L’Humain augmenté

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Cet ouvrage rassemble de nombreux textes de différents auteurs, pour nous permettre de mieux comprendre les aspirations et craintes de l’homme face à son évolution via la technologie. Il s’articule sur la triade réparation – transformation – augmentation (sous-titre du numéro de décembre 2012 du magazine scientifique Pour la science  , l’homme 2.0 : l’être humain réparé, transformé, augmenté… Jusqu’où? . Cet ouvrage interroge la faisabilité des objectifs des transhumanistes (protagonistes du mouvement prônant l’utilisation des sciences et technologies pour l’amélioration de l’homme) pour le futur de l’homme et les limites de ces objectifs. « En chacun de nous cohabite un technophile et un technophobe »(Edouard Kleinpeter, p12). En effet nous avons aussi la mise en avant des parallèles qui sont fait en permanence – dans la critique du transhumanisme – avec les mythes relatifs à la notion d’hubris : Icare, Frankenstein, Prométhée ou encore le mythe du Golem qui nous questionne sur la possibilité d’être dépassés par ces technologies. « Les technologies vont-elles faire de nous des surhommes immortels ou des légumes assistés par ordinateur? » (Xavier de la Prote, 2013).

Parmis ces textes, je commenterai plus volontiers de celui de Marc Roux (président de l’association française de transhumantes  Technoprog!) : « Un autre transhumanisme est possible » (p157)

Comme annoncé plus tôt, le transhumanisme est souvent critiqué sur son hubris (« chez les Grecs, tout ce qui, dans la conduite de l’homme, est considéré par les dieux comme démesure, orgueil, et devant appeler leur vengeance. », dictionnaire Larousse). Cette critique provient évidemment de la peur humaine d’être dépassé, voire surpassé, par la technologie. Dans son texte, Marc Roux nous démontre point par point que cette critique ne peut être applicable à tout le mouvement transhumaniste.

Désir d’immortalité

On observe bien sûr parmi les auteurs transhumanistes que certains sont dans la surenchère, or ce n’est que dans un but de provocation et de promotion ; lorsque l’on entre dans le détail, on peut observer que ceux-ci relativisent vite leurs objectifs qui s’avèrent alors plus aboutis, plus rationnels et plus actuels. Quel est le véritable message de la pensée transhumaniste? Evidemment le but n’est pas une immortalité infinie, mais plutôt de tenter d’exploiter la faille des indéfinis, et donc les limites connues de l’homme. Ce qui est tout-à-fait rationnel, car on découvre encore chaque jour des capacités extraordinaires chez certains individus et pourtant ils ne sont pas transhumains… «  Nous ne savons pas de façon certaine quel est l’horizon de nos capacités » (p161). Le but est donc d’atteindre l’objectif d’une vie encore indéfiniment plus longue et en bonne santé, or on atteint chaque jour un peu plus cet objectif, lorsque l’on sait que l’homme a doublé son espérance de vie en bonne santé dans les deux derniers siècles (Coeurnelle, 2013).

Cet objectif de prolonguation de la vie, intègre évidemment la lutte contre la souffrance. Là encore, contrairement aux critiques faites à la pensée transhumaniste, le but n’est absolument pas la disparition de toute souffrance, soit abandonner l’humain en renonçant à sa vulnérabilité, car elle est indispensable à notre survie, c’est grâce à celle-ci que l’homme a su anticiper les risques de destruction : « c’est par ce que nous avons la mémoire consciente de nos peines que nous cherchons à bâtir un monde où nous pouvons au moins minimiser celles à venir » (p164). Le transhumanisme tente de minimiser les souffrances déshumanisantes, et dans cette optique, il rejoint l’objectif principal de la médecine à ce jour.

La première illustration que l’on se fait du transhumanisme est souvent le rapport entre le corps et la machine, soit le cyborg. Cette

évolution n’est pas si utopique ni abstraite, puisque au jour d’aujourd’hui, nous avons déjà une amorce dans ce domaine. Que ce soient les prothèses pour les personnes ayant un membre en moins – prothèses que l’on commence à relier au cerveau pour pouvoir les contrôler comme un membre à part entière – les pacemakers, ou encore dernièrement, la création d’un neurone artificiel reproduisant la même fonction que l’une de nos cent milliards de cellules. Toutes ces transformations n’appellent pourtant pas à un renoncement au corps, mais à un substitut basé sur le modèle de celui-ci. Pour illustrer ceci, Marc Roux fait référence au « bateau de thèse » ( bateau perpétuellement réparé dont les sophistes d’Athènes se demandaient, au fur et à mesure que les pièces en étaient modifiées ou remplacées, s’il s’agissait encore du même bateau ), de la même manière, même si le corps est entièrement modifié, il ne perdra pas obligatoirement son identité humaine.

Evidemment, toutes ces réparations – transformations – augmentations posent de réelles questions sur l’avenir d’une société transhumaniste, auquelles les membres de l’association Technoprog! tentent de répondre. Evidemment, quels seraient les rapport inter-générationnels? « Que deviendrait le désir d’enfants dans un monde où la procréation ne serait plus tout-à-fait la seule façon d’assurer sa propre descendance? » (p162). A cela les transhumanistes répondront que malgré les bouleversements que l’évolution de l’espérance de vie a pu provoqué jusqu’ici, les hommes ont su créer de nouveaux équilibres pour pérenniser la société. Mais comment améliorer le « vivre ensemble » dans notre « société hyper-individualiste, capitaliste et néolibérale »? Technoprog! entame des pré-solutions pour aller vers un « transhumanisme démocratique » comme la mise-en-place d’un revenu universel, afin de palier le risque d’inégalité dans l’augmentation de soi, ou encore la radicalité dans la liberté à disposer de son corps…

Enfin pour clore cet article, il est important de ne pas croire q’UN transhumanisme existe, nous parlons là de plusieurs transhumanismes, dont les interprétations peuvent varier. Marc Roux tente aussi de dissiper la confusion entre le transhumanisme et le posthumanisme : le terme transhumanisme insiste naturellement plus sur la transition c’est-à-dire l’amélioration de l’homme actuel, tandis que le terme post-humanisme peut faire référence à un posthumain ayant éventuellement quitté son statut d’humain.

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