Etoy Corporation

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Etoy Corporation est un groupe d’artistes médiactivistes fondée sous la forme d’une entreprise multinationale en 1994 par Gino Esposto, Michel Zai, Daniel Udatny, Martin Kubli, Marky Goldstein, Fabio Gramazio et Hans Bernhard dont le siège social est enregistré à Zurich comme une société d’actionnaires conformément à la loi Suisse (RC CH-170.3.029.244-4) . Elle est composée d’un noyau dur interchangeable regroupant différents corps de métiers comme des ingénieurs, des musiciens, des artistes, des architectes, des avocats et des graphistes. Etoy œuvre donc comme une équipe à géométrie variable et un ensemble de talents en mouvement. En conséquence, la glorification de l’artiste individuel comme une star ne s’est jamais présentée pour Etoy. L’architecture et l’esthétique d’Etoy sont basées sur la somme d’idées et de ressources engagées par un bon nombre de personnes. Ces derniers communiquent entre eux grâce à un système d’ordinateurs en réseau qui permet à chaque Etoy agent de travailler ensemble malgré la distance géographique.

Le groupe est considéré comme un mensonge idéologique naïf ainsi qu’une ficelle marketing superflue pour promouvoir l’idée que les artistes travaillent en dehors du système financier. Pour eux, la réalité économique fait partie de la vie, du développement, de la production et de la distribution. L’art n’en est évidemment pas exclu ou innocent. Ce qui ne veut pas dire que nous acceptons la réalité économique et les structures politiques telles quelles. Etoy et ses associés remettent en question, manipulent et jouent avec les codes et les règles qui constituent la société, dès qu’il y a un intérêt à le faire.

Cette manière d’agir n’a pas toujours plu aux autorités. En effet, ces derniers ont infiltré en 1996 le Web en se servant d’un logiciel qui a miné la Toile de milliers de fausses pages, référencées avec les 2 400 mots clés les plus demandés sur les moteurs de recherche. Yahoo !, Altavista, HotBot & Co ont complètement perdu le Nord, laissant les internautes converger vers des « trappes » à surfeurs. Une façon de montrer que le Net n’est pas aussi neutre et indépendant qu’il y paraît, puisqu’on peut le manipuler à sa guise. Les services secrets américains en collaboration avec le bureau autrichien antiterroriste ont alors lancé des raids dans les bureaux des fournisseurs et les studios Etoy basés à Vienne dans le but de les fouiller.

Essayer de remettre en question et d’élargir les limites de la loi dans des domaines où cela s’avère nécessaire est l’un des objectifs principaux d’Etoy comme les réglementations concernant les drogues, la désobéissance civile, la liberté de parole, le cryptage, les droits d’auteur ou les lois se rapportant à la citoyenneté. Etoy prépare toujours soigneusement et accomplit des opérations délicates en proche collaboration avec des avocats et des spécialistes extérieurs si le projet l’exige.

En 1998, Etoy s’introduit en Bourse. Le premier lot d’actions est remis au chancelier autrichien Viktor Klima en personne. Ce n’est pas une vraie « IPO » (Initial Public Offering) au Nasdaq, mais sur le marché international de l’art. On paie toutefois en vrais dollars pour acheter les parts de ce qui devient alors une holding. Parmi les plus de 2 000 actionnaires et 640 000 actions disponibles, on retrouve l’activiste John Perry Barlow. Selon Hans Bernhard, l’un des fondateur d’Etoy: « L’introduction en Bourse d’Etoy n’était pas vraiment une question d’argent. Puisqu’en réalité, nous n’avions pas de dividendes à verser. » En somme, c’était plutôt du mécénat des temps modernes.

Mais c’est bien en 1999 que fut réalisé le plus gros coup d’éclat du groupe artistique, nom de code : Toywar. Etoy.inc, une entreprise multinationale de fabrication de jouets, voulu acheter a Etoy.corp pour 516 000 dollars leur nom de domaine dans le but qu’il n’y ai plus d’ambiguïté entre les deux entités. En refusant leur offre, Etoy.inc a alors poursuivit en justice la société d’actionnaires artistiques pour « compétition déloyale, commerce frauduleux, fraude sécuritaire, contrebande, contenu offensant et apologie du terrorisme ». Ce à quoi Etoy.corp a vigoureusement répliqué en produisant une campagne médiatique massive via internet et conduisant des attaques de dénis de services (DdoS) contre leur site officiel. Lorsque Etoy.inc décida d’abandonner les charges, la multinationale avait perdu 60% de valeur en bourse et a enregistré une perte de 4,5 milliards de dollars, ce qui fait de la Toywar, l’action artistique la plus chère de l’histoire de l’art.

Mais Etoy ne s’arrête pas aux rapports économiques entre l’art et le monde de la finance. Leur récent projet « Mission Eternity » interroge la mort à travers les fragments numériques des défunts. « Mission Eternity » propose un culte mortuaire des temps numériques. Il s’agit de permettre l’immortalité virtuelle de « Pilots », par le biais de portraits numériques, intitulés par les artistes « capsules Arcanum », qui leur survivront. Comme le projet est en phase de test, les « Pilots » sont actuellement des novateurs dans l’informatique et des nouvelles technologies : il s’agit de Timothy Leary, le seul décédé, en 1996, chantre du psychédélisme et de la cybernétique, et de Sepp Keiser, un entrepreneur et pionnier du micro-film en Suisse. Ce dernier a expérimenté avec le collectif pour créer sa propre capsule (à base de textes et de fichiers audiovisuels, de multiples contextes et provenances).

Un autre élément du projet est le « Sarcophagus », un container aménagé en lieu de culte et posé pendant le festival près de l’Ars Electronica Center. Les capsules peuvent y être consultées. C’est également le lieu où reposent une partie des cendres des « Pilots », l’interface entre corps et données. Il est exposé dans les lieux d’art comme représentation visuelle du projet. Ainsi, le festival a accueilli une cérémonie où 8g de cendres de Timothy Leary ont été mélangées à du béton pour former un cube (appelé « Terminus ») qui a été posé dans le mur, remplaçant un pixel en mouvement. Le Sarcophagus contient plus de 17 000 pixels et peut donc accueillir plus de 17 000 Pilots.

Les capsules sont également disponibles en ligne : lorsque chaque Pilot a « franchi la date limite », selon le slogan du projet, c’est-à-dire meurt, sa capsule est rendue publique dans le Sarcophagus et sur Internet. Aucune capsule n’est consultable à l’heure actuelle puisque le seul Pilot pour lequel un dossier a été conçu, Sepp Keiser, est toujours en vie. Le stockage de ces capsules se fait de manière novatrice : au lieu de centraliser tout sur leur serveur, les artistes font appel à des « Data Angels », des personnes qui mettent à disposition du projet 50 Mo de leur disque dur. En multipliant les fichiers et en les gérant grâce à des logiciels libres, « Mission Eternity » propose un mode d’archivage participatif, qui répond à la proposition du projet de lieu collectif, hors de toute religion, pour se souvenir des morts. D’autres « Angels » accompagnent les etoy.agents (les membres d’etoy.corporation) pour discuter de ce qui est en jeu avec ce projet, que ce soit par rapport à l’art, la technologie ou bien le droit.

L’infiltration et le concept de virus sont cruciaux dans l’etoy.art, sur le net ou en dehors. etoy est un virus controversé mais généralement sympathique, qui pénètre un système sans le détruire ou l’endommager. L’etoy.virus modifie seulement la façon de fonctionner du système. Dans la plupart des cas, son intervention améliore les qualités du système. Si l’hôte se sent agressé, il rejette ou même anéantit le virus. Par conséquent, un virus performant à long terme doit toujours trouver un compromis avec le corps récepteur.

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