Pavel Smetana – Room of desires, 1996

La Chambre des désirs (room of desires) est une installation interactive de 1996 qui donne à voir l’invisible, ce dont «rêve tout le monde: savoir ce que l’autre pense», résume Pavel Smetana, son auteur. Le spectateur entre dans une cabine sombre et s’assoit dans un fauteuil. Il est nettoyé et affublé de détecteurs de «biosignaux», comme à l’hôpital pour un électroencéphalogramme.

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Mais si ces capteurs, reliés à quatre ordinateurs, lisent les fréquences cardiaques, le niveau de stress et les ondes du cerveau, ils n’établissent pas un diagnostic : ils programment en temps réel un film avec bande-son, unique pour chaque participant et généré à partir des données envoyées par son propre corps.

Des images apparaissent sur le mur en face de lui, elles commencent à se déplacer, des sons l’entourent.  Les signaux transmis par le corps influencent en direct l’image et le son dans cette projection, réagissant continuellement à la condition  physique et psychique de ses visiteurs. Les informations sur l’activité du cœur et du cerveau sont reçues par les ordinateurs qui choisissent alors des ordres de vidéos et de sons adaptés.
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Aux dires des spectateurs présents dans la salle, certaines personnes prenaient peur en voyant ce « qui était dans la tête » de leur amis. Un maître yogi aurait même fait penser l’espace d’un instant à l’artiste que l’installation rencontrait un problème technique : en effet elle ne diffusait plus que l’image de vagues, avec le bruit de la mer…

Ainsi, en adaptant des données visuelles et sonores à de simple données scientifiques, Pavel Smetana réalise le fantasme de tout un chacun: il invente la machine à lire dans les pensées. Ou du moins, en crée-t-il l’illusion, avec une étonnante efficacité. Les spectateurs deviennent intrus, pensent pénétrer le cerveau du sujet face à l’installation. A l’inverse le sujet voit son intimité -factice- dévoilée, il s’expose, montrant sur un écran géant et à la vue de tous ce qu’il aurait au fond de lui, il se dévoile, offre ce qu’il a de plus personnelles : ses pensées.                                                                                                 Le numérique -puisque c’est bien de cela qu’il s’agit ici, point de magie mais juste quelques machines et ordinateurs – propose donc sous une nouvelle forme de créer une identité au spectateur, celle qu’il aura généré à partir de données humaines, palpables. Bien que cette identité proposée soit artificielle et préconçue, cette installation offre une expérience à la fois excitante et troublante, voire dérangeante, aussi bien pour les spectateurs « voyeurs » que pour le spectateur acteur.

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