Viridis, la ferme à spiruline

Viridis est une oeuvre réalisée par Gaspard et Sandra Bébié-Valéria. Leur travail regroupe réalité, fiction, virtualité. Il s’agit ici d’une installation qui propose une oeuvre collective et un « jeu-vidéo écologique », ou le joueur s’engage dans la construction d’une unité virtuelle de production de spiruline. La spiruline est une algue aux vertus nombreuses. Le jeu implique de ses différents participants qu’ils s’assurent régulièrement de la maintenance de la ferme et du suivi des différentes étapes de production. Simultanément et dans le réel, la ferme sera connectée à internet et pilotée par l’intermédiaire du jeu-vidéo (ex: farme ville). Elle sera ainsi directement dépendante des actions entreprises sur internet. Cette réalisation n’est pas qu’un exercice de simulation, elle connecte chacune des actions virtuelles à une entreprise concrète. Elle remet également en jeu les problématiques économiques de la production artistique et détourne dans une dynamique critique le virtual management distancié.

viridis_veritable

Pouvons nous parler de cette oeuvre comme d’un dispositif ?

Un dispositif est une réflexion prenant forme dans un espace (virtuel ou réel) mais dont la pleine activation dépend du comportement et de l’interaction des publics agissant à son contact. Il s’agit aussi de poser un cadre, à travers le dispositif, qui fixe des limites d’utilisation, de réaction, d’appropriation ou de détournement. Cela peut-être un protocole ou simplement une installation, une interaction, un jeu, etc. Dans le cadre de Viridis, la ferme à spiruline n’est pas un dispositif à proprement parler. Il s’agit plutôt d’une installation d’un ensemble de modules complémentaires et contribuant à un seul et même projet. Il s’agit de montrer et représenter le projet hors de sa dimension première, sur le web, et soumis aussi à un autre rapport au public, puisqu’en effet Viridis est d’abord et avant tout un projet online. Il s’agit alors de représenter l’univers de la ferme, les différentes strates qui le constituent (data visualisation, journal de bord du fermier, éléments scénaristiques, la spiruline même dans son bioréacteur et l’une des visites). ce prototype préfigure les jeux et dispositifs où serait centrale l’interaction entre nos multiples identités (numérique, avatar, politique…) et nos diverses pratiques (loisir et engagement par exemple). Une trame narrative certes complexe, mais définitivement passionnante.

Peut on alors parler d’un rapport homme-machine ?

Il semble plutôt qu’il s’agisse d’un rapport sociétés/technologies. La machine est une projection de l’homme, une extension de l’idée même de technologie. L’homme-machine n’est qu’une des nombreuses visées, soit fantasmées, soit réelles, d’une intrication à la technologie dans notre technologie. Je pense que pas mal d’auteurs de science-fiction ou théoriciens qui ont écrit ou proposé des idées sur ce champ, Donna Haraway, Steve Kurtz ou très différemment les tenants du transhumanisme. Concrètement, ce n’est pas sur ce champ que l’oeuvre Viridis se positionne mais plutôt sur des questions d’émancipation, de réappropriation, détournement, transformation et savoirs-communs de la technologie.

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