» La goutte d’or  » de Michel Tournier

La goutte d'orDans son roman « la goutte d’or » paru en 1985, Michel Tournier nous fait partager le voyage initiatique d’Idriss, jeune berger berbère, depuis son oasis natal jusqu’à Paris. Ce roman, en plus de nous raconter une expérience de vie, interroge sur la relation à l’image que peut avoir un jeune homme né dans le désert et n’ayant jamais été entouré par elles comme le sont les jeunes venus de pays riches. Ce jeune héros, tout au long de son périple, va faire plusieurs expériences de l’image et de notre société.
L’auteur nous permet alors de nous interroger sur les effets des images modernes, sur les notions de réalité et de représentation.

Michel Tournier est un écrivain français né en 1924. Philosophe de formation, il se met à écrire des romans sur le tard. Il s’inspire dans son travail des grands mythes de l’humanité pour leurs potentiels de contestations et leur manière d’incarner la condition humaine. Du fait de sa formation de philosophe on retrouve toujours une trame métaphysique invisible dans ses œuvres.

Le roman commence à Tabelbala, une oasis perdue dans le désert où vit le jeune Idriss âgé de 15 ans. Un jour où il est seul avec ses chèvres, il rencontre une jeune femme blonde dans un land rover qui va le prendre en photo et lui promet de la lui envoyer aussitôt qu’elle l’aura développée. Cette rencontre est, à plusieurs titres, la première expérience de l’image que fait Idriss. Premièrement la jeune femme blonde et le land rover peuvent être envisagés comme, l’image que s’en fait Idriss, une allégorie de l’Europe où toutes les femmes sont blondes (contrairement aux femmes du désert) et où les voitures sont une chose banale.
Après cela, il va être confronté à sa propre culture qui considère qu’être pris en photo c’est attirer le mauvais œil sur soi. Sa photo n’arrivant pas il décide de partir à Paris, de changer de vie, et de retrouver sa photo car si elle lui porte malheur loin de lui, elle pourrait lui porter chance s’il la garde avec lui. Avant de partir, il récupère un bijou, une bulle d’or, signe pur, forme absolue, symbole d’un monde sans image. L’auteur introduit ainsi un antidote à la malédiction des images et un symbole de liberté puisque, comme va le raconter un des compagnons de voyage du héros, la bulla aura romaine est un bijou que les enfants de la Rome ancienne recevaient pour signifier qu’ils n’étaient pas des esclaves.

Tout au long de son voyage à travers l’Algérie et la France, il est confronté à plusieurs sortes d’images. Tout d’abord, les images qui sont censées le représenter mais dans lesquelles il ne se reconnaît pas. C’est le cas, par exemple, dans un musée présentant la vie dans le désert et dans lequel il ne reconnaît pas sa propre culture ou encore lorsqu’il va faire des photos d’identité pour son passeport et qu’il se retrouve en face de la photo d’un homme barbu qui lui est totalement étranger. Ainsi il semble comme privé de sa propre image.
Une fois arrivé à Paris il va faire une expérience différente de l’image. Cette fois ci au lieu de se retrouver face à des photos qui ne le représentent pas alors qu’elles le devraient il va être confronté à sa propre image. Ainsi il va devenir acteur de publicité ou modèle pour mannequin de vitrine. Ces images qui sont complètement fidèles à son image ne lui ressemblent pas à ses yeux et il se retrouve comme une enveloppe vide, un être superficiel, comme un mannequin de vitrine dépourvu de secrets et de profondeur. Cette dernière expérience qu’il fait de l’image de lui-même lorsqu’il prête son corps pour en faire des modèles de plastique va avoir une forte incidence sur lui. Il la vit comme une seconde naissance dans ce monde où l’image est partout et tout le temps. Après cet épisode il se cloitre dans son foyer de travailleur pour écouter la radio (absence d’image) et trouve finalement l’antidote à la maladie de l’image dans la calligraphie. L’auteur nous indique ainsi que si « l’effigie est verrou, l’idole prison, la figure serrure. Une seule clef peut faire tomber ces chaines : le signe. » . La calligraphie est la libération totale de l’image, son antithèse.

Pour finir, il nous faut noter que l’auteur a introduit dans son roman un certain nombre de légendes, de récits à propos des images et les expériences différentes que l’on peut en faire, bonne ou mauvaise.

Ce livre nous oblige à réfléchir sur notre société dans laquelle les images nous envahissent en permanence et font office de guide et de référence.
Ici il est bien question d’images « actuelles », puisque se sont des photographies ou des publicités, en bref, des éléments faisant partie intégrante de nos vies.
L’auteur, en faisant vivre un berger à travers son roman, confronte alors le monde authentique au monde moderne des appareils numériques. Nous réalisons donc l’effet que ces nouvelles technologies de l’image peuvent produire sur un être pur tel que le héros.

Advertisements

Une réflexion au sujet de «  » La goutte d’or  » de Michel Tournier »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s