L’art à l’état gazeux – Yves Michaud

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Yves Michaud publie L’art à l’état gazeux en 2003, essai dans lequel il enterre la notion d’œuvre d’art mais voit de la beauté partout, dans la rue, au supermarché ou chez soi : « L’ère contemporaine est celle d’un paradoxe: tandis que triomphe l’esthétique, jusque dans les objets les plus quotidiens et les plus triviaux, le monde de l’art se détourne des œuvres, pour proposer des démarches, des installations, des performances. »

Selon Michaud, la création contemporaine est à mettre en parallèle avec l’industrie de la culture et la multiplication des musées, mis en place ces dernières années.

Et effectivement, certaines créations telles que la Fondation Vuitton à Boulogne Billancourt ouverte récemment ou la future création de la Fondation Luma à Arles vont dans le sens des propos de l’auteur. Nous sommes entrés dans un mode, celui de la production culturelle – qui est aussi celui de la consommation. Nous consommons non seulement des produits mais des expériences et des sensations.

Yves Michaud entreprend « l’analyse d’une mutation et le diagnostic d’une époque ». En trois stratégies descriptives, l’auteur présente un changement :« Un nouveau régime de l’art, celui où l’esthétique remplace l’art ». Dans le chapitre 1, il décrit ce changement dans son fonctionnement, sur l’évolution de l’art, puis dans sa provenance historique (chapitre 2), et dans le dernier chapitre, dans les conséquences qu’il a pour la réflexion esthétique.

Au fondement de son analyse, il distingue deux sphères dans le monde de l’esthétique : celle de la production des biens culturels, et, celle de l’art.

En effet, la frontière qui pouvait séparer à l’aube de l’avant-gardisme l’œuvre d’art d’une autre forme d’artisanat s’est diluée au fil du temps par la mise en place d’un art pensé comme un produit de consommation ayant une certaine valeur.

L’instauration de la bourse en art se calquant sur les marchés boursiers ainsi que la proliférations de musées, fondations, centres de création, autant publics que privés, dont les configurations sont plus pensées comme des lieux de vente que comme des lieux au service des œuvres d’art, attisent l’idée que l’art est désormais considéré inconsciemment par le spectateur comme un bien de consommation avec une étiquette de valeur, bien plus que comme une œuvre singulière dénonçant ou illustrant un message ou la vision de son auteur.

De ce fait, nous pouvons résumer que l’œuvre devient un produit de consommation comme un autre, l’unicité de l’œuvre tendant à s’effacer. Michaud rêve d‘épurer la modernité de toute utopie, il entend se passer des idéaux positifs, remplaçant la finalité par le mouvement perpétuel de choses qui vont. Il nous faut accepter le moment historique comme un fait fatal.

D’un côté, il y a le monde des collectionneurs et du patrimoine, privé ou public, qui recherche encore des « œuvres » durables et collectionnables.

D’un autre côté, il y a un art de l’événement culturel, à base de commandite sociale à travers les biennales, les rencontres autour des nouvelles technologies, les festivals d’art électronique.

Yves Michaud nous présente dans son ouvrage le triomphe de l’esthétisme face à l’idée d’une assimilation de l’art en tant que bien de consommation. Paru pour la première fois en 2003, son ouvrage est en avance sur son temps à une époque ou, dans les salles de ventes, Jeff Koons (par exemple, une des premières œuvres de Koons acheté par un collectionneur français est split-rocker la beauté I, achetée en 2000 par F. Pinault lors de l’exposition La Beauté In Fabula en Avignon) ou encore Damien Hirst ne s’arrachaient pas pour des dizaines de millions d’euros. Jamais l’art contemporain n’a suscité autant de valeurs pour aussi peu de réflexions. A un point tel que de nombreuses confrontations ont lieu, notamment dans l’hebdomadaire L’Obs paru le 24 décembre 2014 dans lequel une confrontation sur la question a eu lieu entre Jean de Loisy, président du Palais de Tokyo, et le critique Jean Philippe Domecq.

Il en résulte une affiliation entre le phénomène et une présence de plus en influente du secteur privé dans le milieu jusqu’alors public et proche du « sacré » des musées. En effet, l’influence de plus en plus importante des collectionneurs qui acquièrent et mettent de ce fait un prix afin d’évaluer le poids des collections amènent une mutation de l’art vers les biens de consommations et fait de l’art une valeur refuge, idée qui ne cesse de se développer depuis ces dix dernières années.

La multiplication des lieux de monstrations ne servent plus qu’à cultiver le « profane », mais deviennent des entonnoirs privés de débats étalant des richesses au point d’y noyer les messages suscités par les artistes. Cependant, Jean de Loisy rappelle que les musées français peuvent se targuer de pouvoir encore jouer un rôle culturel par le biais du contrôle qu’exerce l’état sur ces derniers.

Reprenant l’analyse de Walter Benjamin, dans son « texte visionnaire » de 1936, L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité mécanisée, Yves Michaud souligne cette « reproductibilité de principe » qui entraîne la perte de l’unicité de l’œuvre d’art et il en dégage les conséquences philosophiques : « l’essence historique de l’œuvre d’art qui dépend des transformations sociales et des découvertes techniques ».

En conclusion, il serait simpliste de nier que l’art a toujours été lié à l’argent. Le monde actuel est régi par l’esthétique alors qu’il n’existe plus d’œuvre d’art dans le sens fort du terme. Michaud constate la fin du régime traditionnel de l’art au profit d’œuvres à sensation aux repères et à l’identité éphémères.

 

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