des serrures, images et proses

Des clefs et des serrures, images et proses

            « Des clefs et des serrures, images et proses », est un  recueil de textes et de photographies publié en 1983 par Michel Tournier. Cet ouvrage met en relation des photographies d’artistes connus (Henri Cartier-Bresson, Edouard Boubat ou encore Robert Doisneau…) et des textes que Michel Tournier a écrit à leur propos.

            Ce livre compte quarante chapitres bien distincts, identifiés par des titres. Les clichés sont tous en noir et blanc et présentent des thèmes  comme le portrait, le paysage, …

Le texte quant à lui est présenté clairement sur une seule colonne en milieu de page.

            L’articulation entre photographies et textes se fait par deux biais différents. Le premier est purement visuel, l’auteur a choisi les clichés qu’il voulait présenter et les a mis en parallèle avec les textes qu’il a pu écrire en les regardant, en les étudiant.

La seconde articulation image/photographie peut se faire dans le lien que l’on peut faire entre le thème abordé dans le texte et la photographie. Ainsi certains textes font clairement référence à la photo présentée, d’autres font plus référence à la série de photos dont elle est extraite ou au photographe qui l’a prise. D’autres encore, évoquent des souvenirs, des anecdotes sur la vie de l’auteur, ses voyages, les gens qu’il a rencontrés, … des pensées sur la vie en général.

            Bien que les chapitres de cet ouvrage n’aient pas de réelle continuité narrative, on y trouve une logique quant à la succession des différents thèmes. Ainsi ce livre peut être pris comme le récit d’une vie, de l’enfance à la mort.

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Photographie de Jean Dieuzaide présente dans le livre

Le premier chapitre intitulé des clefs et des serrures, peut se comprendre comme une introduction donnant les clefs de la compréhension du livre, de la pensée de l’auteur. Pour lui tout est serrures et clefs

« serrure le visage humain, le livre, la femme, chaque pays étranger, chaque œuvre d’art, les constellations du ciel. Clefs les armes, l’argent, l’homme, les moyen de transport, chaque instrument de musique, chaque outil en général ».

La photo peut donc être considérée comme une de ces clefs dont il faut seulement apprendre à se servir pour ouvrir la serrure de la compréhension du monde. Il parle de cette photo-clef dans le chapitre « les accidents, les niaiseries et le reste » comme d’un moyen pour voir le monde. Si la photographie prend en image l’essentiel, la vie quotidienne et triviale elle incarne « des symboles de permanence, de fidélité, de confiance ». Ces photos présentent pour lui ce que Roland Barthes appelle le punctum c’est-à-dire qu’elles lui sont subjectives. Ces  photos qui documentent la vie et qu’il nous présente ne font véritablement sens que pour lui car il en tire des souvenirs et des pensées qui lui sont propres. Ces photos, ou leur punctum pourrait-on dire, sont des clefs qui permettent à l’auteur de développer sa pensée tout au long du livre.

Le deuxième chapitre présente une exception vis-à-vis du reste de l’œuvre puisqu’il s’agit d’un conte, celui des « deux sœurs ». En suivant notre logique selon laquelle cet ouvrage serait la représentation d’une vie nous pouvons voir ce conte comme la représentation d’un monde enfantin, une histoire lue à un enfant avant qu’il aille se coucher.

Michel Tournier nous parle ensuite du chemin et de la maison, l’immobile et le mouvement. Il est donc temps pour le lecteur de suivre le chemin que nous trace l’auteur à travers ses écrits. Ainsi les textes suivants peuvent être mis en lien avec l’enfance et le voyage (« toucher », « le riz », « l’aquarium » …).

Puis l’auteur nous parle de la vie et des petites choses qui l’a font, de l’amour, des souvenirs (« le rouge et le blanc », « miroir », « les folles amours », …).

Enfin dans les derniers chapitres viennent les destins tragiques (« Veruschka »), les histoires de fantômes (« le charme et l’éclat ») et la mort. Celle des autres puis la sienne. Ainsi le dernier chapitre clôt notre voyage sur la mort de l’auteur. Il écrit sa propre nécrologie, illustrée d’une couronne de fleurs qui portent son nom.

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Photographie de Boubat, présente dans le livre

            Ce livre ne saurait s’envisager avec les photos ou les textes seuls.

 En effet les photos n’ont pas pour seul but d’illustrer le texte. Ce sont ces photos qui déclenchent la pensée de Michel Tournier, qui lui servent de point de départ à sa réflexion. On peut repérer trois principaux liens entre les photographies et les textes proposés. Le premier serait les textes où il cite explicitement la photo qu’il nous donne à voir. Nous pouvons aussi différencier les textes où il nous fait partager son admiration pour le photographe dont il nous montre des images, et enfin les textes où il ne cite pas la photographie ou l’auteur, mais se sert de cette image pour développer un propos, propos qui peut n’avoir qu’un lien ténu avec le cliché présenté.

Les textes quant à eux peuvent être classés en quatre grandes catégories, l’amour, la maison, les souvenirs, et la mort.

            Les souvenirs constituent une part importante de cet ouvrage. Ainsi on trouve de nombreux textes où l’auteur emploi la première personne du singulier. Cependant la citation le fait qu’il fasse siennes ces photographies empêche le lecteur de considérer ce livre comme un ouvrage pouvant être autobiographique.

Michel Tournier nous fait partager tout au long du livre ses souvenirs (ou ce qu’il fait passer pour ses souvenirs pour faciliter son propos). On peut donc trouver des références à son enfance (« Toucher », « L’ennuie »,…), à ses voyages (« L’espace canadien »,  « Le riz », …), à ses expériences diverses de la vie (« Vue de Normandie », « la vie plane »,…), à ses amis et connaissances (« Miroir », « Le portrait-nu »,…). Dans son dernier chapitre il nous présente le souvenir impossible par excellence, puisqu’il nous parle de sa propre mort (« nécrologie d’un écrivain »). C’est ce souvenir plus que tous les autres qui jette le trouble dans notre compréhension du livre, puisque ce souvenir n’est pas possible pourquoi les autres seraient ils véridiques ?

             Pour conclure nous pouvons dire que l’auteur se sert des clichés qu’il a choisis pour dégager des écrits abordant plusieurs thèmes compilés dans le même ouvrage. Il a choisi d’organiser ces fragments pour créer une sorte de récit racontant plusieurs stade d’une vie, vie qu’il nous incite à croire sienne par l’emploi du « je ». Mais la nature autobiographique de ce livre est troublée par ces « souvenirs ». Il crée ainsi une énigme, une sorte de mythologie personnelle à partir de ces photographies.

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