La profondeur d’image

Art et Internet‭  ‬:

Les nouvelles figures de la création de Jean-Paul Fourmentraux

Préface de Antoine Hennion

« CNRS Éditions », 2005

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Grâce aux nouvelles technologies, nous pouvons voir à distance des galeries virtuelles et des revues électroniques; nous avons aussi accès à une discothèque quasi-universelle. Ces actions n’étonnent plus personne de nos jours. Depuis la seconde moitié des années 1990, le Net art désigne ainsi les créations interactives conçues par, pour et avec le réseau Internet, par opposition aux formes d’art plus traditionnelles transférées sur le réseau.

Dans l’ouvrage Art et Internet Les nouvelles figures de la création Jean-Paul Fourmentraux précise cette nouvelle pratique artistique émergente. Jusqu’à aujourd’hui, le Net art participe à une construction collective où interviennent des artistes au travers de configurations techniques ou d’occasions sociales ritualisées. L’auteur propose une analyse minutieuse des dispositifs que le Net art met en oeuvre. Il pose ainsi des questions sur la mise en oeuvre d’art, sur la signification que peut prendre l’art numérique et sur ses formes d’exposition et de réception.

Le suivi de la conception, de la disposition et de l’exposition du Net art permet de voir se constituer des projets à dimensions multiples qui ouvrent des voies de recherche artistique et de création technologique – base de donnée, programmes, images, interfaces, dispositifs. Cet ouvrage de recherche sur la relation entre art et technologie est centré sur Internet, il présente également de nouvelles conventions de travail et d’échange culturel.

La profondeur d’image

Dans le chapitre La profondeur d’image, la création numérique pour Internet renouvelle  les modes de présence et d’appréhension de l’image qui devient de plus en plus visible sur nos écrans d’ordinateurs à mesure que leur capacité de stokage et de mémoire active s’accroît. Au début, l’image n’était qu’annexe, illustrant et habillant le texte. Peu à peu, elle s’affiche en tant que telle et elle permet, par le truchement de l’ordinateur, le déploiement de multiples régimes d’action qui vont la dépasser et la désacraliser.

« Le modèle interactif introduit par exemple la possibilité d’actions concrètes : l’image est actée et se donne autant à voir qu’à performer. Elle relève alors davantage de l’interface multicouche ou de l’espace en creux dont les localités appellent l’exploration : désacralisée, perméable et parfois même altérable, elle gagne en profondeur. » 

A travers une dimension opératoire, on peut identifier différentes formes d’action sur l’image : déployer, transporter, bifurquer dans un récit interactif, ou encore la délégation d’un calcul de requêtes dans une base de données. Bref, l’image permet une lecture de plus en plus active, manipulatoire et kinesthésique.

Les artistes recourent à différentes stragégies de « mise en scène » de l’image interactive, dans l’intention de demander au spectateur de participer au processus créatif dans ses oeuvres. Les images-interfaces du Net art mettent désormais en scène des fragments (textes ou images) opérables (support de l’action et de l’interaction), par lesquels la représentation des données et des relations qu’elles entretiennent créent les conditions d’une navigation, d’une action et de l’inscription de cette aventure au coeur de l’oeuvre d’art.

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Nuage vert
(Installation interactive visuelle,
Saint Ouen 2009)

 

La première édition de Nuage Vert a mise en lumière le nuage de vapeur émis par le centrale thermique Salmisaari en 2008 à Helsinki, Finlande, en utilisant un rayon laser vert qui en souligne les contours en temps réel. Au-delà du spectacle de la projection sur le nuage de vapeur, Nuage Vert est aussi un espace ouvert, une toile sur laquelle chacun peut projeter ses propres questions concernant notre culture de consommation d’energie.

Les artistes font intervenir les spectateurs dans cette oeuvre en modulant l’intensité des faisceaux laser par la consommation énergétique évaluée en temps réel.

 

Redigé par Su-Mei TANG

L’immersion sensorielle et relationnelle

Scenocosme : Grégory Lasserre & Anaïs met den Ancxt

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Scenocosme est un duo artistique, composé de Grégory Lasser (Cursus master multimédia) et d’Anaïs met den Ancxt (cursus beaux arts.) Ils vivent en région Rhône-Alpes en France. Ces artistes basent leurs créations sur un mélange mesuré et mélodieux d’art visuels, technologiques et auditifs, tout en y intégrant une dimension interactive. Cette dimension sublime leur expression pluridisciplinaire qui englobe l’espace, le spectateur et la technologie, les inscrivants de cette manière dans la lignée des artistes technoromantiques : installations interactives, art plastique, art numérique, art sonore, performances collectives etc.

“ La nature nous s’inspire, et puis, pourquoi est-ce que nous travaillons dans l’art numérique ?  Parce qu’aujourd’hui grâce à ces outils là, il y a vraiment tout à inventer en termes de création et nous, on utilise vraiment les objets technologiques pour les détourner de ce pourquoi ils sont fait.’’ — Scenocosme
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Akousmaflore (Végétaux musicaux sensibles et interactifs)

Ils détournent diverses technologies pour créer des oeuvres d’art contemporaines. Ils développent la notion d’interactivité, par laquelle l’œuvre existe et évolue grâce aux relations corporelles et sociales des spectateurs. Ils réalisent d’étonnantes hybridations entre technologies et éléments vivants ou naturels (végétaux, humains, eau, bois, pierres). La plupart de leurs oeuvres interactives perçoivent diverses relations invisibles entre les corps et l’environnement. Ils rendent sensibles les variations énergétiques infimes des êtres-vivants en proposant des mises en scène interactives où les spectateurs partagent des expériences sensorielles extraordinaires.

Ne serait-il pas plus passionnant que ce soit au spectateur de co-créer avec l’artiste?

Akousmaflore est un jardin composé de véritables plantes musicales réactives à nos frôlements. Chaque plante s’éveille au moindre contact humain par un langage, un caractère sonore. Sensibles à notre énergie électrostatique, les plantes réagissent au toucher et à notre proximité. Ainsi, lorsque les spectateurs les caressent ou les effleurent, celles-ci se mettent à chanter.

Une expérience sensorielle qui questionne nos relations énergétiques avec les êtres vivants.

Le travail des deux artistes mêle les approches différentes d’un questionnement qui reste scientifique, au domaine de la création, et de l’humour, démarche beaucoup plus artistique. « Dans la continuité de notre territoire de recherche et d’action -le design de l’invisible- notre démarche se poursuit avec la volonté d’animer ce qui échappe à notre perception. En mêlant réalité et imaginaire, une expérience sensorielle qui questionne nos relations énergétiques avec les êtres vivants. »

Cette nouvelle alliance entre art et technologie permet en outre de convoquer trois sens chez le spectateur, qui ne se contente plus de l’aspect visuel, mais introduit également le plaisir du toucher et de l’ouïe.

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Métamorphy est une oeuvre interactive, visuelle et sonore. Les spectateurs sont invités a toucher et explorer la profondeur du voile semi-transparent de l’installation. Cette peau symbolique possède une élasticité qui s’inscrit dans le processus de la métamorphose : elle se déforme lorsque le spectateur la touche, et reprend sa rigidité lorsqu’il la relâche. Chaque appui de la main en révèle des profondeurs différentes. L’exploration de ses différentes couches en profondeur révèle l’intimité d’un univers imaginaire. Les matières visuelles et sonores évoquent des univers profonds, méditatifs, à travers des substances organiques, liquides ou incandescentes.

Dans le cadre du mouvement futuriste, le compositeur Luigi Russolo publie en 1913 L’art des bruits. Russolo dénonce l’épuisement des répertoires classique et romantique et prône le retour aux sons de la nature, aux bruits des villes et des machines. Ensuite, la pièce 4’33 » composé par John Cage choquera avec ses concerts silencieux, qui sont en fait constitués de sons de l’environnement que les auditeurs entendent lorsqu’il les interprète. Il a ouvert la porte de l’interaction.

La présence sonore répétitive dans les oeuvres de Scenocosme rappelle les debuts de l’art en lien avec la musique. La nouvelle dimension du Scenocosme est donc des plus intéressante, donnant un nouveau degré au lien entre art et musique.

Article rédigé par Su-Mei TANG

Mark Lombardi : Artiste provocateur

Dans ma recherche j’ai toujours fais appel au travail de Mark LOMBARDI, son travail m’a toujours fasciné par la complexité technique de ses dessins mais aussi par les questions qu’ils se posent.

Nous sommes face à un artiste qui a causé une controverse : Mark Lombardi. Ce dernier est reconnu pour notamment sa production de dessins complexes, où des informations pourtant toutes publiées et donc publiques sont ordonnées et agencées, afin de rendre compte d’une vision de la société, à laquelle le spectateur appartient inconsciemment.

Ces productions donnent à voir et à lire une réalité parfois difficile à croire au public. Dans cet écrit, nous allons découvrir quelles ont été les motivations qui ont conduit Mark Lombardi à choisir comme objet de travail voire comme problématique : l’information. Ensuite, nous tenterons de définir, si nous sommes face à un artiste, un chercheur, un lanceur d’alertes ou un conspirateur.

Ce que l’on sait sur Mark Lombardi.

Mark Lombardi, est né à Syracuse (New York) en 1951 et se suicida le 22 mars 2000 à New York, Williamsburg (Brooklyn). Il obtient un diplôme en Histoire de l’Art à l’Université de Syracuse en 1974. Puis, il est recruté par Jim Harithas, directeur du Musée d’Art contemporain de Houston, comme assistant-commissaire d’exposition et assistant galeriste. En 1995, il devient par ailleurs bibliothécaire en charge du fonds d’Art de la Bibliothèque municipale de New-York. Après l’acquisition de la Square One Gallery à New-York, dont il devient le directeur. Il en créa une seconde : Lombardi’s Gallery à New-York. Parallèlement il continue son travail d’artiste. En 1994 un changement survient, il abandonne le style Neo-Geo*, auquel il se consacrait et se tourne vers une voie plus personnelle. Cette dernière radicalement originale consiste à retranscrire sur des feuilles de papier de grand format des graphes sagittaux montrant les liens complexes et nombreux entre les mondes politiques et financiers de grandes dans ce qui appelées les « Grandes Affaires » marquant la société industrielle moderne. Ainsi apparaissent des relations, où peuvent se croiser le Vatican et sa banque avec la Mafia sicilienne par exemple. Lombardi toucha aussi des sujets plus délicats comme par exemple les liens stratégiques entre les familles Bush et Ben Laden autour de James Reynolds Bath.

Son œuvre : Sa méthode.

Grâce son expérience de bibliothécaire, Lombardi a conservé une habitude taxinomique et sa curieuse façon d’empiler l’information et de l’organiser. Il en tire une capacité à rendre intelligible cette somme d’informations. Ses proches, notamment le galeriste Deven Or, décrivent comment Lombardi prenait des notes sur tout car obsédé par l’information. À la fin de sa vie, on a retrouvé plus de 14 000 fiches personnelles archivées dans des boites en carton.

Cette information était ensuite traitée et représentée par Lombardi à l’aide de points reliés entre eux par des flèches. Y figurent des noms, des versements et des événements qui se croisent sur un axe sagittal. Ces graphes ainsi créés prenaient la forme de vastes sphères ou de treillis ovales et furent parfois comparés à des cosmogonies aristotéliciennes ou médiévales. Lombardi n’envisageait pas que ses croquis puissent réellement devenir des œuvres d’art. En effet pour lui, ils étaient conçus comme des moyens de travailler sur les connexions et les nœuds tout en se préparant à écrire « peut-être » des histoires ou des articles à leur sujet. Lors d’un entretien, Lombardi affirme qu’il tentait d’organiser l’information faisant sens pour lui, il créa donc des réseaux sociaux.

Dans une déclaration pour un spectacle à la fin des années 90, Mark Lombardi parle de son travail :

“…Mon but est d’interpréter à travers le matériel en juxtaposant et en assemblant toutes ces notations dans un tout unifié et cohérent. Dans certains cas, j‘utilise un ensemble de lignes parallèles empilées et j’établie un calendrier. Les relations hiérarchiques, la circulation de l’argent et d’autres détails clés sont ensuite indiqués par un système de flèches rayonnantes, de lignes brisées et ainsi de suite. Certains dessins sont constitués de deux couches différentes d’informations, une notée en noir, l’autre en rouge. La première représente les éléments essentiels de l’histoire, tandis que la seconde indique les grands procès, les inculpations pénales ou autres actions en justice intentées contre les parties. Chaque déclaration de faits ou de connexions représentées dans le travail est vraie et basée sur l’information tirée entièrement du dossier public.”

 

Ses productions

lombardi-07World mafia, 1994

Dans ce dessin par exemple, Lombardi a créé une ligne de temps, se déplaçant de gauche à droite, couvrant cinquante ans de la criminalité organisée à Chicago en commençant par Al Capone à gauche. Ensuite il suit le réseau de ses associés et montre comment évoluent leurs activités de contrebande, de racket et de jeux. Enfin comment ils sont parvenus à s’étendre dans d’autres grandes villes, en prenant le contrôle des secteurs du jeu, de la prostitution et du blanchiment d’argent.

c51m2la3mapMark Lombardi, George W. Bush, Harken Energy, and Jackson Stephens, c. 1979-90 (fifth version), 1999, graphite on paper, 24 1/8 Å~ 48 1/4″

Ce dessin intitulé : George W. Bush, Harken Energy, and Jackson Stephens, c. 1979-90 (fifth version), publié en 1999, est celui qui créa la controverse. Lombardi y narre et y représente une histoire à propos de George W. Bush, à l’époque gouverneur du Texas. Ce dernier, créa une société d’énergie, où figurent les noms d’au moins 50 familles d’investisseurs. Un peu plus tard, cette société n’étant plus rentable, elle est rapidement vendue causant d’importantes pertes d’argents mais suscitant aussi une suspicion de détournement d’argents. Un autre fait est saillant, le nom de la famille Ben Laden apparaît dans le graphe, Lombardi met donc à nu et représente juste ces liens et donne à lire une histoire difficile à croire. C’est suite au rendu public de ce dessin, que Mark Lombardi fut qualifié de « conspirateur », ce qui conduisit le FBI à vouloir confisquer ce dessin et à le retirer du MOMA.

Conspiration ?

En 2003, un écrivain du New York Times a mentionné la conspiration dans le titre de un article consacré au travail de Mark Lombardi. Pourtant la théorie du complot est heureusement absente de son œuvre. Comme le note l’historien Robert Hobbs, « Lombardi fait lui-même la lumière de l’idée ». Le travail de Lombardi n’a pas été “injustement négligée » en soi, mais on commence seulement à comprendre en quoi sa contribution est importante. Suite à son décès prématuré en 2000, ses travaux ont connu un renouveau dans le cadre d’une exposition en 2003 organisée Robert Hobbs. En quelques années seulement depuis ses expositions à la fin des années 90, le public s’est considérablement élargi, peut-être en partie en raison de la prise de conscience et de la diffusion des notions d’interactions comme de réseaux par le public. D’une part, les nouvelles du soir aux Etats-Unis parlaient et parlent volontiers de « réseaux terroristes » et des associations libres de personnes à l’échelle mondiale. D’autre part, les réseaux sociaux ont grandi et sont devenus parties prenantes du quotidien avec MySpace et Friendster à l’époque et encore plus avec l’avènement d’outils tels Facebook et autres. L’idée de lier et de concevoir quiconque à son réseau d’interrelations et d’interactions est entendue maintenant et paraît normale. Le travail de Lombardi encapsule deux thèmes très importants pour l’avenir du design. Le premier : nous devons maintenir une vision humaniste des données, en nous fondant sur nos propres facultés de raconter une histoire et en nous opposant ainsi à une démarche froide ayant cours actuellement le Big Data. Le second est la construction du discours autour de ces données, qu’il s’agit d’améliorer afin de rendre explicite nos démarches et donc nos œuvres.

Au cours des dernières années, la visualisation de données a été au centre d’un nombre toujours croissant d’expositions au sein de la communauté du design. D’une part, cela correspond à une progression naturelle, notamment en raison des progrès comme de la diffusion des techniques et méthodes de traitements, d’analyses et de représentations de l’information et des données. D’autre part, la visualisation de données existe comme une esthétique émergente qui repose sur des schémas et des images visuelles complexes. Notre rôle d’artiste et/ou de designer n’est-il pas de questionner la société à leur endroit ?

Dans le cas de Lombardi, même ses premières esquisses sont informatives, car ils montrent un processus de pensée fondamentalement humain. Il essaie et réussi à tirer l’histoire de la masse de données et d’informations qu’il avait recueillie. Ceci est à l’opposé de nombreuses approches numériques qui commencent par une masse de données, suivie par une tentative souvent échoué à la simplifier en tentant d’en trouver des structures comme le Big Data par exemple. Dans le cadre de la recherche pour ses dessins, Lombardi a assemblé 14 000 fiches, qui font maintenant partie de la collection permanente du Musée d’Art Moderne de New York. Chaque fiche fait référence une personne ou une autre entité. Il savait qu’il devait faire la synthèse de ces informations en quelque chose d’utile. Souvent, le recours aux machines n’a pour objectif que de réaliser un classement, une classification de ces informations et de ces données. Ces dernières seraient donc le résultat, alors que le cœur de notre travail demeure et demeurera leurs interprétations afin d’en tirer une synthèse intelligible, explicite et compréhensible.

En effet, la notion de synthèse s’appuie étymologiquement sur les mots grec et latin : sunthesis et synthesis, “à placer ensemble”, est une tâche fondamentalement humaine définie comme : «Méthode de raisonnement, démarche de l’esprit qui va des notions ou des propositions les plus simples aux plus complexes » d’après le Trésor de la Langue Française informatisé. Cette capacité est ce qui nous distingue notoirement des approches actuelles uniquement fondées sur les algorithmes et le numérique (Google, Big Data…). En effet, n’oublions pas que ces outils comme la visualisation n’ont pour objectifs que de donner à voir des cartes d’index. Ceci ne sera jamais accepté, espérons-le, dans le domaine de l’écriture, par exemple. Quel auteur ferait appel à l’ordinateur pour organiser leurs notes et de produire une histoire finie ? Pour autant ces outils peuvent faciliter la compréhension de l’information, objectif au combien difficile et les parties les plus difficiles comptent sur la réflexion et la concentration, qui représentent la marque du travail de Mark Lombardi. En conclusion, les dessins de Lombardi ont le pied sur la fine ligne de l’information et de l’esthétique, mais encore plus important, ses projets nous ouvrent les yeux sur la possibilité et la profondeur à travers laquelle on peut comprendre des informations complexes.

Redigé par Marisol OCHOA
BIBLIOGRAPHIE
Mark Lombardi, artiste conspirateur. Documentaire, ARTE 2011.
Networks of Corruption: The Aesthetics of Mark Lombardi.s Relational
Diagrams (Jakub Zdebik), In RACAR Revue d’art canadienne / Canadian Art
Review, volume 36, 2011.
Mark Lombardi’s « Narrative Structures »: The Visibility of the Network and the
New Global Order (Jessica M. Law), Master’s thesis, Ohio University, 2012.

Martin HOWSE

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De nombreux questionnements relatifs à nos liens avec la Nature et notre environnement traversent l’ensemble des pans des réflexions sociales et sociétales. Les mondes scientifique et de la recherche connaissent un engouement certain tout comme les sphères journalistiques, médiatiques ou encore civiles. Un artiste britannique, Martin Howse, s’interroge sur cette thématique.

Ses travaux sont reconnus pour ses explorations de l’art médiatique, du « Land Art » et de l’informatique. Il postule que ces trois sphères seraient liées voire connectées et tente de le montrer en les croisant concomitamment afin d’identifier leurs transmissions respectives et mutuelles. Ainsi il testerait les liens entretenus entre l’Homme et la Nature. Son approche repose sur l’expérimentation de connexions directes de celle-ci à son média, l’outil informatique, qui lui permettrait par conséquent d’être connecté lui-aussi.

Par exemple dans un documentaire télévisuel lui étant dédié et diffusé par la chaîne ARTE (09/10/2012), Martin Howse explique vouloir entendre la Terre de la manière la plus première et la plus pure. À cette fin, on le voit brancher un ordinateur au sol et donc à la Terre. En outre, les sons identifiés sont enregistrés et réutilisés lors de performances notamment sonores.

Martin Howse explique vouloir répondre au besoin de si ce n’est de communiquer avec à la Nature mais au moins de s’en rapprocher. Cependant il n’explique que peu ce qu’il considère comme naturel. Par ailleurs, on entrevoie difficilement comment il interagit dans un dialogue conscient avec la Nature.

Sur un autre point, pour l’artiste, la Nature représenterait la réalité et s’opposerait à la virtualité, ici le numérique. Cette opposition entre réel et virtuel semble acquise mais n’est nullement explicitée.

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Aussi par ses travaux, Martin Howse s’empare de ces dimensions sociales et sociétales pour, par et dans son art, il remplie ainsi  un des objectif de l’Art. Si on peut toutefois s’interroger sur sa portée, il n’en demeure pas moins que son travail semble faire public. Par ailleurs, sa démarche repose sur l’expérimentation et l’enquête, définissant son travail comme une œuvre artistique. Ainsi, Martin Howse intègre pleinement la sphère artistique. Cependant pour certains il semble sujet à controverse, notamment en raison d’un autre trait de son travail : la collecte et le recueil de déchets tout comme leur réutilisation dans ses productions. Ce mode de travail semble pourtant reconnu comme en atteste les travaux de Niki de Saint Phalle, Tom Deininger, Mary Ellen Croteau, Steven Siegel…

Une idée est sous-jacente aux travaux de Martin Howse, notre éloignement au naturel, il serait à l’œuvre pour donner place aux médias et à la technologie, dont l’emprise serait toujours plus présente voire pressante. En effet, l’essor et le poids des technologies numériques dans l’activité humaine et dans sa gestion ne peuvent être remis en question avec une connectivité omniprésente et les recours à la technologie et à la technique permanents. Par exemple, on peut citer le trading hautes-fréquence ou encore l’intelligence artificielle. En fait, on note de plus une opposition en réel et virtuel, liée à l’emprise des technologies notamment de l’information adossées à l’outil numérique. L’Art serait tout autant touché et cette situation est décrite dans l’ouvrage L’art au risque de la technologie – Les appareils à l’œuvre (vol1), de Pascal Krajewski. Il énonce : « le monde s’appareille et la technologie s’insinue par tous les pores… L’art n’est pas resté à l’abri de cette invasion. Les œuvres demeurent dynamiques, interactives, algorithmiques, instables. »

Dans ce volume, Karejewsky se projette sur les temps de la création de l’œuvre et de son existence comme objet. Ainsi, on pose la question de la mutation de l’œuvre artistique. Si on peut supposer qu’une de ses qualités intrinsèques est sa stabilité, l’auteur la questionne. À partir de là, peut-on poser la question de la pérennité de l’œuvre artistique ? Si tel est le cas, on peut questionner tout autant la démarche artistique l’ayant permise ? Ces questions montrent que des questionnements majeurs sur les arts numériques doivent être posées et des enquêtes menées.

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Redigé par Marisol OCHOA
Sources:
« Martin Howse : Entre terre et logiciels » (9 octobre 2012) ARTE TV :
http://creative.arte.tv/fr/episode/martin-howse-entre-terre-et-logiciels?language=de
Pascal Krajewski, 2013,  L’Art au risque de la technologie (vol 1) – Les appareils à l’œuvre , L’Harmattan, 260 p.

Drawing after Digital, Klaus Speidel,

 

image_1_mediumJe voudrai parler du texte de Klauss Speidel commissaire d’exposition de « Drawing after » digital qui s’est déroulé à la galerie XPO à Paris. J’ai choisi ce texte car l’exposition qu’il a réalisée est en lien avec ma pratique personnelle et mon sujet de mémoire.

Depuis l’ère du numérique nous ne voyons plus les œuvres de la même façon. Aujourd’hui il est facile de faire circuler sur internet un dessin, ou une peinture. Les moyens mis à la disposition des utilisateurs favorisent les diffusions des œuvres tels que Facebook, Twiter,…

Les outils comme que les tablettes graphiques, Photoshop, ou les smartphones proposent aux artistes une nouvelle manière de faire.

C’est pourquoi l’exposition « Drawing after digital » montre la rencontre entre le dessin et le dessin numérique avant et après le digital. Dans cette exposition le but est de montrer ce que le digital a fait au dessin et inversement. Certains des artistes choisis ont créé des œuvres spécialement pour l’occasion comme  l’œuvre « Dessin éphémère » qui est une performance de Dune Perez.

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Les thèmes abordés sont l’utilisation d’outils numériquespar les artistes, notamment la réalisation de logiciels qui génèrent des dessins, mais aussi la façon dont nous interprétons des œuvres qui ne sont pas digitales ou encore, l’évocation de pratiques liées au numérique dans le dessin, de sorte que celles-ci en deviennent des sujets (le spam, les webcams sexy, etc.) la réaction des artistes aux « structures et processus numériques » dans des œuvres où ils n’utilisent pas des outils numériques.

L’exposition raconte de façon poétique les questions sur la transformation de notre société d’aujourd’hui.

Laurie Parent

Fabian Oefner, Dancing colors, 2012

Fabian Oefner  est un artiste photographe. Il a grandi en Suisse, où il vit et travaille encore aujourd’hui. Il a étudié à l’université de « Basel University of Art » ,la peinture, la photographie, la typographie et histoire de l’art. Il est attiré par la peinture, et la photographie, d’où il va trouver un moyens de lié les deux.

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Il est devenu le directeur de Leica de « Visual Style for Geosystems » pendant 10 ans de 2002 à 2012. En 2013 il fonde le Studio Oefner pour se consacrer à ce qu’il aime par-dessus tout : montrer la beauté du monde qui nous entoure avec la science et  la photographie.

Fabian Oefner tire son savoir-faire de ses nombreux apprentissages. Il a réalisé de nombreuses sculptures toutes liées à la science. Son travail consiste à réunir le monde de l’art et le monde des sciences. Il crée un art coloré en exploitant les propriétés scientifiques pour attirer l’attention sur la beauté du monde naturel et comment il fonctionne. C’est pourquoi il donne beaucoup de conférence expliquant son travail et sa réalisation.

Le projet dont je vais vous parlez s’appelle « Dancing Colors ». Il peoefner_dancing_colors_no_01-1180x950rmet de rendre les ondes sonores visibles. Pour cela l’artiste Fabien Oefner a placé une mince feuille de plastique sur un haut-parleur et a ajouté de minuscules petits cristaux dessus. Ainsi lorsque l’artiste a envoyé du son dans ce haut-parleur les cristaux bougèrent de haut en bas. Mais cela ce produit très vite. C’est pourquoi en partenariat avec LG une entreprise spécialisée dans l’électronique, ils ont pu capturer ce mouvement avec une caméra et un appareil photo, pouvant prendre plus de 3000 images par secondes.

En fonction de la fréquence, les photographies que l’on peut voir sont assez incroyables. Les expériences de l’artiste développent l’imaginaire des spectateurs. Elles peuvent faire penser à oefner_dancing_colors_no_09-1180x786des vagues, des visages ou encore à des galaxies.

Dans cette œuvre les sciences, les arts et les technologies sont au rendez-vous. Seul les photographies et les vidéos sont le résultat d’un magnifique travail réalisé par Fabian Oefner.

Vidéo  » Fabian Oefner,  » Dancing colors « 

Laurie Parent

 

 

Mon ennemi, mon frère, mon bourreau, mon amour – Kara Walker

«Dès qu’on commence à raconter l’histoire du racisme, on la revit, on crée un monstre qui nous dévore. Mais aussi longtemps qu’il y aura un Darfour, aussi longtemps que quelqu’un dira “Tu n’es pas d’ici”, il semble pertinent de continuer à explorer le terrain du racisme» expliqua Kara Walker, impliquée dans l’actualité raciale aux États-Unis.

Kara Walker est une plasticienne afro-américaine, née à Stockon  en Californie le 26 novembre 1969. Son œuvre traite en particulier, et souvent avec humour, du racisme et du sexisme dans l’histoire américaine, et emprunte des formes variées et surprenantes : te26-kara-walker-artistchniques des silhouettes, sculptures géantes, films d’animation, etc. Elle explore par ses silhouettes noires de papier découpé aux contours complexes et ambigus, les relations entre les races et les sexes. La plupart de ses œuvres sont saturées par la violence. On y voit couramment des scènes de viol, meurtre, coups et blessures, mutilation ou dévoration.

Faisant appel à la représentation de l’esclavage aux États-Unis, elle propose une vision allégorique de l’histoire comme la répétition sans fin de la perpétration de la violence.

Elle utilise principalement le médium obsolète de la silhouette sur papier découpé afin de montrer comment la violence raciste participe d’une logique de négation du corps d’autrui, et exploite une stratégie de piège visuel afin de forcer les regardeurs à contempler le paysage intérieur de la conscience contemporaine, contaminée par une culture raciste.  Souvent critiquée, elle répond vertement avec dessins et collages toujours largement assortis de commentaires («Do You Like Creme in Your Coffee and Chocolate in Your Milk ?») avant de procéder à l’animation des silhouettes à la manière, là encore, de Lotte Reininger, en utilisant la technique du diorama en deux dimensions.

«Mes silhouettes ressemblent à des personnages de dessin animé, c’est une ombre, un bout de papier. Ça fait référence à votre ombre, à votre pureté, c’est votre miroir».

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La plupart de ces créations s’inscrivent dans l’horizon de la récupération postmoderne des stéréotypes racistes pratiquée par les artistes afro-américains dès les années 1970. Autant reconnue que critiquée pour son appropriation ironique des stéréotypes racistes, Walker les déconstruit en tant que fantasmes de la suprématie blanche, offrant ainsi une contribution unique à la réflexion sur le racisme dans la société contemporaine. Dans ces petites histoires murales, elle enjolive et détourne les stéréotypes racistes pour évoquer avec irrévérence un passé dont l’expérience est irrécouvrable, mais dont les traces sont encore présentes de nos jours, Walker pose la question du mode de représentation de la violence. Ces petits contes de la haine ordinaire mettent en scène le dessous honteux de l’histoire raciale et de la société contemporaine américaine et européenne.

De plus, elle ne se contente pas de représenter des violences identifiables à une période de l’histoire américaine : elle critique également la violence symbolique subie par les Noirs après l’abolition de l’esclavage et tout au long du XXe siècle, au travers de la caricature raciste, qui servait à justifier le maintien des Noirs, par l’intimidation et les persécutions, dans une situation de citoyens de seconde zone. La violence intervient également au sein du programme esthétique de Walker, dont la stratégie plastique vise à forcer les spectateurs à regarder de près ce qu’ils voudraient ne pas voir : la question raciale, et un passé commun marqué par le racisme.

Pessimiste, Walker montre par allégorie que l’histoire n’est que répétition de la violence…

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Article rédigé par Sanella M.L