L’accumulation des données et le « Lifelogging »

Chaque jour, nous générons 2,5 trillions d’octets de données. Ces données sont de sources variées : réseaux sociaux, transactions financières, données climatiques, géolocalisations, etc. Toutes ces informations sont regroupées sous le terme de « Big Data » (Données Massives). En naviguant sur internet, en utilisant son téléphone, en effectuant des paiements en ligne, chacun produit chaque jour une quantité de données numériques. Ces informations représentent une matière première qui permet tout aussi bien de mieux cerner les habitudes de consommation des individus, que d’anticiper des conflits politiques.

L’enregistrement et la conservation des données est devenu une préoccupation centrale depuis l’avènement des nouvelles technologies. Avec l’apparition des supports de stockage numériques (de la première disquette aux fermes de serveurs), il est devenu possible de conserver des données sur une plus longue durée et avec un gain de place considérable. Aujourd’hui grâce aux technologies de l’information et de la communication nous pouvons stocker et organiser aussi bien des documents (photos, vidéos, textes…) que des données récoltées par voie numérique. Nous pouvons mentionner ici, même si ce n’est pas le sujet de cet article, que ce phénomène soulève de nombreux problèmes éthiques, notamment sur la confidentialité de ces données (jusqu’au scandale de la NSA sur la surveillance numérique).

Nos mœurs et comportements s’en sont vus durablement modifiés, et de nouvelles pratiques ont commencé à apparaître, tel que le partage massif d’informations personnelles via les réseaux sociaux par exemple. De plus en plus de données sont partagées, commentées, modifiées. Le passage au « tout numérique » a entraîné une nouvelle manière de penser et d’appréhender la gestion des données.

Ces changements culturels ont favorisé la naissance d’un patrimoine numérique à part entière, tant aux niveaux de l’État que des entreprises ou des individus. J’aimerais donc ici parler de deux utilisations des nouvelles possibilités de gestion et de sauvegarde des données : une d’un point de vue global, et une autre d’un point de vue plus individuel.

De manière générale, la création d’internet et les nouvelles possibilités de partage de données permettent un meilleur accès aux informations et aux savoirs (voir l’explosion des MOOC – Massive Online Open Courses). De nombreux projets de numérisation du patrimoine, et de conservation du patrimoine numérique voient le jour (par exemple Gallica, le projet de patrimoine numérique de la Bibliothèque Nationale de France, ou le projet Gutenberg). world2011pie1Les données ainsi récoltées sont généralement accessibles à tous gratuitement, permettant un meilleur accès à la culture et au savoir. Il est tout de même important de noter ici que la fracture numérique est encore d’actualité, et que par conséquent cet accès à la culture numérique ne concerne qu’une partie de la population mondiale.

À un niveau plus individuel, ces nouvelles techniques de traitement des données ont permis l’émergence d’un mouvement appelé « lifelogging », qui consiste à enregistrer scrupuleusement une grande quantité de données personnelles (physiques ou sociales) au cours de la journée. Grâce à ce qu’on appelle des « objets connectés », dotés de différents capteurs (caméra, GPS, podomètre, etc..), ou tout simplement grâce des applications pour smartphones, les utilisateurs sont capables de mesurer leur nombre de pas dans la journée, la qualité de leur sommeil, les calories qu’ils ont dépensées, leur activité cérébrale, et bien sûr chacune de leurs interactions sociales via leur téléphone par exemple, ainsi que leurs déplacements.

Cette manie de tout mesurer, principalement d’un point de vue médical, se nomme « Self Quantification ». A l’aide de ces objets connectés et des applications de gestion des données, les utilisateurs peuvent se fixer des objectifs en termes de performance physique ou de santé, par exemple perdre du poids, réduire leur consommation d’alcool, de café, et ainsi de suite. Il leur est donc possible de visualiser ces données avec précision, et de se fixer des objectifs à atteindre. Les personnes qui pratiquent cette méthode peuvent avoir des motivations variées : résoudre des problèmes de santé, ou tout simplement améliorer leur hygiène de vie, ou être en meilleure forme physique. Certaines personnes utilisent cette technique plutôt dans une optique de mémoire : conservation et organisation de chaque activité sociale au fil du temps, accompagné de photos ou autres médias.

Il existe même un mouvement qui espère pouvoir recréer un esprit humain à partir de numérisation des données perçues par son cerveau, allant jusqu’à l’implanter dans un robot!

610279-quantified-self

Exemple d’application de « Self Quantification »

Ces nouvelles pratiques peuvent paraître science-fictionnesques, en appelant à un humain « augmenté » par les technologies dans le but de s’améliorer, d’être plus performant, tel que le prône les théories transhumanistes. Et il est en effet fort possible que ces objets connectés et ces applications aident leurs utilisateurs à être en meilleure santé et à avoir une vie plus saine, à être plus productifs (voir les applications de gestion du temps pour une meilleure optimisation). Néanmoins il y a certaines questions que l’on peut se poser face à de telles pratiques : somme-nous réductibles à des chiffres et des données ? Ne s’oublie-t-on pas un peu à force de se mesurer, se comparer, se penser en termes d’efficacité, etc ? Car comme dirait John Lennon « Life is what happens to you when you’re busy making other plans » (La vie est ce qui t’arrive pendant que tu es en train de faire d’autres plans).

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s