« Une histoire des jardins botaniques – Entre science et art paysager » de Yves-Marie Allain.

couvCet ouvrage, composé de 4 grands chapitres, présente les jardins botaniques au fil des siècles et donc leurs fonctions, les raisons pour lesquelles ils ont été créés, leur configuration, leur place au sein de la société et de la science etc… C’est un ouvrage historique car l’auteur nous parle de l’évolution de ces jardins à partir du 16° siècle, mais pas seulement puisqu’il nous permet de réfléchir sur ce qu’est véritablement un jardin, et pourquoi l’homme à créé ces espaces.

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Jardin botanique de Padoue (Italie). Vue cavalière.

 

Dans le premier chapitre l’auteur nous rappelle la situation du monde européen à la fin du 15° siècle pour replacer le contexte et mieux comprendre comment tout a commencé.

Dans un premier temps les jardins botaniques étaient des lieux de reconstitution du paradis terrestre, on voulait y réunir « toutes les flores dispersées au moment du pêcher originel » Les formes et les agencement du jardin faisaient référence aux symboles religieux.

 

 

Puis vinrent ceux qu’on pouvait vraiment qualifier de « jardins botaniques » puisqu’ils étaient des jardins à vocation scientifique. Les savants découvraient la flore et pouvaient ainsi en un même lieu cultiver et observer l’évolution des plantes puis retranscrire leurs observations et découvertes. C’est le début de la botanique comme vraie science.

La culture des plantes médicinales prend aussi une place importante.

Les plantes sont classées dans un ordre précis dans les jardins mais sont souvent changées de place au fil des découvertes des scientifiques.

Plan du jardin des plantes de l'école centrale.

Plan du jardin des plantes de l’école centrale.

Le deuxième chapitre traite des jardins botaniques dans leur seconde phase.

Ils sont devenus des lieux de recherche mais surtout d’apprentissage. En effet ils ont une fonction d’école, d’ou leur nom de « jardins-écoles de botanique ». Tout est pensé pour que les professeurs et les élèves puissent travailler dans de bonnes conditions : des structures comme des laboratoires et des serres mais aussi du matériel pour examiner avec précision les plantes. Ces jardins-écoles permettent aux botanistes de transmettre leur savoir mais aussi de continuer à comprendre le monde végétal qui reste pour l’heure bien mystérieux.

L’échange de plantes entre les continents prend de l’ampleur à cette époque et l’auteur évoque alors les « jardins reposoires ». Ce sont des jardins situés à proximité des ports qui accueillent et conservent les plantes en provenance ou en partance des autres pays. Ils n’ont pas de vocation esthétique loin de là, mais ont une fonction importante, celle de soigner et préserver des plantes souvent fragilisées par les transports et qui ne s’accommodent pas forcément au climat local.

img035Les plantes ensuite transportées par les marins pendant plusieurs semaines voir plusieurs mois n’arrivaient pas toujours vivantes à destination par manque de soins et à cause des conditions extrêmes de voyage. Il y avait donc des instructions et des techniques particulières pour le transport des plantes.

Les colonies se font de plus en plus nombreuses, alors les hommes se sont mis à cultiver les plantes sur les terres colonisées pour s’approvisionner sur place et faire parvenir des espèces exotiques dans leurs pays.C’est ce que l’on appelle les jardins d’essai.

 

 

Les architectes et paysagistes de l’époque ont vu bien plus que cela dans le potentiel des jardins botaniques. Ils voulaient en faire un lieu de partage des connaissances mais aussi un lieu agréable de promenade. C’est ainsi que l’association de ces deux métiers permit la naissance de l’art paysager. Des formes géométriques et des agencements recherchés ont donné à certains jardins une fonction esthétique et artistique.

De riches collectionneurs se sont entourés de plantes dans leur propriété.

Les jardins sont alors devenus de véritables paysage pour créer un environnement agréable et beau à regarder pour l’Homme.

img037Dans son troisième chapitre l’auteur évoque les fonctions méconnues des jardins botaniques. Il nous parle de la façon dont étaient étiquetées les plantes et nous explique la nouvelle classification qui a été adoptée jusqu’aujourd’hui pour nommer une plante.

L’échange de graines étaient important et permettaient aux différents jardins d’agrandir sa collection d’espèces végétales et d’en faire profiter les autres.

Yves-Marie Allain appuie sur le fait que les herbiers pourtant rares aujourd’hui constituent un outil très intéressant et unique pour étudier les plantes, les collectionner et les répertorier.

 

Pour finir, dans son dernier chapitre, l’auteur écrit sur les jardins botaniques dans le monde contemporain. Dans la plupart des cas ils ont été abandonnés car les hommes n’y voyaient plus d’utilité. Puis plus tard dans les années 1920 jusqu’aujourd’hui, dans un souci de préoccupation de l’environnement et de préservation de la diversité, ils ont été réhabilités choisissant avec soin les espèces qui seront montrées au public. Ils donnent maintenant priorité à la sensibilisation de la biodiversité et certains n’hésitent pas à reconstituer des jardins et écosystèmes venus d’ailleurs pour inviter à la découverte et faire voyager par le jardin.

Jardin botaniqie de Barcelone (Espagne) Schéma du découpage en triangle pour accueillir les "phyto-scénario".

Jardin botanique de Barcelone (Espagne) Schéma du découpage en triangle pour accueillir les « phyto-scénario ».

Ce livre est intéressant pour celui qui veut comprendre ce qu’est véritablement un jardin dans le fond, et qui souhaite comprendre pourquoi il est ainsi aujourd’hui. Le fait que l’auteur lie les jardins avec un contexte historique est une bonne chose puisqu’il implique les jardins botaniques dans notre Histoire et lui donne de l’importance sur le plan de la recherche mais aussi sur le plan de l’évolution de notre société. Ce n’est pas juste un bout de terre sur lequel on plante quelques graines pour son bon plaisir, mais ce sont des siècles de recherche pour essayer de comprendre le monde végétal, ce sont des échanges entre les hommes et entre les différents continents. Ces jardins ont fait l’objet de débats et de questionnements à chaque siècle.

On remet en question l’image qu’on se fait habituellement d’un jardin et on ne le voit surement plus du même œil après la lecture de ce livre.

Yves-Marie Allain est ingénieur horticole et paysagiste et il est le directeur du Jardin des plantes de Paris. Son parcours nous fait penser qu’avec ses diverses compétences il peut facilement avoir un regard assez vaste sur ce thème complet qu’est le jardin botanique.

Cet ouvrage apporte connaissances mais aussi nous questionne sur le devenir de ces jardins qui évoluent donc en même temps que notre société. Cette dernière étant en constante mutation et faisant face à des préoccupations écologiques, les jardins botaniques ne pourront pas rester seulement des lieux de collections et d’ouverture au monde, mais devront devenir des lieux de préservation de la biodiversité et du patrimoine naturel.

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Une réflexion au sujet de « « Une histoire des jardins botaniques – Entre science et art paysager » de Yves-Marie Allain. »

  1. On pourrait même dire que l’histoire du jardin commence avec les plus anciennes civilisations : celles d’Égypte, de Perse, de Grèce et de Rome. Le jardin jouait un rôle important dans la vie économique et sociale : des enclos étaient réservés à la culture de végétaux reconnus comme utilitaires

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    Mais ces jardins étaient aussi des plantations organisées autour d’édifices religieux, car le jardin est considéré-dans beaucoup de religions- comme la représentation symbolique du Paradis. Dans la tradition judéo-chrétienne, Adam et Eve sont chassés du Jardin d’Eden qui symbolise le Paradis. Le jardin perse -adopté par l’Islam- est, lui aussi, une représentation du Paradis, un état de bénédiction selon le Coran (en ancien perse le même mot désignait le jardin et le paradis). De forme géométrique et reproduisant une symétrie parfaite de chaque côté de l’axe, les jardins reflètent le niveau de connaissances avancées en mathématiques de l’époque, et sont une image de l’intellect et de l’Ordre Divin. Le jardin comportait des zones abritées, faisait découvrir de nombreux parfums et offrait des vues spectaculaires, principalement sur l’intérieur. ; il s’agissait déjà d’une recherche artistique de la part de son concepteur.Thème récurrent, l’eau représentait la pureté et la source de la vie. L’écoulement de l’eau symbolisait le passage du temps tandis que les bassins débordants rappelaient l’abondance de l’eau au Paradis.

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    Et le jardin persan a eu une influence considérable sur les jardins occidentaux, en particulier sur la forme des jardins du Moyen-Âge et à la Renaissance.
    Et c’est en 1593 : création à Montpellier du premier jardin botanique français par lettres patentes d’Henri IV, établi par Pierre Richer de Belleval.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Jardin_des_plantes_de_Montpellier

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