Ce que sait la main, la culture de l’artisanat

Le livre, Ce que sait la main, la culture de l’artisanat, de Richard Sennett, publié en 2010, est un essai de 400 pages sur la valorisation du travail technique de l’artisan. Ainsi, l’auteur nous parle de l’artisanat sous toute ses formes, et soutient que le programmateur informatique, l’artiste, et même le simple parent ou le citoyen font œuvre d’artisan en nous faisant réfléchir au fonctionnement de notre société et à nos comportements.

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Celui-ci met tout d’abord en évidence les multiples opérations intellectuelles requises par le travail technique. Dans cette perspective, il démystifie ensuite l’acte créateur en montrant que celui-ci peut trouver sa source dans la routine et la répétition. Enfin, l’artisanat est présenté comme un modèle d’analyse du travail mais aussi un modèle politique normatif.

Dans son prologue, il revient sur la frontière historique entre la théorie et la pratique, l’artiste et l’artisan, le travail intellectuel et le travail technique, et donc la tête et la main. Selon lui, la société moderne souffre de cet héritage et gagnerait à revaloriser le travail artisanal. Cette réflexion s’inscrit dans la continuité d’une analyse déjà commencée dans ses précédents ouvrages : Le Travail sans qualités (2000) et La Culture du nouveau capitalisme (2008), dans lesquels il parle notamment de la dégradation des formes de travail sous l’effet de la direction prise par nos sociétés en faveur de la flexibilité. L’auteur nous propose donc une analyse du travail de l’artisan qui met en avant les qualités de celui-ci.

« Le métier désigne un élan humain élémentaire et durable, le désir de bien faire son travail en soi. Il va bien plus loin que le travail manuel qualifié ».

C’est ainsi qu’il nous présente un schéma global de l’artisanat qui s’appliquerait aussi bien au programmateur informatique, au médecin, qu’à l’artiste, et même aux parents qui élèvent leurs enfants. En vérité, l’artisanat nous est donc présenté comme un modèle pour la société.

Son texte commence en affirmant sa rupture avec son professeur de philosophie, Hannah Arendt, sur la différence entre l’Homo faber et l’animal laborans, qui sont deux figures distinctes de l’homme au travail. Selon Hannah Arendt, l’animal laborans, complètement absorbé par sa tâche, est amoral et ainsi les créateurs de la bombe atomique en seraient les plus tristes représentants, tandis que l’Homo faber est capable de juger de façon éthique de son travail.

À titre d’illustration de l’animal laborens, Robert Oppenheimer, directeur du projet de Los Alamos, se rassurait en affirmant : «  Si vous voyez quelque chose de techniquement alléchant, vous allez de l’avant et vous le faites ; vous ne discutez de son usage qu’une fois la réussite technique acquise. C’est ainsi que ça s’est passé avec la bombe atomique ». En l’occurrence, la seule chose qui importe, c’est que ça marche : pour l’animal laborans, le travail est une fin en soi.

L’auteur critique cette division qui « méconnaît l’homme concret au travail ». L’animal laborans, loin d’être un « abruti », est en réalité capable de penser car « il entre dans le faire une part de réflexion et de sensibilité ». L’artisan, pour qui le travail est une fin en soi, est un animal laborans qui doit faire preuve d’intelligence lorsqu’il met en œuvre son savoir-faire de métier pour fabriquer un objet. L’ensemble de l’ouvrage vise ainsi à montrer que le métier fait aussi bien appel à la tête qu’à la main. Richard Sennett y propose un éloge de la culture matérielle, c’est-à dire du travail technique, à partir d’une analyse approfondie de ce que fait précisément l’artisan lorsqu’il travaille.

Pour défendre sa thèse, Richard Sennett développe, l’analyse de divers métiers artisanaux (potier, tisserand, souffleur de verre, etc.), s’intéresse à différents domaines d’application (le travail des architectes, des personnels de santé ou l’exercice du piano). Les nombreux exemples concrets et le fait que l’auteur fait référence à diverses disciplines telles que l’histoire, la sociologie, la philosophie, l’anthropologie, la psychologie ou encore l’urbanisme et la biologie, rendent la lecture du livre particulièrement enrichissante.

On utilise de nos jours le mot durable pour parler de l’artisanat. Pour l’auteur, ce mot est porteur d’un bagage particulier, car qui dit durable, dit une vie plus en harmonie avec la nature, l’instauration d’un équilibre entre nous-mêmes et les ressources de la terre, en référence à la pensée Heidegger. Cependant, forcés nous sommes de constater aujourd’hui que cette équilibre rêvé ne reste qu’un idéal…Effectivement, en matière d’autodestruction, nous battons des records :un million par exemple, c’est le nombre d’années que la Nature a pris pour créer la quantité de carburant fossile que l’on consomme aujourd’hui en une seul année.

Richard Sennett (Richard Sennett)

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