« On n’y voit rien » – Daniel Arasse par Nadir Hamici

Arasse
Avant de parler de l’ouvrage il est peut-être nécessaire de rappeler qui est Daniel Arasse. Né dans les années 40 à Oran (Algérie), Daniel Arasse est un historien de l’art français spécialisé dans l’art italien et plus particulièrement dans l’art de la renaissance (quattrocento). Daniel Arasse fut un vulgarisateur de talent qui sans grand mots savants arrivait à partager son savoir pour ce qui est de la peinture italienne.

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Dans l’ouvrage « On n’y voit rien » Daniel Arasse nous propose plusieurs essais chacun centré sur une oeuvre particulière et employant un style particulier, il passe d’une lettre à une conversation imaginaire avec le lecteur en passant par un débat avec un interlocuteur.

Le choix de faire un article sur cette œuvre vient du fait qu’il s’agit d’une œuvre, de plusieurs fictions, parlant d’autres œuvres non fictives. Comme dit précédemment l’auteur est un spécialiste de l’art italien, c’est donc pour cela que les oeuvres traitées sont des tableaux du quattrocento. Pour ceux ayant déjà étudié le quattrocento, on pourrait se demander « à quoi bon encore un ouvrage sur cette période, tout a déjà été dit. » Là où cet ouvrage est très intéressant c’est que Daniel Aras nous propose une nouvelle porte d’entrée pour analyser les œuvres, le tout sans être dénué d’humour. Le côté fictionnel de l’ouvrage donne l’impression de lire un roman à suspense voir un polar. L’auteur nous tient en haleine de la première page de la nouvelle jusqu’à son dénouement tout en retombant sur ses pattes pour garder une conclusion cohérente. On pourrait se demander si un initié connaissant déjà les œuvres ne s’en irait-il pas en lisant ces nouvelles ? Il se trouve que non car Arasse réussit à faire redécouvrir l’œuvre sous un autre point de vue voir nous apprend l’existence d’une porte dans cette œuvre que l’on n’avait pas encore vue à ce jour. Pour,un profane, « on n’y voit rien » est une très bonne introduction à la compréhension des œuvres, à l’analyse d’une œuvre et ce côté fictionnel le fera voyager, sourire et se questionner sur ce qu’est une œuvre d’art et comment la lire.

Une des très belles fictions m’ayant marquée dans ce recueil est celle traitant de L’Annonciation, de Francesco del Cossa.

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L’auteur semble se perdre dans ses pensées et au fil de la plume jusqu’au moment où lui vient l’idée de poser son regard sur un escargot au bas de la toile. Ce tout petit être sera le début de son cheminement vers la résolution du problème, à savoir : « pourquoi est-il là ? ». Je ne vous gâcherai pas le plaisir de lire son cours cheminement vers la réponse mais son questionnement débouche sur la réponse suivante : l’escargot n’est pas dans la peinture mais sur la peinture, c’est-à-dire qu’il existe un espace entre le monde dessiné sur le tableau est notre monde. Dans ce cas présent il prend la forme d’un trompe-l’œil peint au niveau du cadre du tableau donnant l’impression qu’un escargot suit son chemin sur le cadre intérieur de la peinture. Ce petit être sert à guider l’œil du spectateur pour pénétrer en douceur dans la peinture. Durant la renaissance il n’était pas rare pour certains peintres de peindre par-dessus la peinture un insecte ou un animal en trompe-l’œil permettant de définir un point d’entrée au regard dans l’œuvre. Mais revenons à l’ouvrage en question car, comme je le disais, certes le livre parle d’œuvres d’art mais j’estime qu’il est aussi une œuvre à part entière. Lorsque je dis œuvre c’est dans le sens d’une œuvre littéraire. Daniel Arasse invente ces courts récits que l’on pourrait interpréter comme de courts voyages initiatiques. Lorsque nous terminons une nouvelle nous en sortons grandi : nous avons appris quelque chose, comme si nous avions lu la description d’un tout nouveau tableau. Cela vient du fait que l’auteur choisit un point d’entrée dans le tableau auquel nous n’aurions pas forcément pensé. Ainsi, en se concentrant sur cette partie nous faisons notre propre histoire qui nous laisse découvrir de nouveaux horizons dans le tableau. On peut se demander si ce raisonnement uchronique porté sur l’œuvre n’est pas autant dans le vrai que n’importe quelle autre théorie ? Peut-on voir une peinture comme un test de Rorschach gigantesque ou au lieu de déceler une forme dans une tache nous pourrions voir une histoire se dessiner dans un paysage ? Si je devais exposer mon propre avis là-dessus je répondrai oui. Au fond c’est ce que nous propose Arasse. Il dépeint une histoire à partir de chaque tableau. Évidemment nous somme d’accord avec lui car dans le cas présent il s’agit d’un immense auteur reconnu, mais qu’en serait-il si ces théories étaient celles d’un jeune étudiant, ou d’une personne lambda face à l’art ? Est-ce que le monde de l’art permettrait à un profane de poser de telles théories ? Je pense que certaines théories, à l’image de certaines œuvres, ne sont acceptés que par rapport à la renommée de leur auteur. Dans le cas présent, il s’agit de Daniel Arasse (NB : que j’adore et dont la vision de l’art me plaît beaucoup), sa renommée le précède. Mais si à l’époque lors de l’édition du livre, il avait choisi un pseudonyme, la pilule serait-elle aussi bien passée ? Dans tous les cas, l’œuvre et ce qu’elle est : elle nous apprend des choses, nous donne un nouveau regard sur certaines peintures et nous apprend à raisonner devant une œuvre même si nous ne la comprenons pas du premier coup d’œil en tant que novice.

Nadir Hamici

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