Corps de femmes et Computer Grrls : Pression de normalisation dans un paysage technologique de plus en plus uniformisé ?

Affiche de l’exposition « Computer Grrrls », 2019

En mars 2019, la Gaité lyrique qui est depuis 2010 un Centre d’Arts Numérique et de Musique électronique situé à Paris a présenté l’exposition Computer Grrrls, co produite avec le Hartware Medien KunstVerein de Dortmund en Allemagne, qui se consacre à l’Art Médiatique Contemporain. 

L’exposition Computer Grrrls regroupe vingt-huit oeuvres de vingt-trois artistes et collectifs contemporains différents qui revisitent l’histoire des femmes et des machines et esquissent des scénarios pour un futur plus inclusif, dans le monde de l’informatique. À travers le regard de ces artistes, l’exposition aborde une série élargie de sujets comme la place des minorités sur Internet, les dangers d’une intelligence artificielle confiée aux hommes blancs, ou le sexisme d’internet, et propose des pistes pour changer nos regards. Les oeuvres présentées sont polymorphes : vidéo, installations, réalité virtuelle, modélisation et impression 3D, dessins… Cette pluralité des médiums et des approches permet d’approfondir des réflexions sur les stéréotypes masculin / féminin et sur le corps, naturel ou artificiel sur Internet. Ces oeuvres établissent des connexions entre notre époque et celle des débuts de l’informatique et nous invite surtout à découvrir ou à redécouvrir, la place considérable que les femmes tenaient dans l’informatique durant les années 1960. 

Un article du magazine féminin Cosmopolitan de 1967 témoigne de cette importance et présente le secteur de l’informatique comme favorable pour les femmes. Le titre de l’exposition Computer Grrrls fait référence à cet article ainsi qu’au Riot Grrrls, un mouvement féministe du début des années 90 qui militait pour la présence des femmes sur la scène punk américaine. 

L’exposition met également en avant plusieurs chiffres qui donnent le tournis. En 1986, 37% des étudiants en sciences de l’informatique étaient de sexe féminin. Dans les années 1950, les femmes représentaient entre 30 et 50% des effectifs. Et aujourd’hui, d’après une enquête menée par le magazine Wired, seuls 12% des leaders dans le domaine du machine learning sont des femmes.

Erica Scourti, ​Body Scan 2014, installation à HeK Basel, Suisse

Parmi ces installations, Erica Scourti nous présente sa vidéo « Body Scan » de 2014 qui mêle les nouvelles technologies à la représentation du corps de la femme et nous fait nous interroger sur les types d’images du corps de la femme que nous renvoie internet. Le titre de l’oeuvre « Body Scan » évoque les systèmes de reconnaissance par biométrie. 

Dans cette vidéo, c’est comme si l’artiste menait l’enquête puisqu’elle confie des photographies de son propre corps (qu’elle a photographié avec son iPhone) à une application chargée de créer des liens avec d’autres contenus disponibles sur le web. Erica Scourti s’intéresses aux effets corporels de la connexion constante à la technologie, à la capture d’écran, à la fois en tant qu’enregistrement et en tant que résultat d’un geste incarné et ressenti qui nécessite une coordination physique main-oeil. L’artiste commente ses recherches en voix off et nous montre les résultats qui donnent des associations parfois absurdes, comme une photo de sa bouche connectée à une photo de Christina Aguilera ou encore, son corps comparé à tous ceux disponibles sur Internet. Chaque aspect de son physique se fait analyser, scanner par des algorithmes et Internet propose de manière récurrente des façons d’améliorer d’une façon ou d’une autre des parties de son corps. Ces résultats révèlent la pression de normalisation exercée sur le corps des femmes. 

In fine, Computer Grrrls intrigue, surprend, dérange et suscite de nombreuses interrogations sur le monde numérique et le chemin que les femmes et minorités ont toujours tenté de s’y frayer. Ces artistes, femmes, sont directement concernées par le regard qu’elle portent sur la place des femmes dans l’informatique et son histoire. Alors… Ordinateur ou ordinatrice ? 

Antonin Fourneau et Douglas Stanley – ENIAROF

Eniarof qui veut dire foraine à l’envers pour fête foraine est un festival créé par Antonin Fourneau et Douglas Stanley, dont le principe est d’inviter des créateurs à réaliser en un temps très court des attractions qui mélangent bricolage et dispositif numérique. Ces attractions sont des jeux qui à la fin du temps de création sont testés par le public.

Vidéo – Présentation du festival

Il existe un dogme écrit par Antonin Fourneau qui doit être respecté à la lettre afin que le festival se déroule dans les meilleures conditions, il n’y a pas de triche possible. Ce dogme a été écrit pour que d’autres s’emparent du concept d’Eniarof. Il est possible de faire soi même un Eniarof si le coeur nous en dit.

Il y a tout un processus de création que les deux artistes ont mis en place afin d’éviter le « syndrome de la page blanche ». Ce processus consiste à piocher plusieurs cartes (culturelle, technique, managériale, temporelle) qui vont poser les bases de notre réflexion. Par exemple : Manette, Sous-marin et Danser. À partir de ces mots, les artistes vont devoir créer une attraction, tout en suivant les préceptes du dogme.

Les attractions doivent être réalisées en peu de temps et avec peu de moyens. Elles sont destinées à évoluer, à se casser, se reconstruire etc…
Bien souvent quand on pense à un dispositif numérique, on s’attend à être face à des réalisations possédant de belles finitions, mais Eniarof prône le Do-It-Yourself et cette idée de bricolage.

Vidéo – Présentation du processus de création

Eniarof_AntoninFourneau_workshop_makery.jpg

Antonin Fourneau et Douglas Stanley en créant Eniarof ont eu la volonté de montrer une autre facette du numérique et de créer une nouvelle forme d’exposition qui n’en serait pas une. Ils ont souhaité sortir du coté muséal froid pour en faire quelque chose de ludique et mettre le public en scène transformant alors le rapport objet/regardeur/spectateur. Les gens deviennent des joueurs, des participants et vont actionner et être actionnés par les attractions. Il y a aussi l’idée de faire les attractions à plusieurs, d’avoir un public et de se mettre en scène.

La fête foraine était un endroit où des choses étranges et trop nouvelles pour être comprises pouvaient se rencontrer. Les deux artistes souhaitent revenir sur cette notion afin de décloisonner et croiser différentes formes qui vont de l’art à plusieurs formes culturelles.

Eniarof c’est un festival qui vient soulever de nombreuses problématiques comme par exemple la notion d’interaction et du ludique dans l’art; souvent les oeuvres ludiques possèdent moins de crédibilité en tant «  qu’oeuvres d’arts ».
Mais c’est aussi un festival qui vient requestionner notre rapport au numérique comme nous avons l’habitude de l’imaginer et de l’appréhender.

Finalement Eniarof c’est plein de chose à la fois, comme l’était une fête foraine autrefois.

eniarof2

Viridis, la ferme à spiruline

Viridis est une oeuvre réalisée par Gaspard et Sandra Bébié-Valéria. Leur travail regroupe réalité, fiction, virtualité. Il s’agit ici d’une installation qui propose une oeuvre collective et un « jeu-vidéo écologique », ou le joueur s’engage dans la construction d’une unité virtuelle de production de spiruline. La spiruline est une algue aux vertus nombreuses. Le jeu implique de ses différents participants qu’ils s’assurent régulièrement de la maintenance de la ferme et du suivi des différentes étapes de production. Simultanément et dans le réel, la ferme sera connectée à internet et pilotée par l’intermédiaire du jeu-vidéo (ex: farme ville). Elle sera ainsi directement dépendante des actions entreprises sur internet. Cette réalisation n’est pas qu’un exercice de simulation, elle connecte chacune des actions virtuelles à une entreprise concrète. Elle remet également en jeu les problématiques économiques de la production artistique et détourne dans une dynamique critique le virtual management distancié.

viridis_veritable Lire la suite

« Traces photographiques, traces autobiographiques » Danièle Méaux et Jean-Bernard Vray

Danièle Méaux et Jean-Bernard Vray, Traces photographiques, traces autobiographiques. Saint-Etienne, Publications de l’Université de Saint-Etienne (Jean Monnet),

Le présent ouvrage à été rédigé à la suite d’un colloque organisé à Amiens en 2003 durant lequel étaient présents nombreux artistes et auteurs sur la photographie. Ce livre qui laisse une trace écrite de ce colloque est composé exactement de la même manière que l’événement, à savoir que chacun des quatre chapitres :« la trace », « image et mise en récit », « photographies et vies intimes », « photographie et écriture autobiographique », reprend les différents actes du colloque.

Cliquez sur le lien pour avoir le programme complet du colloque!

Lire la suite

Art, développement durable et culture : une association réussie qui s’appelle COAL

ImageCOAL : Coalition pour l’art et le développement durable, est une association créée en 2008 en France. C’est une initiative d’un groupe constitué d’artistes contemporains et de professionnels du développement durable et de la recherche dont le but est de faire naitre une culture de l’écologie.

Le développement durable, l’art contemporain, la culture et l’écologie se retrouvent réunis autour d’un même et grand projet. Les créateurs de cette union cherchent à sensibiliser par l’intermédiaire de la création et espèrent un véritable changement de notre rapport à la nature.

Lire la suite