« Techno-ésotérisme », magie, histoire et imaginaire.

Montage d’images réalisé par moi même. En fond : Leonardo Da Vinci : Plans d’une machine à roues capable de soulever de lourdes charges, suivi d’un éclaté. Pentagramme, et enfin détournement de la fresque de Michel Ange par Mike Agliolo.

« Techno-Esotérisme ». À première vue, nous avons du mal à y trouver une signification. C’est du moins une association particulière entre des technologies et une vérité cachée aux yeux du monde. La technologie soulève beaucoup de questions artistiques, scientifiques et critiques. De l’automate à l’IA et de la science-fiction à la réalité, peut-on finalement parler de pouvoir « magiques » que s’octroient les humains pour dépasser les horizons du possible ? Derrière la machine se cache l’humain, mais derrière l’humain se cache une vérité indéniable : L’homme est dans la course du progrès. Mais sait-il seulement ce que le futur lui réserve ?

Je vais vous parler d’ésotérisme, mais aussi de magie, de technologie, de fiction, de religion/cultes. On remarque que c’est le fantasme que l’on retrouve dans la plupart des films de science-fiction : Quand La technologie dépasse l’humanité, comme le dit Einstein, si bien que nous en sommes esclaves, ou que nous la vénérons. Est-ce le divin qui s’introduit dans le progrès technologique ? Est-ce l’avancée scientifique et robotique qui fait aujourd’hui office de magie ? Qu’est-ce que le techno-ésotérisme et pourquoi associer la magie avec la technologie ?

Qu’est-ce que l’ésotérisme avant le techno-ésotérisme ?

L’ésotérisme est une discipline sacrée née à travers l’histoire et la création des sociétés religieuses. Il s’agit d’initiations, des transferts de connaissances secrètes et spirituelles, uniquement de maître à élève. Il peut aussi être sectaire, car lorsqu’on lit ses définitions, on pense aussi à une secte. Mais si c’est vraiment le cas, alors la plupart des religions sont des sectes. Son contraire est l’exotérisme, ou l’enseignement est destiné à ceux qui le souhaitent, il s’ouvre donc au peuple sous une dimension plus libre et profane. 

Esotérisme viens du grec ancien « esoteros », qui signifie intérieur, car la pratique ésotérique doit rester secrète, interne, intime. Exotérisme du grec ancien « exo » qui évidemment signifie extérieur. Les exotériques ne sont pas des initiés officiels, on peut les qualifier de simples participants.

Certains cultes ésotériques sont issus des religions « dominantes ». Elles ont inventées d’autres possibilités de croyances divines, et leurs disciples croient à des réalités alternées dans les récits de leurs cultes. Parmi ces groupes, on retrouve la « Kabbale » dans le judaïsme, la « gnose » chrétienne et le Soufisme islamique. Le Taoïsme est aussi considéré comme étant à la base ésotérique.

Parallèlement l’ésotérisme se rapproche d’une vérité cachée qui doit être seulement appréhendée par une initiation. Il est aussi associé à la sorcellerie, l’occultisme, voire la magie. Pas la magie avec les tours de magiciens non, la magie en tant qu’énergie à laquelle on ajoute force mystique, croyance et monde non visible. Le tarot, la lecture dans les lignes de la main, la voyance, les rituels, le fait de parler aux esprits, sont par exemple des pratiques ésotériques, mais dirigées vers l’occulte.

« Mithras et le taureau », fresque du temple de Mithras, Marino, Italy, 2-nd AD. Le culte de Mithras, ancien culte à mystères du IIème siècle Av. J-C au IIIème siècle Av. J-C.

Je pense d’ailleurs qu’il est possible d’avoir son propre ésotérisme, sa propre vision des choses, ses rites, comme se réfugier dans l’art, la musique, l’expression. Et tout cela est possible avec les technologies. Le festival Gamerz parle de techno-ésotérisme pour déjouer le techno-consumérisme. Il est possible de le détourner de plusieurs façons, critiquer le marketing et l’industrie, garder ses distances mentale avec la société de consommation, tout en étant en plein dedans, détourner les objets du techno-consumérisme pour en faire une critique.

Manuella de Barros, Magie et Esotérisme, histoire et imaginaire

Manuella De Barros par UV Editions

Manuella de Barros est une philosophe, théoricienne et professeur à l’université Paris huit. Elle explique que l’imaginaire idéologique issu du passé est toujours présent, et prend la forme des techniques et technologies d’aujourd’hui. Par exemple, selon les auteurs qu’elle cite, la magie restait une science à la renaissance. Seulement à cette époque elle n’était pas utilisée pour guérir, faire souffrir ou invoquer des entités, elle allait de pair avec la manipulation mentale : elle est une je cite « connaissance de l’imaginaire subjectif des personnes », elle restait donc un mécanisme d’influence. [On retrouve cette idée de magie dans Métropolis, avec le transfert de la pensée d’une femme dans une figure féminine et robotisée pour pouvoir manipuler la pensée d’autrui.]

Les automates, ancêtres des robots, débuts de la « magie de la machine »

C’est là que Manuella introduit l’ancêtre du robot, l’automate, issu lui-même des mécanismes d’horlogeries. Jacques de Vaucanson par exemple avait déjà à l’époque l’idée d’un « androïde primitif », un automate articulé sous le modèle de l’être humain, à partir de fluides ; des mouvement dans le corps, pour créer d’autres mouvements. L’automate est faux, certes, il reproduit faits et gestes du vivant, mais il fascine, interroge, et conduit à une évolution technologique, où l’on peut retrouver ce fantasme de créer quelque chose qui nous dépasse.

Jacques de Vaucanson et son « canard mécanique ».

De Léonard De Vinci à Deep Blue

Dans « Magie et Esotérisme, Manuella De Barros évoque d’autres figures du début de la « magie des machines » avec Léonard de Vinci, artiste, scientifique et chercheur en mécanique qui questionne : « Comment l’art peut appeler au débat, Science créatrice de notre environnement ». Il y’à également Johan Von Kempelen qui en 1770 va inventer le « joueur d’échecs », un « turc mécanique » qui aurait la faculté de jouer aux échecs mais qui finalement est animé par un être humain qui se cache dans la machine. Une supercherie qui n’empêche marque le début de la croyance qu’un automate pourra un jour jouer aux échecs avec un humain, et c’est ce qu’on retrouve plus tard avec l’ordinateur Deep Blue qui, munit d’une puissante capacité de calcul, arrive à vaincre le champion Garry Kasparov en 1996.

Deep Blue gagnant contre Garry Kasparov en 1996. Crédits : Peter Morgan/Reuters

Le « nécrophone », une machine qui devait permettre à Thomas Edison de communiquer avec le monde des morts.

Thomas Edison inventait le phonographe en 1877. Il s’agit d’un appareil qui permettait de reproduire du son par de la pure mécanique, mais il pensait également à un appareil que l’on pourrait nommer « un Nécrophone ». Cet appareil élaboré en 1878 était censé pouvoir communiquer avec le monde des morts et des esprits selon un principe théosophique (fondé en 1875 par Henry Olcott et Helena Blavatsky) qui est que l’âme de l’homme ne meurt jamais, et qu’elle reste prisonnière du monde vivant pendant une durée indéterminée. Il y’avait aussi la théorie cellulaire (par le botaniste Matthias Jakob Schleiden et l’histologiste Theodor Schwann en 1839) qui soutient que l’âme est constituée de millions d’entités microscopiques et vivantes et qu’elles pourraient regrouper la mémoire et la personne de l’individu décédé. Elle se situerait dans une zone du cerveau qu’il appelle le « siège de l’âme ». Cette machine capable de communiquer avec les morts demeure depuis toujours inachevée et fait selon-moi partie des artefacts oubliés du techno-ésotérisme.

Thomas Edison et le « Nécrophone ». Entre 1870 et 1880.
MATHEW BRADY/LIBRARY OF CONGRESS

Quelque figures et concepts de « Magie et Esotérisme » par Manuella De Barros : 

Science-Fiction, Unheimlich, de Deep Blue à Bina 48.

Les auteurs de science-fiction comme Isaac Asimov, Philippe K-Dick et George Orwell se sont dirigés, par leur récits, vers une concrétisation fictive de la robotique par l’invention de règles des robots, les détournements des règles, et les machines amies ou ennemies. Le test de Turing inventé par Alan Turing en 1950 est également un début de la méfiance vis-à-vis de robots contrôlés par des humains. Au fond, ce ne sont pas les robots le danger, mais les humains qui les manipulent. La magie pour les enfants opère quand l’humain manipule la marionnette, mais qu’en sera-t-il pour une autre forme de magie, ou la marionnette sera manipulée par elle-même ?

Manuella de Barros : « La Machine schizophrène est la seule à réussir à passer le test de Turing » C’est cela qui soulève cette question fondamentale : « Que cela veut dire être un humain pour les androïdes. » Le film « Blade runner » de Ridley Scott pousse la question de l’être humain à son extrême avec la création d’une nouvelle espèce : des « cyborgs, hyperréalistes.»

L’inquiétante étrangeté dans le cadre de la robotique est l’inconfort face à des machines dont on à tenter de faire ressembler aux humains. Cet Unheimlich, On le retrouve dans toute interaction entre humains et robots, surtout quand le robot ressemble à l’humain. Bina 48 peut en être l’exemple : C’est un robot communicationnel. Elle est le résultat d’une « transposition » de la personnalité de la compagne de martine Rothblatt : Bina Rothblatt. L’idée fondamentale est de développer un personnage robotique, mais constitué seulement d’un buste et du visage.

Buste de Bina 48, avant et arrière.

Citations :

« L’immortalité est accomplie lorsque la conscience est dupliquée dans des machines, qui ensuite vont être distribuées dans le cosmos pour l’éternité. » (Oui, Bina 48, mais avec quelle énergie). Bina 48 Lors d’un entretien avec Bina Rothblatt.

Martine Rothblatt : « Après notre mort, nous vivrons sous la forme d’êtres digitaux. C’est technologiquement inéluctable »

Descartes : « Le langage de la folie ne pourra jamais être reproduite par une machine »

« Le pire serait de laisser la science aux seuls scientifiques. Parce que la science est évidemment créatrice, créatrice de monde, de notre environnement, de notre culture. Elle est aujourd’hui un tenant extrêmement fort, seulement, il faut aussi que des philosophes, artistes, penseurs, chercheurs et créateurs de tous les bords s’emparent de cette « science », car il manque à cette dernière une dimension politique. La politique doit appartenir à tout le monde, et pas qu’aux scientifiques. » Manuella de Barros, pour mooc digital paris, pour la sortie de son livre magie et technologie, Mai 2017.

Il y’a donc un déplacement de l’idéologie, au départ basé sur la fascination de la nature et aujourd’hui qui se transforme et évolue, avec l’aide des machines, de la technologie, ou de la « magie », et tout devient alors possible.

En conclusion j’aimerais dire que l’être humain déborde d’imagination, de croyances, de peur …et d’instinct de création. Il est aussi un des seuls à avoir évolué de lui-même, (il a fait évoluer sa manière de vivre avec les technologies) et face à lui-même. Au-delà d’une tentative de fabriquer des liens, des communautés, des sociétés, des civilisations d’abord par la technique, le vivre-ensemble, puis la religion, l’art et son questionnement, et finalement le progrès, L’humain seul, se parle à lui-même, se cherche, s’identifie. L’ésotérisme est une discipline qui existe depuis des millénaires, et encore aujourd’hui sous forme de rituels qui rassemblent spiritualité et croyance, tout en restant positifs. Nous avons pu voir que la fiction est non seulement ce qui nous permet d’inventer des choses nouvelles qui proviennent de l’esprit, mais aussi à supposer le futur de notre espèce en fouillant parmi la réalité du présent, et ce, par la science-fiction.

Enfin, comme l’homme est un créateur, et que lui-même a été créé par une force naturelle, il va non seulement fabriquer des choses qui vont lui être utile, mais il va surtout vouloir créer d’autres répliques physiques de lui mêmes. Du point de vue métaphysique/ésotérique, veut-il devenir lui-même « dieu », ou construit-il des machines immortelles pour qu’elles puissent prendre soin de lui ? Tandis que d’autres humains veulent devenir immortels.

Nicolas Guillou, Etudiant en Master 2 de création numérique à l’université d’Aix Marseille.

Bibliographie :

https://www.mediumpurevoyance.com/esoterisme.html

http://www.festival-gamerz.com/gamerz13/#edito

https://www.cairn.info/feuilleter.php?ID_ARTICLE=DBU_ODIN_2000_01_0009

https://moocdigital.paris/cours/magie-technologie/magie-technologie

https://moocdigital.paris/index.php/cours/magie-technologie/robots-penseront-ils

http://symbolinks.com/la-divine-matrice.html

https://mitpress.mit.edu/books/technological-virtual-art

http://www.ekklesia.pro/2019/03/japon-apostasie-une-deesse-robotique-creer-pour-precher-les-enseignements-bouddhistes-et-interagir-avec-les-humains.html

https://www.la-croix.com/Religion/nouvelle-religion-fondee-lintelligence-artificielle-suscite-inquietudes-2017-10-05-1200882222

Une intelligence artificielle permet de prédire l’avenir à moyen terme

https://dl.acm.org/doi/10.1145/3375627.3375855

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