Les différents modes d’existence d’Étienne Souriau

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“ Il n’y a pas d’existence idéale, l’idéal n’est pas un genre d’existence ”

Etienne Souriau est un philosophe français, professeur d’esthétique à la Sorbonne, né en avril 1892 à Lille et mort en novembre 1979 à Paris. Il est notamment l’auteur de Pensée vivante et perfection formelle (1925), L’Instauration philosophique (1939), Les différents modes d’existence (1943), L’Ombre de Dieu (1955), et La Correspondance des arts (1969). Il a dirigé aux éditions PUF le Vocabulaire d’esthétique, qui ne sera publié qu’après sa mort.

La carrière de Souriau a été celle d’un grand professeur : passé par l’École normale supérieure où il entra en 1912, détenteur de l’agrégation à laquelle il fut reçu premier en 1920, d’un doctorat en 1925 ; après quoi il devient Professeur à l’Université d’Aix-en-Provence (1925-1929) puis de Lyon (1929-1941) et enfin à l’Université de Paris – La Sorbonne.

En 1947, Souriau publie « La Correspondance des Arts » qui se propose de définir l’architectonique des lois et d’organiser le vocabulaire commun aux œuvres d’art par delà les disciplines artistiques. Dans cet ouvrage, il détaille son « Système des Beaux arts » selon deux modes d’existence : phénoménale et « réique » (ou « chosale »). Dans ce dernier mode d’existence, il distingue les arts présentatifs des arts représentatifs. Etienne Souriau propose ainsi sa classification des arts, différente de la classification populaire.

« Si vous voulez rendre justice à la beauté, cherchez-la dans les choses belles. »

À ces choses, Souriau porte en effet une attention scrupuleuse. La classification populaire compte sept classes : architecture, sculpture, arts visuels (peinture, photographie, dessin, etc.), musique, littérature, arts de la scène (théâtre, danse, mime, cirque) et cinéma. Dans la classification d’Etienne Souriau chaque classe peut produire un art sur deux niveaux, représentatif/abstrait, c’est-à-dire : sculpture/architecture, dessin/arabesque, peinture représentative/peinture pure, musique dramatique ou descriptive/musique, pantomime/danse, littérature et poésie/prosodie pure, cinéma et photo/éclairage, projections lumineuses. Il distingue en outre ces sept classes d’art d’après leurs caractéristiques sensorielles (la saillie, la ligne, la couleur, la mélodie, le mouvement, la prononciation et la lumière).

« La pensée existe-t-elle, en elle-même et par elle-même ? La matière, existe-t-elle, et de la même manière ? Dieu existe-il ? … La rose bleue existe-t-elle ? »

Dans « Les différents modes d’existence » Etienne Souriau pose les questions suivantes : Quel rapport y a t-il entre l’existence d’une œuvre d’art et celle d’un être vivant ? Entre l’existence de l’atome et celle d’une valeur comme la solidarité ? Ces questions sont les nôtres à chaque fois qu’une réalité est instaurée, prend consistance et vient à compter dans nos vies, qu’il s’agisse d’un morceau de musique, d’un amour ou de Dieu en personne. Comme William James ou Gilles Deleuze, Etienne Souriau défend méthodiquement la thèse d’un pluralisme existentiel. Il y a, en effet, différentes manières d’exister, et même différents degrés ou intensités d’existence : des purs phénomènes aux choses objectivées, en passant par le virtuel et le « sur-existant » dont témoignent les œuvres de l’esprit ou de l’art, tout comme le fait même de la morale. L’existence est polyphonique, et le monde s’en trouve considérablement enrichi et élargi. Outre ce qui existe au sens ordinaire du terme, il faut compter avec toutes sortes d’états virtuels ou fugaces, de domaines transitionnels, de réalités ébauchées, en devenir, qui sont autant d’ »intermondes ».

Servi par une érudition stupéfiante qui lui permet de traverser d’un pas allègre toute l’histoire de la philosophie, Etienne Souriau donne les éléments d’une grammaire de l’existence. Mais son enquête se veut aussi une introduction à « la pratique de l’art d’exister ». À quoi nous attachons-nous précisément lorsque nous aimons un être ? À quoi nous engageons-nous lorsque nous nous identifions à un personnage de roman, lorsque nous valorisons une institution ou adhérons à une théorie ? Et finalement, quels modes d’existences sommes-nous capables d’envisager et d’expérimenter pour nous-mêmes ? Questions métaphysiques, questions vitales.

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Article rédigé par Tatiana Krasilnikova

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« La manipulation des images dans l’Art Contemporain » de Catherine Grenier

Couverture

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La Manipulation des images dans l’art contemporain

par Catherine Grenier, aux Editions du Regard, publié en 2014

Catherine Grenier

Catherine Grenier

Catherine Grenier est l’une des directrices adjointes du Musée national d’art moderne-Centre Pompidou à Paris, mais aussi conservatrice et historienne de l’art. Spécialisée dans l’Art contemporain, elle dirige depuis 2009 le programme « Recherche et Mondialisation » dans le cadre duquel elle organise, en partenariat avec l’université, divers séminaires et colloques, et codirige une équipe de doctorants et de post-doctorants. Elle a ainsi organisé une trentaine d’expositions dont certaines à la Tate Modern de Londres, au Centre Pompidou ou au Grand Palais à  Paris. Elle a écrit de nombreux ouvrages dédiés à des artistes contemporains comme Christian Boltanski, Sophie Ristelhueber, Maurizio Cattelan, Salvador Dali ou encore Annette Messager. Lire la suite

Ce que sait la main, la culture de l’artisanat

Le livre, Ce que sait la main, la culture de l’artisanat, de Richard Sennett, publié en 2010, est un essai de 400 pages sur la valorisation du travail technique de l’artisan. Ainsi, l’auteur nous parle de l’artisanat sous toute ses formes, et soutient que le programmateur informatique, l’artiste, et même le simple parent ou le citoyen font œuvre d’artisan en nous faisant réfléchir au fonctionnement de notre société et à nos comportements.

9782226187192g Lire la suite

L’art ASCII

ascii_artLe code ASCII, American Standard Code for Information Interchange, traduit Code Americain Standard pour l’Echange d’Informations, est un code informatique qui permet de transcrire chaque caractère d’écriture en code numérique.

Quelques notions d’informatiques

Les disques durs des ordinateurs ne peuvent contenir que du code numérique. Chaque élément en mémoire sur une machine est obligatoirement codé. Il existe plusieurs codes informatiques. Le code de base numérique est le code binaire, pouvant prendre deux valeurs, 0 ou 1. Un bit correspond à une valeur de ce code.

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Bzzz ! Le son de l’électricité, Cécile BABIOLE, Festival GAMERZ, 2012

Bzzz! est une sculpture sonore qui tente de faire entendre et de mettre en espace le son de l’électricité. Un son qui nous entour quotidiennement mais qui se confond dans la masse

La sculpture à une forme circulaire, à l’intérieur de laquelle les spectateurs peuvent se déplacer. Le générateur est placé au centre de ce cercle et génère des vibrations sonores  légèrement amplifiées, reliées aux enceintes fixées sur des pieds de micros à environ 1m80. Cet effet circulaire est accentué par le rayonnement des câbles qui passent au dessus du spectateur et redescendent au niveau du générateur d’ondes sonores. Cette installation de Cécile Babiole nous fait entrer dans une sphère qui met en avant les bruits de la technologie et de l’éléctricité qui la nourrie. Les 24 enceintes produisent 6 sons différent diffuser dans l’espace au même moment, invitent le spectateur à déambuler et trouver des mélanges de sons qui seront bien différents d’un coté à l’autre de la pièce. Lire la suite

Manifestes du Surréalisme

Préface des Manifestes du surréalisme de André Breton, édition Flammarion, 1973

Le Rêve. Une notion assez complexe en soi. Pourquoi, demanderez-vous ? Et bien, parce qu’il est autant difficile de rentrer dans le rêve au sens général, que d’interpréter ses propres rêves. Pourtant, il y a quelque chose de singulier dans le rêve, quelque chose indiquant que personne à part soi-même ne peut vivre son rêve, voire le déchiffrer. Aussi, quand on parle de l’expérience du rêve, c’est-à-dire de l’expérience onirique, on comprend qu’il s’agisse d’un monde où l’impossible n’est absolument pas envisageable, où la liberté, totale, complète, est à porté de doigts, où les interdits ne sont plus, où, tout simplement, le monde nous est offert, modulable à notre guise. C’est donc à travers cette perspective que sera orientée cette étude, essentiellement autour des Manifestes du surréalisme rédigés entre 1924 et 1930, par le chef de fil de ce mouvement, André Breton. Se faisant, il convient, afin de mieux comprendre le contexte dans lequel sont nés ces manifestes, de ce poser certaines questions. Pourquoi ont-ils été rédigé ? Quels étaient leurs objectifs ? Que préconisaient-ils ? Comment l’auteur voulait-il les positionner par rapport à la société et au contexte de l’époque ? Lire la suite

This Was Tomorrow

Richard Hamilton’s Just What Is It that Makes Today’s Homes So Different, So Appealing?

Ce blog s’ouvre alors que l’on apprend la disparition de Richard Hamilton le 14 septembre à l’âge de 89 ans. Fondateur du Pop Art Anglais avec la fameuse exposition « This is Tomorrow » (1956), Hamilton n’aura eu de cesse de s’intéresser à la culture de masse dès les années 50. Lire la suite