« La manipulation des images dans l’Art Contemporain » de Catherine Grenier

Couverture

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La Manipulation des images dans l’art contemporain

par Catherine Grenier, aux Editions du Regard, publié en 2014

Catherine Grenier

Catherine Grenier

Catherine Grenier est l’une des directrices adjointes du Musée national d’art moderne-Centre Pompidou à Paris, mais aussi conservatrice et historienne de l’art. Spécialisée dans l’Art contemporain, elle dirige depuis 2009 le programme « Recherche et Mondialisation » dans le cadre duquel elle organise, en partenariat avec l’université, divers séminaires et colloques, et codirige une équipe de doctorants et de post-doctorants. Elle a ainsi organisé une trentaine d’expositions dont certaines à la Tate Modern de Londres, au Centre Pompidou ou au Grand Palais à  Paris. Elle a écrit de nombreux ouvrages dédiés à des artistes contemporains comme Christian Boltanski, Sophie Ristelhueber, Maurizio Cattelan, Salvador Dali ou encore Annette Messager.

Dans cet essai Catherine Grenier pose la question du statut de l’image dans les productions artistiques contemporaines. Elle constate que l’image fait un retour dans ces propres productions et qu’elle devient une composante essentielle du travail d’une grande partie des artistes d’aujourd’hui. En effet, les producteurs d’images, qu’elles soient en deux ou trois dimensions, s’attachent très souvent à reprendre des images existantes pour se les réapproprier et leur donner une nouvelle dimension, comme pour rendre actuel le sens qu’elles avaient à leur apparition.

Avec ce texte, elle tente de dresser un portrait de l’Art contemporain qui utilise et qui manipule les images déjà existantes, que ce soit pour détourner la volonté originale ou pour questionner le fondement même de celles-ci. Les questions qui sont ainsi soulevées entrent en résonance avec des problématiques actuelles, tel un écho du passé faisant resurgir la vérité déclaré dans l’image d’origine.

Catherine Grenier interroge donc dans cette liste non-exhaustive des productions artistiques contemporaines les différents statuts de l’image en énumérant un grand nombre de pratiques différentes, depuis l’esthétique documentaire et le faux témoignage jusqu’au tableau vivant, l’art en costume ou l’image « fossile ». L’auteur distingue ainsi 3 catégories majeures d’intégration de l’image:

LA FALSIFICATION

Il est ici question de la subversion du caractère documentaire des images fixes ou filmiques par un travail de fabrication et de faux-semblant. Cela inclut, selon elle, le Remake, c’est-à-dire la reproduction d’une œuvre de façon différente, le Re-enactment, qui propose de reproduire une performance dont les seules traces sont des vidéos ou des photographies, et le Témoignage, où la trace d’un fait se présente comme oeuvre.

Les artistes cités sont, entre autres, Pierre Huygues (The Third Memory), Francesco Vezzoli (Almine Rech) et Christian Boltanski (Monuments).

"The Third Memory", 1999. 2 vidéoprojecteurs, 1 synchronisateur, 4 enceintes, 1 moniteur , 2 bandes vidéo, 16/9ème, PAL, couleur, son stéréo (angl) 9'46, 1 bande vidéo, Pal, 4/3, 22' et articles de journaux et fluos. Collection Centre Georges Pompidou, Paris (France)

« The Third Memory », 1999.
2 vidéoprojecteurs, 1 synchronisateur, 4 enceintes, 1 moniteur , 2 bandes vidéo, 16/9ème, PAL, couleur, son stéréo (angl) 9’46, 1 bande vidéo, Pal, 4/3, 22′ et articles de journaux et fluos. Collection Centre Georges Pompidou, Paris (France)

Olga Forever, 2012 Huile sur toile, impression laser et collage brodé , 121 x 84 cm

« Olga Forever », 2012.
Huile sur toile, impression laser et collage brodé , 121 x 84 cm

"Monument Odessa", 1989. Installation (Boîtes à biscuits en métal, photographies et lampes). 350 x 230 x 22 cm.

« Monument Odessa », 1989.
Installation (Boîtes à biscuits en métal, photographies et lampes). 350 x 230 x 22 cm.

LA THÉÂTRALISATION

Ou le développement de l’image dans l’espace et le temps, c’est-à-dire grâce au tableau vivant et au décor dans le film, la photographie et surtout le théâtre. Elle décrit un attrait de ces artistes pour le cinéma hollywoodien mais aussi pour les peintures monumentales. Ces productions caractérisent « L’image comme monde et le monde comme image ».

Des artistes comme Maurizio Cattelan (Him), Yinka Shonibare (How to blow up two heads at once), et Kader Attia (Flying Rats) sont représentatifs de cette « catégorie ».

"Him (lui)", 2001. Résine de polyester, cire, pigment, cheveux humains et costume (101X41X53). Installation Fargfabriken, Stockholm, 10 février-8 avril 2001.

« Him (lui) », 2001. Résine de polyester, cire, pigment, cheveux humains et costume
(101X41X53). Installation Fargfabriken, Stockholm, 10 février-8 avril 2001.

"How to Blow Up Two Heads at Once (Comment faire sauter deux têtes à la fois)", 2006. Mannequins, armes, wax (tissus de coton imprimé en Hollande pour le marché d'Afrique de l'Ouest), bottes en cuir.

« How to Blow Up Two Heads at Once (Comment faire sauter deux têtes à la fois) », 2006.
Mannequins, armes, wax (tissus de coton imprimé en Hollande pour le marché d’Afrique de l’Ouest), bottes en cuir.

"Flying Rats (Rats Volants)", 2005. Mannequins, pigeons vivants, graines pour oiseaux.

« Flying Rats (Rats Volants) », 2005.
Mannequins, pigeons vivants, graines pour oiseaux.

LA MYTHOLOGISATION

Dans cette catégorie, la minimalisation – ou retour à l’essentiel – des jeunes artistes contemporains est une volonté d’accéder à la pureté de ce qui est évoqué en tant qu’oeuvre. Les productions listées sont caractérisées par le refus du spectacle en tant que tel, et du monumental inutile, pour un retour à l’essentiel des formes de la vie. Cette volonté apparait comme une recherche de vérité dans la pureté des matériaux bruts.

Nous pouvons noter que Richard Tuttle (For Ron), Douglas Huebler (Variable Piece #70: (In Process Global), et Katinka Bock (First Piano) sont des exemples de cette volonté.

"For Ron", 2009. Acrylique sur carton. Mary Boone Gallery.

« For Ron », 2009.
Acrylique sur carton.
Mary Boone Gallery.

"Variable Piece", 1973. Dhotographies couleur, dessin à la gouache, texte, collés sur carton. 79 x 79 cm. Musée d'art de Toulon.

« Variable Piece », 1973. Photographies couleur, dessin à la gouache, texte, collés sur carton.79 x 79 cm.
Musée d’art de Toulon.

"First Piano", 2008. Sculpture. 55 x 75 x 75 cm, Paris.

« First Piano », 2008.
Sculpture. 55 x 75 x 75 cm, Paris.

Elle analyse aussi les diverses procédures du «faux» considérées comme des sous-catégories qui peuvent se retrouver dans les trois catégories citées plus haut :

Le remake : les artistes réutilisent la mimesis comme un nouveau territoire. Refaire, rejouer, réinterpréter deviennent les enjeux d’une démarche qui cherche à interroger notre relation au réel.

Le re-enactment : la réédition ou la remise en scène d’actions qui se sont produites dans le passé, performance artistiques ou événements historiques.

Vrai et faux témoignage : passion pour le documentaire depuis les années 1990, qui brouille la limite entre la vérité des faits et la vérité sous-entendue par la falsification des éléments utilisés.

La performation : l’image n’est plus fixe mais inclut le corps, l’espace et le temps. Le décor et les protagonistes jouent un rôle essentiel dans l’œuvre.

L’enquête : une démarche adoptée par Sophie Calle notamment. Efface les différences entre l’art et la vie, l’art et le réel qui s’introduit dans la galerie, comme un fragment.

Pour conclure cette fiche concernant l’ouvrage de Catherine Grenier, j’ajouterai seulement les remarques que l’on peut se faire en le lisant ou en y cherchant les réponses que l’on se pose sur les productions artistiques contemporaines réutilisant les images. La première est que l’on s’attend de prime abord à un texte relativement conséquent sur la volonté de manipulation des images, tel qu’il est dit dans le titre, dans un sens plus propagandiste. Il s’avère que l’auteur nous parle d’images et de manipulations dans un sens plus large, donc comme une mise en situation de l’objet (corps, décor etc…) pour créer une autre réalité. Et lorsque l’on s’attend à un texte essentiellement philosophique, l’on découvre une liste non-exhaustive de pratiques liées à ces problématiques. Peut-être aurait-on souhaité une approche plus profonde des questions soulevées sur chaque oeuvre ainsi qu’un éventail plus large de domaines abordés comme les arts graphiques, la photographie et autres travaux hors du champs de – ou en tout cas n’effleurant que peu – l’Art Contemporain.

Bref, cet ouvrage présente de nombreux avantages en tant que répertoire d’artistes de la manipulation et du détournement, proposant aussi une réflexion sur chacune d’elle. Catherine Grenier nous en fait profiter ici, à la lumière de ses connaissances en tant qu’historienne de l’Art et conservatrice.

RP.

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