L’éternité virtuelle en question

Qu’advient-il de vos données numériques lorsque vous décédez ? Que deviennent vos photos postées sur facebook, vos vidéos ajoutées sur youtube, vos comptes gmail, paypal, yahoo, vos banques de données musicales, filmiques, littéraires ?

La majeure partie du temps, la réponse est rien. La plupart de vos données survivent dans l’immensité du web où elles demeurent, du fait de leur immatérialité, inaccessibles à ceux qui auraient pu en bénéficier, en avoir un usage quelconque, ou plus simplement en hériter.

En 2013,  il est impossible de léguer une playlist Itunes ou l’intégrale de Victor Hugo sur Kindle comme on léguerait une commode Louis XV ou un chalet dans les Alpes. Ce qui semblait vous appartenir de droit revient finalement aux entreprises possédant les serveurs sur lesquels sont stockées vos données.

Il n’existe aucune loi obligeant les entreprises qui détiennent les informations privées de leurs clients à transmettre ces dernières à leurs héritiers. C’est pourquoi il ne reste le plus souvent que le recours aux tribunaux pour pouvoir obtenir de lire les derniers mails d’un fils tombé au front, comme c’est arrivé à la famille de Justin Ellsworth, un marine américain mort en Irak, ou encore d’accéder aux factures dématérialisées de l’entreprise d’un père décédé suite à un arrêt cardiaque.

Jardin du souvenir

Surfant sur ce vide juridique, des entrepreneurs réactifs se sont lancés dans la croisade virtuelle post-mortem : moyennant une certaine somme, ils se proposent d’organiser pour vous votre postérité virtuelle, bien au-delà du « sympathique » mémorial de facebook.

Encore faut-il que la question vous préoccupe de votre vivant : vous voudriez sans doute que votre famille puisse ouvrir vos comptes e-mail, du moins certains d’entre eux. Vous voudriez probablement qu’ils accèdent à vos comptes bancaires. Mais peut-être que vous tiendriez moins à ce qu’ils apprennent pour vos abonnements les moins avouables. Ces entreprises spécialisées, véritables équivalents virtuels de nos traditionnels notaires, se chargeront de cette gestion délicate, à condition que vous les mandatiez à cet effet en leur confiant par avance vos effets personnels.

C’est pour le moment l’unique solution. Aucune « grande nation », pas même les États-Unis, n’a eu le courage de s’emparer sérieusement de cette question. Il faut dire qu’elle est incroyablement complexe, que les acteurs mobilisés sont si nombreux et le nombre d’informations concernées si gigantesque que chacun peut comprendre la réticence des législateurs.

Liveson

Elle est d’autant plus complexe que certaines entreprises proposent non plus de veiller à la juste transmission de vos biens virtuels après la mort, mais de poursuivre votre activité virtuelle à votre place, twittant et diffusant des messages préenregistrés à destination de vos contacts. Vertige d’une cyber-immortalité. Malaise à l’idée de recevoir, comme d’outre-tombe, les « likes » facebook d’un parent décédé.

flash_code_tombe

D’autres proposent d’apposer des flashcodes sur les tombes physiques des défunts lisibles via smartphones et tablettes, menant à des mémoriaux virtuels rappelant l’histoire des disparus ainsi que leur existence numérique.

La question de l’héritage virtuel devra être posée sérieusement, quelle que soit son invraisemblable complexité. Il faudra trancher, sans éluder le minimum de la décence. Si tout ne doit pas disparaître dans les limbes du web, certaines choses le doivent impérativement pour que se poursuive le cycle de la vie. Même virtuelle.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s