Approche sémiologique de l’image

l'image et le signe

« L’image et le signe » de Martine Joly, (professeur de l’université de Bordeaux III Michel de Montaigne), est à la fois un écrit qui entre dans la continuité de « Introduction à l’analyse de l’image », puisqu’il en est la suite, mais qui peut aussi être lu et étudié indépendemment de ce dernier.

« Cet ouvrage présente la façon dont la sémiologie de l’image analyse la production de sens par l’image visuelle fixe » ( Martine Joly-4eme de couverture). Toute l’étude de ce livre consiste en une approche sémiologique de l’image fixe de manière très générale ( peinture / photographie / design etc…de la préhistoire à nos jours), mais s’adapte tout autant pour l’image animée, le film, les arts dits « numériques »,le son etc… En effet, Martine Joly contraint son écrit à un seul aspect de l’image, mais il est bien entendu plus vaste. Elle indique que ce sont avant tout « des pistes d’observations et de reflexions, que chacuns, étudiants, professeurs, professionnels de l’image, pourrait approfondir selon ses interêts« . ( p.204)

Alors qu’est ce que la sémiologie ?

Selon Ferdinand de Saussure, linguiste suisse, c’est la science des signes au sein de la vie sociale. Martine Joly cite de nombreux auteurs ayant travaillé sur les notions qui l’intéressent, notamment Umberto ECO dans son livre « Le signe« . Cet auteur explicite clairement à mon sens la définition de sémiologie : « La sémiotique est aujourd’hui une technique de recherche qui réussit à décrire le fonctionnement de la communication et de la signification« . Barthes, Levi-Strauss, Gombrich, sont autant d’auteurs auxquels elle se réfère tout au long de ce livre et qui sont d’excellentes références en matière théorique.

Il est donc question dans cet ouvrage de la sémiotique de l’image fixe à travers la notion du « signe« , ou comment analyser une image, la comprendre, sans demeurer dans l’illusion que donne à voir une image. Martine Joly décortique l’image dans toutes ses dimensions polysémiques ( plastique, iconique, analogique, etc…). Pour cela elle remémore les bases de la lecture de l’image, et du sens, théorise une approche psychanalitique liée aux chanboulements visuels ( notamment la manière dont a été perçu l’art abstrait dès son apparition : « ce n’est pas de l’art« , puisque le visuel ne représente plus la figure, « l’iconique« , et propose une nouvelle approche de l’image ).

L’image et le signe est divisé en plusieurs chapitres bien distincts dont les plus importants sont le chapitre 3 (« image et signification« ) et le 4 (« image et discours« ). Le chapitre 3 relate de divers sujets concernant l’influence de l’image, sa lecture passive ou active, son signe, son code, son message, à propos des relations plastiques, iconiques, et linguistiques. Cette partie est donc pensée comme une approche du spectateur face à l’oeuvre ou au visuel.

Le chapitre 4 quant à lui propose une démarche de signification lié au langage, à la connotation et la dénotation d’une image. Puisque une image s’interprète ( ou non ! voir chapitre sur « le refus de l’interprétation« ) Martine Joly revient sur des erreurs de sens que le regardeur inflige à une image. « Nous sautons immédiatement dans le contenu iconique du message, oubliant le plan de son expression, ainsi que les dimensions plastiques du message pour pouvoir dire « c’est ceci, c’est cela », et avoir ainsi l’impression de « comprendre » l’image. » ( « la tentation iconique » p154 ) De façon plus générale, l’image et les signes alterne explicitations théoriques, propositions de redécouvrir l’image visuelle, et exemples concrets d’analyses.

cigarette belga

L’affiche Cigarette Belga par Stevens (1920) est un exemple simple mais efficace à propos du sens significatif de l’image. L’alliance de couleurs chaudes ( rouge, jaune ), les courbes du dessin, sont en parfaites adéquations avec la notion de féminité ( redondant grâce au personnage féminin visible ). Les cheveux courts dépassant du bonnet, et la cigarette, sont pour l’époque ( 1920 ) des signes de la modernité. Ainsi, dans cette affiche publicitaire qui par essence soulève un message qui se veut direct, le pari est réussi d’un point de vu sémantique : « Vous serez féminine, et bien dans votre temps grâce aux cigarette Belga« . Grâce aux éléments constitutifs de l’image, et à la présence de la marque, le message est clair, le code publicitaire est respecté.

En dernier lieu, j’ajouterais que ce livre est utile pour les artistes, les graphistes et designers, les amateurs d’arts et de photographies, les cinéphiles, et tous ceux qui se posent des questions concernant le travail visuel et ce qui lui donne sens. Utile pour les professionnels et les artistes,puisqu’il apporte nombres de réponses et de pistes de reflexions pour certaines ignorées. Cela pourraient ainsi permettre de mieux intellectualiser et ordonner une intention particulière, et mieux la communiquer face à un public ( client pour un graphiste, spectateur pour un artiste etc…). Utile aussi pour tout le monde puisque nous sommes dans une société de l’image et du média, et qu’il est nécessaire de se remettre en question face à ce qui nous entoure. Ce livre, malgré ses limites au sujet de l’image fixe revient aussi sur des notions que nous pouvons utiliser tous les jours dans la compréhension du monde visuel en général.

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