Devenir Média

devenir_média_lactivisme_sur_internetentre_défection_et_expérimentation20100424

Avec l’essor d’internet au début des années 2000, l’activisme, pratique qui préconise des actions directes de façon à peser directement sur un problème auquel on peut être confronté, et sans avoir besoin pour cela de faire appel à un intermédiaire de personnalités politiques, se retrouve confronté à une mutation révolutionnaire par le biais d’une nouvelle forme de militantisme : « Le Médiactivisme ».

Olivier Blondeau et Laurence Allard ont publié en 2007 un livre intitulé « Devenir Média, l’activisme sur internet, entre défection et expérimentation. » dans lequel ces derniers retracent l’histoire et l’évolution de l’activisme médiatique tourné vers la protection de l’héritage culturel et intellectuel.

Dans cet ouvrage, ses auteurs prennent le temps de définir dans un premier temps les différentes caractéristiques qui différencient l’activisme désormais post-médiatique (c’est à dire depuis la création d’internet) de l’activisme traditionnel. En effet, l’activisme post médiatique se sert d’internet comme d’un support afin de transposer les expérimentations qu’il y réalise dans la vie réelle. A défaut de s’enfoncer dans un monde virtuel, internet lui permet d’acclimater, de moduler, d’ordonner des idées nouvelles afin de pouvoir les reproduire au travers de mouvements sociaux et d’événements. Les TAZ (Temporary Autonomous Zone), dénomination introduite par Hakim Bey, écrivain politique américain, dans son livre intitulé « TAZ, Autonomous Temporary Zone ». Son œuvre, interprétée par ses lecteurs comme une forme d’organisation éphémère menant à l’anarchie (proche de l’utopie pirate), est une attaque en règle contre le pouvoir établi ainsi que les lois du marché. Bien que l’idée s’est propagée et développée sur le net, les activistes ont retranscrit une volonté réelle d’établir des TAZ, notamment lors du rassemblement des partisans à l’élection présidentielle de George Bush au Madison Square Garden de New York en 2003 ou plus récemment, le Burning Man dans le désert du Nevada, le Fusion Festival dans le Nord de Berlin ou encore le CzechTek en République Tchèque, tous des festivals de musique liés à l’idée de la libre expression et de l’autogestion.

L’initiateur d’une action activiste sur le net s’efface alors au profit de cette dernière. Elle se porte sur sa forme qui a été modulée spécifiquement et qui apporte un impact ciblé et efficace. Et c’est là toute la différence entre le Médiactivisme et l’activisme pré-médiatique (voir traditionnel). Le premier articule une idée modulable au service de la personne alors que le second met la personne au service d’une idée pré-définie, limite dogmatique, à la forme acquise et déjà configurée par défaut. De ce fait, le Médiactivisme considère que toute action libre de la pensée doit partir d’une feuille blanche afin de proposer un contre modèle efficace et déconstruire les médias dominants et coutumiers par une architecture nouvelle comme c’est le cas avec E-Toy corporation, groupe d’artistes et activistes numériques d’origine européenne, qui ont fondé leurs actions autour du modèle des entreprises à rayonnement mondial et agissent au nom de « l’entreprise » E-Toy Corporation dont le siège social est enregistré en Suisse.

C’est également le cas avec la pratique du found footage dont le principe est de recomposer en redécoupant et réorganisant les différentes séquences d’une vidéo afin de lui donner un sens nouveau, dans un but humoristique ou engagé. Il s’agit de mettre les images dites dogmatiques diffusées par les médias dominants dans un contexte d’énonciation différent de leur contexte initial afin de montrer ce que l’on ne veut pas voir ou ne pas montrer.

Par cette pratique d’appropriation des images et de réarrangements survient un domaine cher au Médiactivisme : l’open source et les licences Creatives commons. L’usager de morceaux de musique peut désormais réarranger une composition pour en faire une œuvre à part entière. Les acteurs des œuvres correspondantes peuvent décider de l’usage que le public peut faire de leurs créations au point qu’il s’agit d’un compromis entre le contrôle total et l’omniprésence du copyright et de la supposée anarchie d’internet et la libre circulation des savoirs et des acquis. C’est à partir de cette constatation qu’Olivier Blondeau et Laurence Allard pointent du doigt le fait que le Médiactivisme a bouleversé les conditions de productions et l’usage des savoirs de ces derniers.

La dernière partie de l’ouvrage est consacré au principe de la syndication de contenus web par le biais des flux rss. Ce système permet d’accélérer la mise en commun de données, d’informations sans passer par des moteurs de recherche. La finalité étant de rendre indépendant les contenus de leur environnement éditorial d’origine au point de ne garder que l’essence même de l’information. Les flux rss peut être assimilé à ne pieuvre ou la diffusion même des éléments revient aux usagers de ce réseau et est donc autonome et imprévisible car non centralisé au même titre que The Pirate Bay, Emule, Limewire, autant de noms donnés à des systèmes de serveurs informatiques permettant le partage de fichiers mutualisés par le protocole de communication BitTorrent (ou P2P). La syndication du Médiactivisme, au même titre que l’open source ou les licences créatives commons ne configurent pas un corps collectif mais donne de la réalité ainsi que de la matière à des objectifs, des devenirs communs.

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