« Reflecting pool » de Bill Viola

Bill Viola est considéré comme l’un des grand nom de l’art vidéo. Cet américain né en 1951 commence sa carrière d’artiste vidéaste dans les années 70 en participant à des manifestations  avec des artistes comme Nam June Paik, Bruce Nauman, Richard Serra, …

SplitScreen "Reflecting Pool" Bill Viola

On retrouve de nombreux thèmes commun à toutes ses créations comme la vie, la mort, le sommeil, le rêve, l’eau, le feu, le désert, le jeu des échelles, l’espace temps,… Mais à travers ces thèmes récurents il met toujours en jeu les limites (les siennes, celle du paysage, du temps,…). Et ce jeu avec les limites et les perceptions créées invariablement une forte impression d’étrangeté. Ce sentiment est encore accentué par le fait qu’il utilise des images banales (paysage, intérieur de pièces, …) dans toutes ses vidéos.

« Reflecting pool » est une oeuvre de 1977-79.

Plan fixe sur une piscine entouré de verdure. Un homme sort des bois et saute dans le bassin. Son mouvement est figé en pleine action. A partir de ce moment l’environnement prend sa propre liberté, le temps se détraque et se divise. Les actions n’entrainent plus de conséquences et les conséquences n’ont plus de cause.

Cette vidéo est un très bon exemple de la tendance de Bill Viola à structurer l’image de façon à ce quelle paraisse déconstruite. Tous les éléments sont pensés de manière très géométrique, on retrouve une forte symétrie aussi bien dans l’image ( le bord de la piscine coupe la vidéo en son centre) que dans le temps puisqu’on peut y voir une boucle. En effet les première secondes montrent l’homme sortir de la forêt en direction de la piscine et dans les dernières secondes il quitte la piscine pour se fondre dans la forêt.

On retrouve dans cette vidéo tous les grands thèmes abordés par Bill Viola dans ses créations. On peut ainsi y voir le rapport de l’Homme au monde et à la nature dans l’interaction homme/piscine. Le voyage avec différentes étapes (jour/nuit). Le rapport temps/hors temps à travers le fractionnement de l’image, toutes ont leur propre vie, leur propre temps et n’ont pas toujours d’incidence les une sur les autres. Par exemple l’homme saute du rebord dans la piscine sans créer aucune ride sur l’eau du bassin, il peut se tenir au dessus de l’eau sans créer aucune réflexion.

Nous pouvons noter trois temps distincts, celui de la piscine, celui de la forêt et celui du/des Hommes.

La piscine est le temps le plus vivant, le plus animé. L’homme s’y perd, il s’y fond et s’y dissout. La piscine n’est pas, comme elle devrait l’être, un miroir, c’est un espace indépendant qui reflète et s’anime en réaction à des événements que nous ne pouvons pas voir. La seule perception que nous avons de ces événements se fait à travers cette étendue d’eau qui ne nous en fait apparaitre qu’une partie, déformée par la réflexion, et l’amplification. On a ainsi accès dans cette œuvre à plusieurs réalités, comme si la piscine représentait une faille à travers laquelle nous pouvions entre apercevoir un monde parallèle.

En plus de tout ça cette œuvre est aussi et surtout une réflexion sur l’Image au sens large. Cette piscine nous donne à voir des actions passées qu’elle a enregistrée, imparfaitement comme le ferait un appareil photo ou une caméra. En effet l’image enregistrée n’est jamais telle qu’on a pu la percevoir sur l’instant présent, elle est modifiée, recadrée, elle devient subjective car elle dépend de la personne qui l’a enregistrée. L’artiste augmente ici cet état de fait et sculpte littéralement le temps.

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