« L’inquiétante étrangeté » par S.Freud.

 L’inquiétante étrangeté est un essai paru en 1919 dans lequel S.Freud analyse la notion allemande de « unheimlich ». Ce terme pourrait se traduire en français par « l’inquiétante étrangeté » cependant ce n’est pas la traduction réelle de ce mot qui n’a en vérité pas d’équivalent dans une autre langue.

Etrangete--L-Inquietante--Freud

« L’inquiétante étrangeté » se décrit comme la sensation que l’on peut ressentir face à un objet, une chose du quotidien qui nous mettrait mal à l’aise sans que l’on sache vraiment pourquoi. C’est par exemple le cas pour les poupées de cire ou les automates, et d’une manière plus générale tout ce dont on ne sait pas si c’est vivant ou mort.

 

Ce livre, divisé en trois chapitres, se base principalement sinon exclusivement sur des exemples trouvés dans la littérature allemande. Il se base aussi beaucoup sur le travail de Ernst Jentsch, auteur de Zur Psychologie des Unheimlichen en 1906. Ce dernier analyse les contes d’Hoffmann et plus particulièrement « l’homme au sable » en y expliquant l’effet de l’inquiétante étrangeté.

Pour en revenir au livre de Freud, le premier chapitre se révèle être une liste de définitions des termes allemand heimlich et unheimlich, termes qui sont à la fois opposés et identiques dans certain cas. Pour résumer, Heimlich décrit tout ce qui est familier, apprivoisé, ayant un rapport avec le foyer. Unheimlich au contraire est ce qui fait peur dans la nouveauté. Cependant au fil des définitions trouvées dans différents dictionnaires on se rend compte qu’unheimlich peut aussi faire référence à quelque chose qui fait peur dans quelque chose de familier, « l’inquiétante étrangeté ».

Le chapitre deux est consacré quant à lui à expliquer ce concept à l’aide d’exemples trouvés dans la littérature germanophone. On peut citer par exemple E.T.A Hoffmann, les frères Grimm, J. Kerner, … Tous ont en commun d’utiliser la notion d’inquiétante étrangeté dans une ou plusieurs de leurs œuvres.

Enfin, dans le dernier chapitre Freud fait un lien entre la notion d’inquiétante étrangeté et ses théories psychanalytiques de complexes infantiles refoulés (complexe de castration, fantasme du sein maternel,…).

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Ce livre est intéressant, d’un point de vue artistique, car il explique de manière claire et concise le concept « d’inquiétante étrangeté ». Si l’on met de côté les théories freudiennes qui ne sont pas forcement intéressantes du point de vue de l’art, les explications apportées sur les œuvres littéraires peuvent facilement être transposées aux domaines des arts de manières plus générale. On retrouve ce concept dans des œuvres comme « album n°47, petite pratique magique quotidienne » d’Anette Messager, ou encore dans les œuvres du réalisateur Jan Svankmaker.

 On notera que l’inquiétante étrangeté touche forcément ce qui nous est familier. C’est pourquoi dans un très grand nombre d’œuvres touchant à ce concept on trouve la présence du corps. En effet il n’y a rien au monde qui ne nous soit plus familier que notre propre corps. Il s’agit souvent (mais pas exclusivement) de changer/toucher à ce qu’il a d’unique. On peut voir ainsi dans les œuvres des frères Grimm ou de E.T.A Hoffmann que le corps (ou en tout cas l’identité d’une personne) est souvent mis en doute par un procédé de dédoublement, de scission, … il y a tout un jeu sur des personnages qui ont plusieurs identités ou sur plusieurs personnages ayant tous la même identité. Les personnages ne savent pas plus que le lecteur où se situe la vérité et où se situe le fantastique. 

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