Mon ennemi, mon frère, mon bourreau, mon amour – Kara Walker

«Dès qu’on commence à raconter l’histoire du racisme, on la revit, on crée un monstre qui nous dévore. Mais aussi longtemps qu’il y aura un Darfour, aussi longtemps que quelqu’un dira “Tu n’es pas d’ici”, il semble pertinent de continuer à explorer le terrain du racisme» expliqua Kara Walker, impliquée dans l’actualité raciale aux États-Unis.

Kara Walker est une plasticienne afro-américaine, née à Stockon  en Californie le 26 novembre 1969. Son œuvre traite en particulier, et souvent avec humour, du racisme et du sexisme dans l’histoire américaine, et emprunte des formes variées et surprenantes : te26-kara-walker-artistchniques des silhouettes, sculptures géantes, films d’animation, etc. Elle explore par ses silhouettes noires de papier découpé aux contours complexes et ambigus, les relations entre les races et les sexes. La plupart de ses œuvres sont saturées par la violence. On y voit couramment des scènes de viol, meurtre, coups et blessures, mutilation ou dévoration.

Faisant appel à la représentation de l’esclavage aux États-Unis, elle propose une vision allégorique de l’histoire comme la répétition sans fin de la perpétration de la violence.

Elle utilise principalement le médium obsolète de la silhouette sur papier découpé afin de montrer comment la violence raciste participe d’une logique de négation du corps d’autrui, et exploite une stratégie de piège visuel afin de forcer les regardeurs à contempler le paysage intérieur de la conscience contemporaine, contaminée par une culture raciste.  Souvent critiquée, elle répond vertement avec dessins et collages toujours largement assortis de commentaires («Do You Like Creme in Your Coffee and Chocolate in Your Milk ?») avant de procéder à l’animation des silhouettes à la manière, là encore, de Lotte Reininger, en utilisant la technique du diorama en deux dimensions.

«Mes silhouettes ressemblent à des personnages de dessin animé, c’est une ombre, un bout de papier. Ça fait référence à votre ombre, à votre pureté, c’est votre miroir».

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La plupart de ces créations s’inscrivent dans l’horizon de la récupération postmoderne des stéréotypes racistes pratiquée par les artistes afro-américains dès les années 1970. Autant reconnue que critiquée pour son appropriation ironique des stéréotypes racistes, Walker les déconstruit en tant que fantasmes de la suprématie blanche, offrant ainsi une contribution unique à la réflexion sur le racisme dans la société contemporaine. Dans ces petites histoires murales, elle enjolive et détourne les stéréotypes racistes pour évoquer avec irrévérence un passé dont l’expérience est irrécouvrable, mais dont les traces sont encore présentes de nos jours, Walker pose la question du mode de représentation de la violence. Ces petits contes de la haine ordinaire mettent en scène le dessous honteux de l’histoire raciale et de la société contemporaine américaine et européenne.

De plus, elle ne se contente pas de représenter des violences identifiables à une période de l’histoire américaine : elle critique également la violence symbolique subie par les Noirs après l’abolition de l’esclavage et tout au long du XXe siècle, au travers de la caricature raciste, qui servait à justifier le maintien des Noirs, par l’intimidation et les persécutions, dans une situation de citoyens de seconde zone. La violence intervient également au sein du programme esthétique de Walker, dont la stratégie plastique vise à forcer les spectateurs à regarder de près ce qu’ils voudraient ne pas voir : la question raciale, et un passé commun marqué par le racisme.

Pessimiste, Walker montre par allégorie que l’histoire n’est que répétition de la violence…

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Article rédigé par Sanella M.L

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